28 décembre 2006

Farewell

Les grands chanteurs pop entrent dans un état d'euphorie irréfrénable les minutes qui suivent la fin de leur concert, quand ils abandonnent la scène avec un rythme cardiaque déchaîné, possédés d'une forte agitation psychomotrice. Cet état mental et physiologique n'est pas dû aux effets de substances stimulantes ingérées préalablement pour augmenter le rendement durant le spectacle, car, loin de la légende noire qui les entoure, la majorité d'entre eux montent sur scène sans autre recours que ceux que la nature leur a donné. D'après ce que racontent admirateurs, techniciens et membres de l'équipe qui peuplent le trajet jusqu'aux loges, les stars qui, en théorie, devraient sortir épuisées de l'énorme effort que représente le maintien à pleine puissance des capacités durant une heure et demie, sans interruption, face à des milliers de fans exigeants, non seulement ne s'effondrent pas, mais sautent, courent, embrassent et se perdent en effusions envers des proches ou des inconnus, mus par une mystérieuse énergie qui, loin d'avoir été consumée par le public, semble naître précisément de cette prouesse agitée et transpirée.

De pareils comportements, contraires à la logique du fonctionnement des organismes vivants, trouvent sans doute une explication psychologique absolument humaine car, en effet, aucun animal ne se répandraient en tels excès. Achevés la chasse ou le rituel reproducteur, les êtres animés avec lesquels nous partageons la planète entrent dans une phase de torpeur léthargique ou de sommeil réparateur et s'abstiennent de réaliser des cabrioles ou de lancer de folles courses. La différence entre ces espèces manquant de la capacité intellective et la nôtre se trouve dans l'immense joie que nous, primates rationnels, expérimentons à l'accomplissement avec succès d'une mission risquée, à l'arrivée d'un objectif difficile ou à l'achèvement satisfaisant d'une tâche complexe. Seul l'Homo sapiens entre toutes les créatures surgies de Dieu ou de l'évolution se lance délibérément des défis esthétiques, physiques, cognitifs ou érotiques afin de les surmonter et d'alimenter ainsi son ego insatiable. Un loup, un cerf ou un crabe ne ressentent pas l'intime et profond plaisir de terminer un travail ou de sortir avec avantage d'une situation difficile ; ils se limitent à suivre leur instinct qui les pousse à s'alimenter, à copuler ou à survivre. Alors que la plénitude exultante d'écrire le mot fin dans un roman, de polir le raisonnement définitif qui démontre un théorème ou d'écouter à l'intérieur du cerveau la mesure qui conclut une symphonie est exclusivement adamique, souvenirs fragmentaires du paradis qu'irrémédiablement nous perdîmes.

Bref... tout ceci pour vous dire qu'après un peu plus d'an d'existence, plus de quatre cents notes et au moins autant de liens de références, Les Chroniques patagones c'est fini. That's life. Le fait est que 2007 promet quelques changements, professionnels et personnels, qui nous empêcherons de tenir aussi régulièrement ce blog à jour. On préférera donc le terminer en beauté plutôt que de le laisser agoniser. Désormais, ceux qui voudront lire mes billets - plus rares -, me retrouveront chez mes amis de Chacun pour soi. Merci à tous nos fidèles lecteurs, à ceux qui laissèrent des commentaires ou qui nous ont envoyé des marques de sympathies. Au revoir à tous. Bonne et heureuse année 2007. Soyez bons, soyez libéraux.

22 décembre 2006

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage

L’idée selon laquelle la répétition serait source de perfectionnement pourrait bien basculer dans le rang des croyances fausses. Une équipe de l’Université Stanford, en Californie, dirigée par Mark Churchland, a ainsi découvert que le fait de répéter 1.000 fois un même mouvement ne suffisait pas à le rendre plus précis. Les neuroscientifiques, spécialisés sur la manière dont le cerveau planifie et calcule les mouvements musculaires, a observé des macaques qui devaient, en étant gratifiés d’une récompense, toucher un rond coloré. Durant l’expérience, le cortex prémoteur (situé dans le lobe frontal, en avant des régions motrices) était observé et la vitesse des mouvements mesurée. Sur un total de près de 1.000 tentatives, les singes ont rarement bougé selon une vitesse égale ni atteint la cible au même endroit. De même, les faibles variations dans la vitesse d’exécution se traduisent par de faibles variations d’activité dans le cortex prémoteur.

L’équipe de Churchland a découvert que l’activité neurale ne représente que la moitié des variations. En d’autres termes, ils ne servirait à rien de répéter un mouvement dans le but de le perfectionner (comme dans le cas d’un tir de précision au basket par exemple), car le comportement du cerveau est inconstant. Les macaques, en dehors d’une période nécessaire où ils devaient s’habituer à la tâche demandée, n’ont pas spécialement précisé leurs mouvements en fonction du temps de l’exercice. Une hypothèse évolutive : ce style « improvisé » aurait été sélectionné par l’évolution en ce qu’il déjoue les stratégies des prédateurs comme des proies.

21 décembre 2006

Le capitalisme et le bonheur

C'est sans doute en ayant en tête les fêtes qui s'approchent que les éditeurs de l'hebdomadaire The Economist ont consacré leur principal article de cette semaine au vieux problème de savoir si la prospérité dérivée de l'économie de libre concurrence entre les marchés, si le capitalisme - pour parler plus clairement -, nous rend plus ou moins heureux. La majorité des gens connaissent la réponse : le bonheur n'est pas une affaire d'économie, ni même de systèmes politiques plus ou moins équitables. La conclusion de la revue laisse, dès lors, peu de place aux illusions :

To find the market system wanting because it does not bring joy as well as growth is to place too heavy a burden on it. Capitalism can make you well off. And it also leaves you free to be as unhappy as you choose. To ask any more of it would be asking too much.

 

Dit d'une autre manière : le capitalisme n'est pas contre-indiqué pour le bonheur, mais il n'est pas non plus le remède prescrit pour l'atteindre. Là n'est pas le plus surprenant, mais bien dans le fait qu'une multitude de politiciens, stratèges du marché, publicistes, idéologues d'occasion considèrent pertinent de mesurer les résultats d'un système de droits de propriété, de production et de distribution de biens et de services en termes de bonheur. Voilà qui est du plus parfait ridicule de la part de personnes qui ne savent pas ce qu'est la félicité.

Une économie qui fonctionne bien est celle où les ressources, rares, sont utilisées de la manière la plus raisonnable. Ni plus, ni moins. Ce n'est ni les Champs-Élysées ni l'Éden. Seulement l'arrangement le plus intelligent que nous puissions trouver pour que, sans que personne ne soit dépouillé de sa liberté ni de ce qui lui appartient de plein droit, augmente le flot de satisfactions matérielles disponibles pour le plus grand nombre de personnes possibles. Une bataille bien gagnée contre la rareté, mais une bataille d'une guerre interminable où la rareté restera, sur Terre, la norme. Bien sûr, la privation de biens, la rareté peuvent produire le malheur. Mais l'abondance de biens matériels ne génère pas automatiquement le bonheur.

Il est évident que la plus grande partie de la haine que ressentent nombre de personnes pour l'économie de libre marché se trouve chez ces mêmes personnes qui cherchent le bonheur où il ne peut être. Cette haine a sa source dans l'envie - la souffrance causée par le bien d'autrui -, qui est une des conditions les plus tristes où peut tomber l'être humain. L'envie est une déformation cognitive qui nous fait croire que l'on ne peut être heureux que si le prochain est malheureux. C'est ainsi qu'il apparaît clairement que cette cosmovision du jeu à somme nulle - ce que A possède a été forcément pris à B - est la formule parfaite du malheur.

20 décembre 2006

Échos d'Iran (2)

Dans une note précédente, il a été fait mention des manifestations étudiantes qui ont récemment secoué l'Iran, des luttes de pouvoir à la tête de l'État iranien et des difficultés de l'industrie pétrolière de ce pays. Depuis, après s'être vu traité de « fasciste » par des étudiants, Ahmadinejad vient de voir ses partisans mis en échec lors des élections municipales. Mais au-delà de ces problèmes apparents, l'Iran semble touché plus profondément encore.

Dans un très intéressant article publié par l'Iran Press Service et intitulé « Jihadis and Whores », Spengler se penche sur le taux de natalité de l'Iran, qui est si bas qu'en l'espace d'une génération le pays pourrait avoir une population aussi vieille que celle d'Europe, et prédit un effondrement de la société iranienne vers 2030. Selon lui, les Iraniens seraient arrivés à la conclusion qu'ils n'ont plus de futur et se refusent, dès lors, à avoir des enfants. Une fois qu'une population a décidé de s'éteindre, personne ne peut l'empêcher.

Un autre phénomène - peut-être à mettre en relation avec l'antérieur - est celui des prostituées iraniennes, qui prolifèrent en Europe et dans le monde arabe. Celles-ci, par exemple, constitueraient les 10 à 15% des prostituées en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie. Et bien qu'il soit difficile de connaître le nombre de prostituées qui travaillent en Iran, rien qu'à Téhéran, on estime qu'elles sont 300.000.

Si ces chiffres et ces tendances devaient se confirmer, nous aurions là la preuve tangible de l'échec complet du régime des ayatollahs, qui serait condamné à moyen terme. En espérant que tout ceci ne le rende pas plus dangereux encore à court terme.

17 décembre 2006

Comme le temps passe...

...pour la famille Golberg.

01:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Golberg

16 décembre 2006

Le cerveau cannibale des autistes

Une nouvelle hypothèse pourrait aider à mieux comprendre les troubles autistiques. Une équipe de l’Université du Wisconsin, dirigée par Richard Davidson, a observé via IRM le cerveau de 28 garçons autistes âgés de 8 à 25 ans, en se concentrant en particulier sur la taille de leur amygdale. L'amygdale est une zone cérébrale en forme d'amande (d’où elle tire son nom) située au pôle antérieur du lobe temporal et appartenant au système limbique. L’amygdale est notamment impliquée dans la peur et l'agressivité. L’expérience a consisté à mesurer le mouvement des yeux des participants - le fait d’éviter le regard d’autrui étant un symptôme fréquent de l’autisme - qui devaient regarder des photographies montrant des visages expressifs, puis à analyser le lien entre évitement (sévérité) et amygdale.

Les résultats de l’étude ont ainsi établi une corrélation entre taille de l’amygdale et sévérité du trouble autistique. Les chercheurs ont aussi souligné la façon dont l’autisme évolue avec l’âge : les plus jeunes malades possédant des amygdales de dimension plus importante que les plus âgés. Selon Davidson, ces résultats concordent avec l’hypothèse selon laquelle l’autisme serait en partie causé par une hyperexcitabilité de l’amygdale, causant la mort prématurée des cellules de cette zone neurale et donc sa dégénérescence progressive. De telles observations ont aussi été menées sur des dépressifs sévères montrant que le cerveau peut ainsi « s’auto-consommer » afin de tenter de répondre au trouble dont il est victime, un peu de la même manière qu’un animal enchaîné peut se manger la patte.

On serait tenté d’extrapoler, à titre d’hypothèses tout à fait gratuites, à des domaines plus positifs. Le cerveau des grands mathématiciens, dont on sait qu’ils ont souvent leur pic de productivité entre 15 et 30 ans, obéirait-il par exemple à une « consumation neuronale » de ce genre, une puissante ébullition créative qui se dissipe par la suite ? Quoiqu’il en soit, le temps est bel et bien une dimension clé de la vie neuronale, aussi bien sur les durées très brèves de synchronisation des signaux électriques que sur les durées très longues de notre développement.

15 décembre 2006

Welcome to the real world, Mr. Annan

Kofi Annan abandonne enfin son poste de Secrétaire général des Nations Unies après dix ans d'échecs et de scandales successifs. Il a choisi le public nord-américain du Missouri pour donner son dernier discours officiel dans la Bibliothèque et Musée présidentiel Harry Truman, président des États-Unis et promoteur des Nations Unies. Il profita de l'occasion pour récriminer durement contre Washington pour avoir abandonné le multilatéralisme, laissé de côté la défense des droits de l'homme dans sa lutte contre le terrorisme et légitimé le recours à la violence pour son usage propre. De plus, il rappela aux États-Unis que chacun des États et chacune des organisations sont responsables de la sécurité globale et responsables de leurs actions au niveau international et national. Être responsable c'est, en définitive, ce qu'Annan dit avoir appris durant toutes ces années passée à la tête de l'ONU. C'est l'homme responsable de l'énorme fraude du programme « Pétrole contre nourriture » et d'autres cas de corruptions qui l'affirme.

Que Kofi Annan demande aux survivants du Darfour ce qu'ils pensent de la responsabilité et des droits de l'homme auxquels il se réfère. Depuis qu'en avril 2004, durant la commémoration du génocide ruandais, le Secrétaire général avisait la communauté internationale qu'il fallait faire quelque chose, y compris intervenir militairement si cela était nécessaire, pour freiner la plus grande crise humanitaire du monde, une seule chose est claire : entre 300.000 et 500.000 morts, 2,5 millions de réfugiés et une très dangereuse extension du conflit et de l'instabilité vers les pays voisins, Tchad et République centrafricaine. On ne sait pas trop ce qu'a appris Annan durant son mandat, mais il n'a toujours pas compris qu'il ne suffit pas de condamner les actes et de se plaindre des catastrophes humanitaires. Et que cela ne sert à rien d'envoyer une poignée de soldats africains sous-équipés. Ni même créer un tout nouveau Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies qui durant ses six premiers mois de vie a été incapable de consacrer une session au drame du Darfour.

Annan demande plus de responsabilité aux États en pointant un doigt accusateur vers les États-Unis. Mais l'Europe assume-t-elle une quelconque responsabilité ? Et la Ligue arabe ? Et Annan de se demander dans son discours dans le Missouri :

Vous, les Américains, avez fait beaucoup pour construire un système multilatéral effectif, avec l'ONU comme point central. En avez-vous moins besoin aujourd'hui, ou celui-ci a-t-il moins besoin de vous qu'il y a 60 ans ?

 

Mais qui a besoin d'une organisation dans laquelle plus personne ne croit ?

Des lois du travail rigides nuisent aux chômeurs

Les lois du travail québécoises expliquent en partie pourquoi le Québec connaît, depuis trois décennies, un taux de chômage systématiquement plus élevé que ses voisins, conclut une note économique de l’Institut économique de Montréal signée par l’économiste Nathalie Elgrably et intitulée « Le salaire minimum et la flexibilité du travail ». Qui plus est, le salaire minimum relativement élevé, conçu pour aider les travailleurs à faible revenu, vient dans les faits les pénaliser en favorisant leur exclusion du marché du travail.

L’étude part du constat que le marché du travail revêt une importance fondamentale dans l’économie, car c’est lui qui permet d’affecter le capital humain à ses usages les plus productifs. Dans le but de protéger les travailleurs, les gouvernements ont toutefois institué au fil des ans diverses contraintes institutionnelles qui ont eu pour effet de rendre ce marché moins flexible.

Les emplois au salaire minimum sont la porte d’entrée sur le marché du travail pour les individus les moins qualifiés, parmi lesquels on retrouve beaucoup de jeunes, d’immigrants et de femmes âgées. Ainsi, les deux tiers des personnes qui travaillent au salaire minimum ont moins de 25 ans. Les travailleurs les plus faiblement rémunérés sont par définition les moins productifs, de sorte que l’augmentation du salaire minimum a pour effet de hisser ce premier barreau de l’échelle du marché du travail à une hauteur qui devient inaccessible pour plusieurs, contribuant ainsi à les confiner au chômage.

Les hausses de salaire minimum ne contribuent pas à réduire la pauvreté, mais créent plutôt au moins un peu de chômage. Selon des chercheurs canadiens, une hausse de 10% du salaire minimum réduit l’emploi de 2,5% chez les adolescents. Or, Elgrably rappelle que c’est au Québec que le salaire minimum est le plus élevé en Amérique du Nord lorsque l’on tient compte des différences de niveau de vie, puisque le revenu annuel d’une personne travaillant à ce salaire représente 50% du PIB par habitant, la proportion la plus élevée du continent.

Pour vraiment aider les travailleurs à faible revenu, le gouvernement aurait plutôt avantage à recourir à des mesures de nature fiscale qui ont un effet beaucoup plus direct sur les revenus nets, sans les effets pervers sur le marché du travail et l’emploi que produit une hausse du salaire minimum :

Il est préférable d’aider les travailleurs directement que de manipuler le prix du travail, ce qui est destructeur d’emplois.

 

La « prime au travail », un crédit d’impôt remboursable sur le revenu d’emploi instauré par le gouvernement en 2005, représente un exemple de ce genre de mesures.

En plus du salaire minimum, l’Institut économique de Montréal aborde la relation entre flexibilité du marché du travail et chômage. Un marché rendu rigide par diverses lois, règlements et interventions étatiques fait en sorte d’augmenter les coûts et les risques liés à l’embauche, ce qui alimente le chômage :

Des chercheurs ont montré que le chômage augmente quand les lois régissant les relations de travail sont trop rigides.

 

Or,

[...] le Québec se trouve aussi au dernier rang des 60 États et provinces du continent pour ce qui est de la rigidité de sa législation.

 

Le Québec se distingue par ailleurs par des lois du travail qui sont parmi les plus favorables aux syndicats, la province étant l’endroit qui affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. Cette situation a des conséquences négatives importantes sur le plan de la flexibilité du travail. Ce ne sont pas des réglementations sévères qui assurent un emploi et un revenu plus élevé, conclut Elgrably, mais bien la rareté de la main-d’oeuvre par rapport à la demande dans un marché du travail flexible et dynamique.

14 décembre 2006

La prochaine vague de mondialisation

La mondialisation pourrait faire progresser les revenus moyens dans le monde à un rythme plus rapide dans les 25 années à venir qu'au cours des 25 dernières années, indique la Banque mondiale dans son nouveau rapport « Global economic prospects 2007 : managing the next wave of globalization », et les pays en développement joueront un rôle central à cet égard. En effet, ces pays atteindront cette année un niveau de croissance quasi record de 7 %. Et bien qu'il faille s'attendre à ralentissement en 2007 et 2008, cette croissance restera probablement supérieure à 6 %, soit plus du double de celle des pays à revenu élevé, laquelle devrait s'établir à 2,6 %. Considérant l'incidence qu'aura la mondialisation sur les perspectives des 25 prochaines années, le rapport de la Banque trace un scénario de base qui verra l'économie mondiale progresser de 35.000 milliards de dollars en 2005 à 72.000 milliards en 2030.

Cela n'est jamais qu'une légère accélération de la croissance mondiale comparé aux 25 dernières années, mais les solides performances des pays en développement en sont plus que jamais l'élément moteur.

 

A tenu à souligner Richard Newfarmer, principal auteur du rapport et conseiller économique au Département du commerce de la Banque.

Et s'il est vrai que les chiffres exacts finiront sans aucun doute par être différents, les tendances sous-jacentes sont relativement hermétiques à tous les chocs, si ce n'est les plus sévères ou perturbateurs d'entre eux.

 

Le commerce mondial des produits et services pourrait plus que tripler pour représenter, en 2030, 27.000 milliards de dollars, et la part des échanges dans l'économie mondiale passera du quart aujourd'hui à plus du tiers - une progression qui devrait être pour moitié environ le fait des pays en développement. Ces pays qui, voilà une vingtaine d'années seulement, fournissaient 14% des importations de produits manufacturés des pays riches en assurent aujourd'hui 40%, et en fourniront probablement plus de 65% à l'horizon 2030. Dans le même temps, la demande des pays en développement en matière d'importations s'impose peu à peu comme un élément moteur de l'économie mondiale.

La période d'expansion soutenue et généralisée ainsi envisagée pour les pays en développement aurait un effet significatif sur la pauvreté mondiale, comme le fait observer François Bourguignon, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement :

Le nombre de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre pourrait être réduit de moitié, de 1,1 milliard actuellement à 550 millions en 2030. Mais certaines régions, notamment l'Afrique, courent le risque de rester à la traîne.

 

Pour les auteurs du rapport, un aspect particulièrement délicat sera de parvenir à ce que l'Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs résultats s'améliorer ces dernières années, avec une croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de l'incidence de la pauvreté, les progrès d'ensemble restent trop lents. L'accroissement rapide de leur population et le gonflement du nombre des jeunes signifient, selon le rapport, que ces pays pourraient voir le nombre absolu d'individus vivant dans un état de pauvreté extrême rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus que jamais un problème propre à l'Afrique subsaharienne : selon les projections, la part des populations les plus déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait d'ici à 2030. D'un autre côté, note le rapport, l'Afrique subsaharienne est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à gagner d'une intégration économique, car elle pourrait tirer parti des technologies et des écarts de salaires pour parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé. Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes d'imposent afin de renforcer le climat des investissements dans la région, ainsi qu'un surcroît d'aide pour ses infrastructures.

Il faut s'attendre à ce que beaucoup tirent avantage de la mondialisation car les fruits de cette croissance devraient être largement répartis : à l'horizon 2030, la Banque estime à 1,2 milliard le nombre d'habitants des pays en développement - 15% de la population du globe - qui feront partie de ce qu'elle appelle la « classe moyenne planétaire », contre 400 millions aujourd'hui. Les personnes dans cette catégorie disposeront d'un pouvoir d'achat de 4.000 à 17.000 dollars par tête et seront à même d'effectuer des voyages à l'étranger, d'acheter des voitures et autres biens de consommation haut de gamme, d'atteindre un degré d'instruction de niveau international et de contribuer de façon majeure à façonner les politiques et les institutions dans leur propre pays et au niveau de l'économie mondiale. Ainsi, l'incidence de l'extrême pauvreté sera ramenée d'environ 25 % aujourd'hui à moins de 8 %.

Le Grande-Bretagne perdrait 35 milliards d'euros si elle devait rejoindre l'euro

Comme on le sait, la Grande-Bretagne, a conservé sa monnaie nationale au lieu de rejoindre la zone euro à laquelle appartiennent douze pays de l'Union européenne. Le débat est vif dans le pays pour savoir si la Grande-Bretagne doit abandonner la livre sterling et employer également la monnaie européenne. Le think tank britannique Open Europe vient de faire le calcul des coûts que supposerait une telle intégration et le résultat est d'énorme proportion : 23,5 milliards de livres ou 34,8 milliards d'euros jusqu'à 2010, rien que pour le coût de la régulation européenne. L'étude d'Open Europe observe que beaucoup des 42 mesures proposées par le Plan d'Action des Services Financiers - organisme créé en 1999 et qui a pour objectif de créer un marché commun européen - coûteront plus qu'elles n'apporteront de bénéfices.

L'étude a été réalisée en collaboration avec de nombreuses banques et entreprises financières de tous types et avec des associations tel que l'Institut des Comptables, l'Association de la Banque d'Investissement de Londres, celle des assurances britanniques ou la Corporation de Londres. Open Europe rapporte qu'au départ une grande partie de l'industrie financière britannique appuya l'idée du PASF, mais que durant les négociations au sein du Conseil de l'Union européenne beaucoup des mesures les plus importantes furent modifiées de telle façon qu'elles altérèrent voire même contredirent les objectifs initiaux. Le résultat final porte gravement préjudice à la Grande-Bretagne, malgré le fait que Londres soit le centre financier le plus important de l'Union européenne.

Michael Spencer, de l'ICAP, considère que ce serait une tragédie si la surréglementation de l'Union européenne devait s'abattre sur Londres, au moment même où la City est sur le point de dépasser New York. En effet, une partie trop importante de la législation du PASF sert plus à protéger les agents inefficients qu'à d'ouvrir réellement les marchés à la libre concurrence. De fait, selon l'économiste Alan Brown, beaucoup des autres États membres semblent être plus préoccupés de se protéger de la concurrence à l'intérieur de l'Europe que de faire face à la concurrence à niveau mondial. Malheureusement, l'étude d'Open Europe se focalise sur la Grande-Bretagne et ne dit rien des coûts supportés par les pays membres de la zone euro. Or voilà bien des informations qui eussent été utiles.

08 décembre 2006

Traitement inhumain des chômeurs suédois

Or donc, le nouveau gouvernement suédois désire réformer le système d'allocations de chômage, dont le montant devrait passer de 80% du salaire antérieur, durant la première année de chômage, à 65%. En réfléchissant bien, si une personne qui gagnait un salaire relativement correct reçoit pendant un an 80% de son dernier salaire, sans travailler, quelle motivation aura-t-il pour rechercher un nouvel emploi. Aucune. Telle est l'idée du gouvernement suédois : motiver les gens pour qu'ils ne s'enkystent pas à la maison et cherchent à revenir le plus vite possible sur le marché de l'emploi. Mais tout cela est intolérable pour Wanja Lundby-Wedin, la président du Landsorganisationen, l'union des syndicats suédois. Imaginez : les gens seraient forcés d'accepter un travail !

The union leader said an ordinary worker gets a salary of Skr17,000 a month. If this worker is unemployed, he or she will receive about Skr11,000. "They will be forced to take a job," she said.

 

Via Johan Norberg.

Le mythe de l'« Eurabie »

Dans un article publié dans le New York Post, intitulé « The 'Eurabia' myth », Ralph Peters relance la polémique en avançant la thèse qu'il n'existe aucun risque pour que les musulmans finissent par dominer l'Europe. Selon lui, quand les Européens se sentiront trop menacés, non seulement ceux-ci réagiront, mais ils le feront avec férocité. Et les musulmans auront de la chance s'ils sont seulement renvoyés.

The notion that continental Europeans, who are world-champion haters, will let the impoverished Muslim immigrants they confine to ghettos take over their societies and extend the caliphate from the Amalfi Coast to Amsterdam has it exactly wrong.

The endangered species isn't the "peace loving" European lolling in his or her welfare state, but the continent's Muslims immigrants - and their multi-generation descendents - who were foolish enough to imagine that Europeans would share their toys.

[...]

Don't let Europe's current round of playing pacifist dress-up fool you: This is the continent that perfected genocide and ethnic cleansing, the happy-go-lucky slice of humanity that brought us such recent hits as the Holocaust and Srebrenica.

THE historical patterns are clear: When Europeans feel sufficiently threatened - even when the threat's concocted nonsense - they don't just react, they over-react with stunning ferocity. One of their more-humane (and frequently employed) techniques has been ethnic cleansing.

 

Pour appuyer sa thèse, Peters se base sur quelques arguments historico-politiques :

  • l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 suivi par celle des Morisques, après des siècles de présence ;
  • l'expulsion des Huguenots de France ;
  • l'Holocauste ;
  • le nettoyage ethnique effectué dans les républiques de l'ex-Yougoslavie ;
  • le poids électoral d'un parti comme celui de Le Pen en France.

Bien entendu, il n'y a aucune manière de savoir comment pourraient réagir les Européens. Tout pronostic ne peut être qu'aventureux et les parallélismes historiques sont toujours délicats à manipuler. Mais on ne peut s'empêcher de trouver un fond de vérité dans ce que rappelle Peters. Surtout lorsqu'on sait que le racisme, la xénophobie et l'intolérance religieuse sont vraiment loin d'être des phénomènes marginaux dans les pays d'Europe centrale et orientale, au contraire ces penchants y étaient soigneusement cultivés par les dictatures socialistes.

N.B. : au sujet des musulmans en Europe, à lire ou relire le dossier réalisé par The Economist en juin dernier.

07 décembre 2006

Échos d'Iran

Manifestations étudiantes : parmi les slogans, on pouvait lire « Death to Dictatorship », « Students For Workers », « We have nothing to lose to defend freedom », « Students & Workers, Unity Unity », « Free political prisoners now », « Boycotte the sham elections ».

Dans le même temps, l'équipe de Pajamas Media annonce que le chef suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est hospitalisé dans le plus grand secret. À ce qu'il semble, Khamenei, atteint d'un cancer, souffrirait maintenant d'un grave problème cardiaque. Tout ceci nous amène à nous poser toute une série de questions sur ce qui pourrait se passer dans les hautes sphères du pouvoir à Téhéran, plongées dans un sourde mais intense lutte pour le pouvoir. Comme on le sait, il y a quelques jours, le Conseil suprême a raccourci d'un an le mandat d'Ahmadinejad, en convoquant des élections anticipées, ce qui, dans ce pays, est loin d'être innocent. Le tout dans un contexte troublant qui a vu disparaître une bonne partie de la coupole militaire dans des accidents aériens à répétition.

Sans parler des problèmes croissants de l'industrie pétrolière iranienne. En effet, on sera surprendre d'apprendre que l'Iran, avec tout pétrole qui se trouve sous ses pieds, est importateur de la majeure partie de l'essence qu'il nécessite. Simplement parce que ce pays ne parvient pas à transformer en quantité suffisantes le pétrole en un produit prêt à l'emploi. Si l'on tient compte également des problèmes propres à l'extraction de ce même pétrole, il apparaît que le pouvoir iranien que l'on attribue à l'Iran est loin d'être aussi déterminant que l'on pourrait le croire à première vue.

06 décembre 2006

750.000 € pour une robe

Et on viendra encore prétendre que la valeur est objective ! Il s'agit de celle qu'Audrey Hepburn portait dans Breakfast at Tiffany’s. L'écrivain français Dominique Lapierre, qui en était le propriétaire jusqu'à maintenant, est enchanté parce qu'il va consacrer cette fabuleuse somme pour « acheter des briques et du ciment qui serviront à construire des écoles pour les enfants les plus pauvres du monde ».

De cette transaction, on peut retenir deux leçons. Tout d'abord, que la théorie marxiste de la valeur est une supercherie réfutée quotidiennement, pas par des théoriciens, mais par la réalité, qui est très obtuse et contre-révolutionnaire. Ensuite, que le capitalisme fonctionne si bien qu'un multimillionnaire capricieux - qui se fiche sans doute complètement des enfants d'Inde ou d'ailleurs - va financer leurs écoles grâce à un simple morceau de tissu. Main invisible, préférence temporelle de la demande ? Qui sait. Le fait est qu'une personne, sans coaction aucune, va lâcher de l'argent directement à ceux qui en ont besoin. Voilà ce qui s'appelle une « redistribution » intelligente. Tous les acteurs sont bénéficiaires. L'acheteur a sa robe ; Lapierre, la conscience tranquille ; et les enfants de la rue, une école. Que demande le peuple ?

IP et croissance

Peut-on employer les assignation des adresses IP d'Internet comme indicateur de développement ? Peut-être pas, mais c'est toujours intéressant. Avant de lire l'article et de regarder la carte, pouvez-vous dire quels sont les pays qui occupent les premières places, et les dernières ?

Under IPv4 there are 4,294,967,296 possible IP addresses - each of which may be assigned to a device or computer on the internet. 4 billion addresses equates to slightly less that two thirds of an IP address per person on the planet. As you may imagine, the IP addresses are not distributed evenly around the world - they are assigned to individual countries by Regional Internet Registries such as ARIN and RIPE. We take a look at how that information breaks down per person in each country.

First of all, I obtained an IP address to country lookup list, which revealed the blocks assigned to each country - from this I was able to calculate the total number of IP addresses allocated to each country. I then divided that total figure by the country's population, giving an indication of the number of IPs available to that country per capita (person).