28 décembre 2006
Farewell
Les grands chanteurs pop entrent dans un état d'euphorie irréfrénable les minutes qui suivent la fin de leur concert, quand ils abandonnent la scène avec un rythme cardiaque déchaîné, possédés d'une forte agitation psychomotrice. Cet état mental et physiologique n'est pas dû aux effets de substances stimulantes ingérées préalablement pour augmenter le rendement durant le spectacle, car, loin de la légende noire qui les entoure, la majorité d'entre eux montent sur scène sans autre recours que ceux que la nature leur a donné. D'après ce que racontent admirateurs, techniciens et membres de l'équipe qui peuplent le trajet jusqu'aux loges, les stars qui, en théorie, devraient sortir épuisées de l'énorme effort que représente le maintien à pleine puissance des capacités durant une heure et demie, sans interruption, face à des milliers de fans exigeants, non seulement ne s'effondrent pas, mais sautent, courent, embrassent et se perdent en effusions envers des proches ou des inconnus, mus par une mystérieuse énergie qui, loin d'avoir été consumée par le public, semble naître précisément de cette prouesse agitée et transpirée.
De pareils comportements, contraires à la logique du fonctionnement des organismes vivants, trouvent sans doute une explication psychologique absolument humaine car, en effet, aucun animal ne se répandraient en tels excès. Achevés la chasse ou le rituel reproducteur, les êtres animés avec lesquels nous partageons la planète entrent dans une phase de torpeur léthargique ou de sommeil réparateur et s'abstiennent de réaliser des cabrioles ou de lancer de folles courses. La différence entre ces espèces manquant de la capacité intellective et la nôtre se trouve dans l'immense joie que nous, primates rationnels, expérimentons à l'accomplissement avec succès d'une mission risquée, à l'arrivée d'un objectif difficile ou à l'achèvement satisfaisant d'une tâche complexe. Seul l'Homo sapiens entre toutes les créatures surgies de Dieu ou de l'évolution se lance délibérément des défis esthétiques, physiques, cognitifs ou érotiques afin de les surmonter et d'alimenter ainsi son ego insatiable. Un loup, un cerf ou un crabe ne ressentent pas l'intime et profond plaisir de terminer un travail ou de sortir avec avantage d'une situation difficile ; ils se limitent à suivre leur instinct qui les pousse à s'alimenter, à copuler ou à survivre. Alors que la plénitude exultante d'écrire le mot fin dans un roman, de polir le raisonnement définitif qui démontre un théorème ou d'écouter à l'intérieur du cerveau la mesure qui conclut une symphonie est exclusivement adamique, souvenirs fragmentaires du paradis qu'irrémédiablement nous perdîmes.
Bref... tout ceci pour vous dire qu'après un peu plus d'an d'existence, plus de quatre cents notes et au moins autant de liens de références, Les Chroniques patagones c'est fini. That's life. Le fait est que 2007 promet quelques changements, professionnels et personnels, qui nous empêcherons de tenir aussi régulièrement ce blog à jour. On préférera donc le terminer en beauté plutôt que de le laisser agoniser. Désormais, ceux qui voudront lire mes billets - plus rares -, me retrouveront chez mes amis de Chacun pour soi. Merci à tous nos fidèles lecteurs, à ceux qui laissèrent des commentaires ou qui nous ont envoyé des marques de sympathies. Au revoir à tous. Bonne et heureuse année 2007. Soyez bons, soyez libéraux.
22 décembre 2006
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
L’idée selon laquelle la répétition serait source de perfectionnement pourrait bien basculer dans le rang des croyances fausses. Une équipe de l’Université Stanford, en Californie, dirigée par Mark Churchland, a ainsi découvert que le fait de répéter 1.000 fois un même mouvement ne suffisait pas à le rendre plus précis. Les neuroscientifiques, spécialisés sur la manière dont le cerveau planifie et calcule les mouvements musculaires, a observé des macaques qui devaient, en étant gratifiés d’une récompense, toucher un rond coloré. Durant l’expérience, le cortex prémoteur (situé dans le lobe frontal, en avant des régions motrices) était observé et la vitesse des mouvements mesurée. Sur un total de près de 1.000 tentatives, les singes ont rarement bougé selon une vitesse égale ni atteint la cible au même endroit. De même, les faibles variations dans la vitesse d’exécution se traduisent par de faibles variations d’activité dans le cortex prémoteur.
L’équipe de Churchland a découvert que l’activité neurale ne représente que la moitié des variations. En d’autres termes, ils ne servirait à rien de répéter un mouvement dans le but de le perfectionner (comme dans le cas d’un tir de précision au basket par exemple), car le comportement du cerveau est inconstant. Les macaques, en dehors d’une période nécessaire où ils devaient s’habituer à la tâche demandée, n’ont pas spécialement précisé leurs mouvements en fonction du temps de l’exercice. Une hypothèse évolutive : ce style « improvisé » aurait été sélectionné par l’évolution en ce qu’il déjoue les stratégies des prédateurs comme des proies.
08:50 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mark Churchland, Cerveau, Apprentissage, Répétition
21 décembre 2006
Le capitalisme et le bonheur
C'est sans doute en ayant en tête les fêtes qui s'approchent que les éditeurs de l'hebdomadaire The Economist ont consacré leur principal article de cette semaine au vieux problème de savoir si la prospérité dérivée de l'économie de libre concurrence entre les marchés, si le capitalisme - pour parler plus clairement -, nous rend plus ou moins heureux. La majorité des gens connaissent la réponse : le bonheur n'est pas une affaire d'économie, ni même de systèmes politiques plus ou moins équitables. La conclusion de la revue laisse, dès lors, peu de place aux illusions :
To find the market system wanting because it does not bring joy as well as growth is to place too heavy a burden on it. Capitalism can make you well off. And it also leaves you free to be as unhappy as you choose. To ask any more of it would be asking too much.
Dit d'une autre manière : le capitalisme n'est pas contre-indiqué pour le bonheur, mais il n'est pas non plus le remède prescrit pour l'atteindre. Là n'est pas le plus surprenant, mais bien dans le fait qu'une multitude de politiciens, stratèges du marché, publicistes, idéologues d'occasion considèrent pertinent de mesurer les résultats d'un système de droits de propriété, de production et de distribution de biens et de services en termes de bonheur. Voilà qui est du plus parfait ridicule de la part de personnes qui ne savent pas ce qu'est la félicité.
Une économie qui fonctionne bien est celle où les ressources, rares, sont utilisées de la manière la plus raisonnable. Ni plus, ni moins. Ce n'est ni les Champs-Élysées ni l'Éden. Seulement l'arrangement le plus intelligent que nous puissions trouver pour que, sans que personne ne soit dépouillé de sa liberté ni de ce qui lui appartient de plein droit, augmente le flot de satisfactions matérielles disponibles pour le plus grand nombre de personnes possibles. Une bataille bien gagnée contre la rareté, mais une bataille d'une guerre interminable où la rareté restera, sur Terre, la norme. Bien sûr, la privation de biens, la rareté peuvent produire le malheur. Mais l'abondance de biens matériels ne génère pas automatiquement le bonheur.
Il est évident que la plus grande partie de la haine que ressentent nombre de personnes pour l'économie de libre marché se trouve chez ces mêmes personnes qui cherchent le bonheur où il ne peut être. Cette haine a sa source dans l'envie - la souffrance causée par le bien d'autrui -, qui est une des conditions les plus tristes où peut tomber l'être humain. L'envie est une déformation cognitive qui nous fait croire que l'on ne peut être heureux que si le prochain est malheureux. C'est ainsi qu'il apparaît clairement que cette cosmovision du jeu à somme nulle - ce que A possède a été forcément pris à B - est la formule parfaite du malheur.
11:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Capitalisme, Bonheur
20 décembre 2006
Échos d'Iran (2)
Dans une note précédente, il a été fait mention des manifestations étudiantes qui ont récemment secoué l'Iran, des luttes de pouvoir à la tête de l'État iranien et des difficultés de l'industrie pétrolière de ce pays. Depuis, après s'être vu traité de « fasciste » par des étudiants, Ahmadinejad vient de voir ses partisans mis en échec lors des élections municipales. Mais au-delà de ces problèmes apparents, l'Iran semble touché plus profondément encore.
Dans un très intéressant article publié par l'Iran Press Service et intitulé « Jihadis and Whores », Spengler se penche sur le taux de natalité de l'Iran, qui est si bas qu'en l'espace d'une génération le pays pourrait avoir une population aussi vieille que celle d'Europe, et prédit un effondrement de la société iranienne vers 2030. Selon lui, les Iraniens seraient arrivés à la conclusion qu'ils n'ont plus de futur et se refusent, dès lors, à avoir des enfants. Une fois qu'une population a décidé de s'éteindre, personne ne peut l'empêcher.
Un autre phénomène - peut-être à mettre en relation avec l'antérieur - est celui des prostituées iraniennes, qui prolifèrent en Europe et dans le monde arabe. Celles-ci, par exemple, constitueraient les 10 à 15% des prostituées en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie. Et bien qu'il soit difficile de connaître le nombre de prostituées qui travaillent en Iran, rien qu'à Téhéran, on estime qu'elles sont 300.000.
Si ces chiffres et ces tendances devaient se confirmer, nous aurions là la preuve tangible de l'échec complet du régime des ayatollahs, qui serait condamné à moyen terme. En espérant que tout ceci ne le rende pas plus dangereux encore à court terme.
15:10 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, International, Iran, Population, Natalité, Prostitution
19 décembre 2006
Quel ennui
Entre canapé de caviar beluga impérial et coupe de dom Pérignon, le gauchiste de toute la vie souffre quand arrive Noël. Cela fait des années et des années qu'il nous affirme que le sens de la famille et le sentiment religieux de cette fête ont disparu. Sa surprise est chaque fois plus douloureuse lorsqu'ils ressuscitent chaque année. Les morts que veut enterrer la gauche jouissent souvent d'une excellente santé.
Il se lamentera également du raz-de-marée consumériste. Mais cela a toujours été ainsi, selon les possibilités économiques de chaque époque et de chaque région. Actuellement, il y a plus d'argent et les gens achètent plus de cadeaux, des nourritures plus succulentes et des boissons plus généreuses. Ce que veut nous faire oublier notre idéaliste de service c'est que les traditions juive et chrétienne acceptent les bontés du monde physique et rejettent l'hérésie gnostique. La Genèse enseigne que la Terre est un cadeau de Dieu destiné à notre usage. Il est toujours plaisant de voir les socialistes plus spiritualistes que les religieux. Rappelons également comment les Rois Mages traversèrent le désert pour apporter au Divin Enfant de l'or, de l'encens et de la myrrhe. À l'époque, les marchandises les plus précieuses. De tels cadeaux pourraient être qualifiés de superflus et d'extravagants. Que pouvait faire d'eux un bébé ?
Mais l'attitude anti-commerciale dénonce seulement l'esprit élitiste de celui qui s'imagine supérieur à la jouissance que le commun des mortels ressent à donner et à recevoir des cadeaux. On a pu voir ainsi une affiche qui montrait comment aurait été Bethléem si le capitalisme actuel avait existé au temps de la Nativité, confondant le commerce avec la découverte de l'électricité. Quel écoeurement doit saisir nos chers bien-pensants devant cette obstination populaire à ne pas vouloir faire table rase du passé, à se refuser à suivre docilement les chemins tracés par le progressisme de salon et à ne pas se sentir coupable de consommer.
Et surtout, les mesquins tartuffes qui prétendent éliminer le caractère commercial de la fête de Noël devraient se rappeler l'importance du mois de décembre pour énormément de gens dont le salaire des onze autres mois dépend des bonnes ventes de fin d'année. Mais l'on savait déjà que le bien-être des gens (le vrai, pas celui de l'imaginaire idéologique) était le cadet des soucis des orphelins du socialisme.
10:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Noël, Consommation, Commerce
17 décembre 2006
Comme le temps passe...
01:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Golberg
16 décembre 2006
Citation
Les princes et les majorités démocratiques sont ivres de pouvoir. C'est avec réticence qu'ils doivent admettre qu'ils sont assujettis aux lois de la nature. Mais ils rejettent la notion même de la loi économique. Ne sont-ils pas les législateurs suprêmes ? Ne sont-ils pas capables d'écraser tout opposant ? Aucun seigneur de la guerre n'est enclin à reconnaître aucune limite autre que celle qui lui est imposée par une force armée supérieure. Des serviles écrivaillons sont toujours prêts à encourager cette complaisance en exposant les doctrines appropriées.
Ludwig von Mises (1881-1973) - économiste autrichien, un des leaders de l'École autrichienne d'économie.
12:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ludwig von Mises
Le cerveau cannibale des autistes
Une nouvelle hypothèse pourrait aider à mieux comprendre les troubles autistiques. Une équipe de l’Université du Wisconsin, dirigée par Richard Davidson, a observé via IRM le cerveau de 28 garçons autistes âgés de 8 à 25 ans, en se concentrant en particulier sur la taille de leur amygdale. L'amygdale est une zone cérébrale en forme d'amande (d’où elle tire son nom) située au pôle antérieur du lobe temporal et appartenant au système limbique. L’amygdale est notamment impliquée dans la peur et l'agressivité. L’expérience a consisté à mesurer le mouvement des yeux des participants - le fait d’éviter le regard d’autrui étant un symptôme fréquent de l’autisme - qui devaient regarder des photographies montrant des visages expressifs, puis à analyser le lien entre évitement (sévérité) et amygdale.
Les résultats de l’étude ont ainsi établi une corrélation entre taille de l’amygdale et sévérité du trouble autistique. Les chercheurs ont aussi souligné la façon dont l’autisme évolue avec l’âge : les plus jeunes malades possédant des amygdales de dimension plus importante que les plus âgés. Selon Davidson, ces résultats concordent avec l’hypothèse selon laquelle l’autisme serait en partie causé par une hyperexcitabilité de l’amygdale, causant la mort prématurée des cellules de cette zone neurale et donc sa dégénérescence progressive. De telles observations ont aussi été menées sur des dépressifs sévères montrant que le cerveau peut ainsi « s’auto-consommer » afin de tenter de répondre au trouble dont il est victime, un peu de la même manière qu’un animal enchaîné peut se manger la patte.
On serait tenté d’extrapoler, à titre d’hypothèses tout à fait gratuites, à des domaines plus positifs. Le cerveau des grands mathématiciens, dont on sait qu’ils ont souvent leur pic de productivité entre 15 et 30 ans, obéirait-il par exemple à une « consumation neuronale » de ce genre, une puissante ébullition créative qui se dissipe par la suite ? Quoiqu’il en soit, le temps est bel et bien une dimension clé de la vie neuronale, aussi bien sur les durées très brèves de synchronisation des signaux électriques que sur les durées très longues de notre développement.
08:00 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Autisme, Cerveau, Amygdale, Richard Davidson
15 décembre 2006
Welcome to the real world, Mr. Annan
Kofi Annan abandonne enfin son poste de Secrétaire général des Nations Unies après dix ans d'échecs et de scandales successifs. Il a choisi le public nord-américain du Missouri pour donner son dernier discours officiel dans la Bibliothèque et Musée présidentiel Harry Truman, président des États-Unis et promoteur des Nations Unies. Il profita de l'occasion pour récriminer durement contre Washington pour avoir abandonné le multilatéralisme, laissé de côté la défense des droits de l'homme dans sa lutte contre le terrorisme et légitimé le recours à la violence pour son usage propre. De plus, il rappela aux États-Unis que chacun des États et chacune des organisations sont responsables de la sécurité globale et responsables de leurs actions au niveau international et national. Être responsable c'est, en définitive, ce qu'Annan dit avoir appris durant toutes ces années passée à la tête de l'ONU. C'est l'homme responsable de l'énorme fraude du programme « Pétrole contre nourriture » et d'autres cas de corruptions qui l'affirme.
Que Kofi Annan demande aux survivants du Darfour ce qu'ils pensent de la responsabilité et des droits de l'homme auxquels il se réfère. Depuis qu'en avril 2004, durant la commémoration du génocide ruandais, le Secrétaire général avisait la communauté internationale qu'il fallait faire quelque chose, y compris intervenir militairement si cela était nécessaire, pour freiner la plus grande crise humanitaire du monde, une seule chose est claire : entre 300.000 et 500.000 morts, 2,5 millions de réfugiés et une très dangereuse extension du conflit et de l'instabilité vers les pays voisins, Tchad et République centrafricaine. On ne sait pas trop ce qu'a appris Annan durant son mandat, mais il n'a toujours pas compris qu'il ne suffit pas de condamner les actes et de se plaindre des catastrophes humanitaires. Et que cela ne sert à rien d'envoyer une poignée de soldats africains sous-équipés. Ni même créer un tout nouveau Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies qui durant ses six premiers mois de vie a été incapable de consacrer une session au drame du Darfour.
Annan demande plus de responsabilité aux États en pointant un doigt accusateur vers les États-Unis. Mais l'Europe assume-t-elle une quelconque responsabilité ? Et la Ligue arabe ? Et Annan de se demander dans son discours dans le Missouri :
Vous, les Américains, avez fait beaucoup pour construire un système multilatéral effectif, avec l'ONU comme point central. En avez-vous moins besoin aujourd'hui, ou celui-ci a-t-il moins besoin de vous qu'il y a 60 ans ?
Mais qui a besoin d'une organisation dans laquelle plus personne ne croit ?
14:25 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, International, Kofi Annan, Nations Unies
Des lois du travail rigides nuisent aux chômeurs
Les lois du travail québécoises expliquent en partie pourquoi le Québec connaît, depuis trois décennies, un taux de chômage systématiquement plus élevé que ses voisins, conclut une note économique de l’Institut économique de Montréal signée par l’économiste Nathalie Elgrably et intitulée « Le salaire minimum et la flexibilité du travail ». Qui plus est, le salaire minimum relativement élevé, conçu pour aider les travailleurs à faible revenu, vient dans les faits les pénaliser en favorisant leur exclusion du marché du travail.
L’étude part du constat que le marché du travail revêt une importance fondamentale dans l’économie, car c’est lui qui permet d’affecter le capital humain à ses usages les plus productifs. Dans le but de protéger les travailleurs, les gouvernements ont toutefois institué au fil des ans diverses contraintes institutionnelles qui ont eu pour effet de rendre ce marché moins flexible.
Les emplois au salaire minimum sont la porte d’entrée sur le marché du travail pour les individus les moins qualifiés, parmi lesquels on retrouve beaucoup de jeunes, d’immigrants et de femmes âgées. Ainsi, les deux tiers des personnes qui travaillent au salaire minimum ont moins de 25 ans. Les travailleurs les plus faiblement rémunérés sont par définition les moins productifs, de sorte que l’augmentation du salaire minimum a pour effet de hisser ce premier barreau de l’échelle du marché du travail à une hauteur qui devient inaccessible pour plusieurs, contribuant ainsi à les confiner au chômage.
Les hausses de salaire minimum ne contribuent pas à réduire la pauvreté, mais créent plutôt au moins un peu de chômage. Selon des chercheurs canadiens, une hausse de 10% du salaire minimum réduit l’emploi de 2,5% chez les adolescents. Or, Elgrably rappelle que c’est au Québec que le salaire minimum est le plus élevé en Amérique du Nord lorsque l’on tient compte des différences de niveau de vie, puisque le revenu annuel d’une personne travaillant à ce salaire représente 50% du PIB par habitant, la proportion la plus élevée du continent.
Pour vraiment aider les travailleurs à faible revenu, le gouvernement aurait plutôt avantage à recourir à des mesures de nature fiscale qui ont un effet beaucoup plus direct sur les revenus nets, sans les effets pervers sur le marché du travail et l’emploi que produit une hausse du salaire minimum :
Il est préférable d’aider les travailleurs directement que de manipuler le prix du travail, ce qui est destructeur d’emplois.
La « prime au travail », un crédit d’impôt remboursable sur le revenu d’emploi instauré par le gouvernement en 2005, représente un exemple de ce genre de mesures.
En plus du salaire minimum, l’Institut économique de Montréal aborde la relation entre flexibilité du marché du travail et chômage. Un marché rendu rigide par diverses lois, règlements et interventions étatiques fait en sorte d’augmenter les coûts et les risques liés à l’embauche, ce qui alimente le chômage :
Des chercheurs ont montré que le chômage augmente quand les lois régissant les relations de travail sont trop rigides.
Or,
[...] le Québec se trouve aussi au dernier rang des 60 États et provinces du continent pour ce qui est de la rigidité de sa législation.
Le Québec se distingue par ailleurs par des lois du travail qui sont parmi les plus favorables aux syndicats, la province étant l’endroit qui affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. Cette situation a des conséquences négatives importantes sur le plan de la flexibilité du travail. Ce ne sont pas des réglementations sévères qui assurent un emploi et un revenu plus élevé, conclut Elgrably, mais bien la rareté de la main-d’oeuvre par rapport à la demande dans un marché du travail flexible et dynamique.
08:25 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Économie, Chômage, Salaire minimum, Institut économique de Montréal, Nathalie Elgrably
14 décembre 2006
La prochaine vague de mondialisation
La mondialisation pourrait faire progresser les revenus moyens dans le monde à un rythme plus rapide dans les 25 années à venir qu'au cours des 25 dernières années, indique la Banque mondiale dans son nouveau rapport « Global economic prospects 2007 : managing the next wave of globalization », et les pays en développement joueront un rôle central à cet égard. En effet, ces pays atteindront cette année un niveau de croissance quasi record de 7 %. Et bien qu'il faille s'attendre à ralentissement en 2007 et 2008, cette croissance restera probablement supérieure à 6 %, soit plus du double de celle des pays à revenu élevé, laquelle devrait s'établir à 2,6 %. Considérant l'incidence qu'aura la mondialisation sur les perspectives des 25 prochaines années, le rapport de la Banque trace un scénario de base qui verra l'économie mondiale progresser de 35.000 milliards de dollars en 2005 à 72.000 milliards en 2030.
Cela n'est jamais qu'une légère accélération de la croissance mondiale comparé aux 25 dernières années, mais les solides performances des pays en développement en sont plus que jamais l'élément moteur.
A tenu à souligner Richard Newfarmer, principal auteur du rapport et conseiller économique au Département du commerce de la Banque.
Et s'il est vrai que les chiffres exacts finiront sans aucun doute par être différents, les tendances sous-jacentes sont relativement hermétiques à tous les chocs, si ce n'est les plus sévères ou perturbateurs d'entre eux.
Le commerce mondial des produits et services pourrait plus que tripler pour représenter, en 2030, 27.000 milliards de dollars, et la part des échanges dans l'économie mondiale passera du quart aujourd'hui à plus du tiers - une progression qui devrait être pour moitié environ le fait des pays en développement. Ces pays qui, voilà une vingtaine d'années seulement, fournissaient 14% des importations de produits manufacturés des pays riches en assurent aujourd'hui 40%, et en fourniront probablement plus de 65% à l'horizon 2030. Dans le même temps, la demande des pays en développement en matière d'importations s'impose peu à peu comme un élément moteur de l'économie mondiale.
La période d'expansion soutenue et généralisée ainsi envisagée pour les pays en développement aurait un effet significatif sur la pauvreté mondiale, comme le fait observer François Bourguignon, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement :
Le nombre de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre pourrait être réduit de moitié, de 1,1 milliard actuellement à 550 millions en 2030. Mais certaines régions, notamment l'Afrique, courent le risque de rester à la traîne.
Pour les auteurs du rapport, un aspect particulièrement délicat sera de parvenir à ce que l'Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs résultats s'améliorer ces dernières années, avec une croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de l'incidence de la pauvreté, les progrès d'ensemble restent trop lents. L'accroissement rapide de leur population et le gonflement du nombre des jeunes signifient, selon le rapport, que ces pays pourraient voir le nombre absolu d'individus vivant dans un état de pauvreté extrême rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus que jamais un problème propre à l'Afrique subsaharienne : selon les projections, la part des populations les plus déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait d'ici à 2030. D'un autre côté, note le rapport, l'Afrique subsaharienne est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à gagner d'une intégration économique, car elle pourrait tirer parti des technologies et des écarts de salaires pour parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé. Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes d'imposent afin de renforcer le climat des investissements dans la région, ainsi qu'un surcroît d'aide pour ses infrastructures.
Il faut s'attendre à ce que beaucoup tirent avantage de la mondialisation car les fruits de cette croissance devraient être largement répartis : à l'horizon 2030, la Banque estime à 1,2 milliard le nombre d'habitants des pays en développement - 15% de la population du globe - qui feront partie de ce qu'elle appelle la « classe moyenne planétaire », contre 400 millions aujourd'hui. Les personnes dans cette catégorie disposeront d'un pouvoir d'achat de 4.000 à 17.000 dollars par tête et seront à même d'effectuer des voyages à l'étranger, d'acheter des voitures et autres biens de consommation haut de gamme, d'atteindre un degré d'instruction de niveau international et de contribuer de façon majeure à façonner les politiques et les institutions dans leur propre pays et au niveau de l'économie mondiale. Ainsi, l'incidence de l'extrême pauvreté sera ramenée d'environ 25 % aujourd'hui à moins de 8 %.
14:45 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, International, Économie, Banque mondiale, Global economic prospects 2007
Le Grande-Bretagne perdrait 35 milliards d'euros si elle devait rejoindre l'euro
Comme on le sait, la Grande-Bretagne, a conservé sa monnaie nationale au lieu de rejoindre la zone euro à laquelle appartiennent douze pays de l'Union européenne. Le débat est vif dans le pays pour savoir si la Grande-Bretagne doit abandonner la livre sterling et employer également la monnaie européenne. Le think tank britannique Open Europe vient de faire le calcul des coûts que supposerait une telle intégration et le résultat est d'énorme proportion : 23,5 milliards de livres ou 34,8 milliards d'euros jusqu'à 2010, rien que pour le coût de la régulation européenne. L'étude d'Open Europe observe que beaucoup des 42 mesures proposées par le Plan d'Action des Services Financiers - organisme créé en 1999 et qui a pour objectif de créer un marché commun européen - coûteront plus qu'elles n'apporteront de bénéfices.
L'étude a été réalisée en collaboration avec de nombreuses banques et entreprises financières de tous types et avec des associations tel que l'Institut des Comptables, l'Association de la Banque d'Investissement de Londres, celle des assurances britanniques ou la Corporation de Londres. Open Europe rapporte qu'au départ une grande partie de l'industrie financière britannique appuya l'idée du PASF, mais que durant les négociations au sein du Conseil de l'Union européenne beaucoup des mesures les plus importantes furent modifiées de telle façon qu'elles altérèrent voire même contredirent les objectifs initiaux. Le résultat final porte gravement préjudice à la Grande-Bretagne, malgré le fait que Londres soit le centre financier le plus important de l'Union européenne.
Michael Spencer, de l'ICAP, considère que ce serait une tragédie si la surréglementation de l'Union européenne devait s'abattre sur Londres, au moment même où la City est sur le point de dépasser New York. En effet, une partie trop importante de la législation du PASF sert plus à protéger les agents inefficients qu'à d'ouvrir réellement les marchés à la libre concurrence. De fait, selon l'économiste Alan Brown, beaucoup des autres États membres semblent être plus préoccupés de se protéger de la concurrence à l'intérieur de l'Europe que de faire face à la concurrence à niveau mondial. Malheureusement, l'étude d'Open Europe se focalise sur la Grande-Bretagne et ne dit rien des coûts supportés par les pays membres de la zone euro. Or voilà bien des informations qui eussent été utiles.
11:55 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, International, Économie, Euro, Livre sterling, Grande-Bretagne
13 décembre 2006
Le Chili entre enfin dans le 21e siècle
Ce dimanche, avec la mort du général Augusto Pinochet, une page de l'histoire chilienne, faite de divisions et de douleurs, se tourne définitivement. Depuis trois jours, les médias internationaux font simultanément état de la joie - fêtant la mort de l'ancien dictateur - et de l'indignation - regrettant le fait que celui-ci ait échappé à la justice et évité de rendre compte des crimes commis alors qu'il était au pouvoir - d'une grande partie de la population chilienne et au delà de l'opinion mondiale.
Pinochet déboula sur la scène internationale le matin du 11 septembre 1973, lorsqu'il conduisit le coup d'État qui renversa le gouvernement d'Allende. Logiquement, l'objectif des caméras se focalise sur la période de la dictature militaire et de la répression qui s'étendit au Chili de 1973 à 1990. Cependant, ces mêmes médias évitent soigneusement de nous parler de la période précédant le 11 septembre 1973, ces trois années de « voie chilienne vers le socialisme », rendant ainsi impossible la compréhension de ce douloureux épisode de l'Histoire. Une mise en perspective s'impose dès lors.
Le 4 septembre 1970, Salvador Allende, candidat de l'Unité Populaire (coalition de six partis), obtint 36,30% des voix aux élections présidentielles chiliennes face aux candidats Jorge Alessandri, du Parti National (34,98%) et Radomiro Tomic, de la Démocratie Chrétienne (27,84%). La gauche ne représentait donc qu'un tiers de la population. Malheureusement, la constitution chilienne ne prévoyait pas de second tour ; s'il y en avait eu un, on peut être assuré que jamais Allende ne serait parvenu à la présidence. Allende fut ainsi désigné - et non pas élu comme le veut la légende - à la présidence par le congrès, comme le prévoyait la constitution dans un tel cas, avec l'appui des démocrates chrétiens qui avait fait signer à Allende un pacte - qui ne sera jamais honoré par Allende - de respect de la constitution.
Quelles étaient les idées politiques des partis composant l'Unité Populaire ? Pour les dirigeants du Parti Radical, le moins gauchiste de la coalition : « Seulement en dehors du système capitaliste se trouve la possibilité d'une solution pour la classe travailleuse » ; « Le Parti Radical est socialiste et sa lutte est dirigée en vue de la construction d'une société socialiste » ; « Nous acceptons le matérialisme historique et l'idée de la lutte des classes comme moyen pour interpréter l'histoire » (Déclaration politico-idéologique approuvée lors le la 25e Convention nationale du Parti Radical en 1971). Pour le Parti Socialiste : « La violence révolutionnaire est inévitable et légitime. Il est le résultat nécessaire du caractère violent et répressif de l'État-classe. Elle constitue l'unique chemin qui mène à la prise du pouvoir politique et économique et à sa défense » ; « Il est possible pour le gouvernement de détruire les bases du système capitaliste de production. En créant et en élargissant l'aire de "propriété sociale" aux dépens des entreprises capitalistes et de la bourgeoisie monopolistique, nous pourrons leur quitter le pouvoir économique » ; « L'état bourgeois au Chili ne peut servir de base au socialisme, il est nécessaire de le détruire. Pour construire le socialisme, les travailleurs chiliens doivent dominer la classe moyenne pour s'emparer du pouvoir total et exproprier graduellement tout le capital privé. C'est ce qui s'appelle la dictature du prolétariat » (Convention de Chillán de 1967). Nous sommes loin d'un soi-disant projet modéré (autre thème du mythe Allende) tellement vanté par la gauche internationaliste et tiers-mondiste. Allende confirma lui-même cette vision politique dans un entretien avec Régis Debray où il déclara que la signature du pacte de respect de la constitution n'était qu'une concession tactique.
Pour réaliser ce programme révolutionnaire, faussement appelé de « transition démocratique vers le socialisme » (contre la volonté de la majorité de la population chilienne), Allende employa plusieurs méthodes : l'intervention directe dans les entreprises, l'acquisition d'actions par l'état grâce aux réserves budgétaires et à déficit public massif, les réquisitions légales d'entreprises privées grâce à l'opération connue sous le nom d'« Opération Asphyxie ». Pour ce genre d'opération, la tactique consistait à provoquer, grâce aux cellules de l'Unité Populaire et du Front des Travailleurs Révolutionnaires (le syndicat du terroriste Mouvement de la Gauche Révolutionnaire, coupables de plusieurs centaines d'assassinats, complaisamment couverts par Allende), des conflits sociaux et des grèves dans les entreprises privées pour ensuite les accuser de ne pouvoir maintenir la production et appliquer ainsi le décret-loi 520 de 1932 - tombé en désuétude depuis des décennies, mais jamais abrogé - qui autorisait l'intervention du pouvoir central dans toutes les industries productrices d'articles de première nécessité. Dans une interview reprise par Der Spiegel, le Ministre de l'Économie, Carlos Matus confessait : « Si l'on considère la situation sur bases des critères économiques conventionnels, nous nous trouvons, en effet, en crise... Mais ce qui est une crise pour les uns est pour nous une solution ». Tel était le projet marxiste : détruire de fond en comble la structure socio-économique chilienne pour pouvoir imposer la dictature du prolétariat.
Le gouvernement d'Allende s'empara également du système bancaire chilien. La prise de contrôle s'effectua par l'achat massif d'actions des banques privées grâce aux fonds publics (obtenus par une forte imposition ou par le recours à la planche à billet). Dans certaines occasion, la simple menace suffisait pour semer la panique chez les actionnaires et faire chuter les actions pour les acquérir à vil prix. L'inflation galopante ainsi créé et les « mesures destinées à la combattre » permirent d'établir un contrôle policier sur la population, qui aurait été autrement inacceptable. Cette inflation justifia l'imposition de prix maximum qui conduisit automatiquement (par manque de rentabilité) à une rupture de l'approvisionnement. Celle-ci servit de prétexte au gouvernement pour imposer un système de rationnement (chose jamais vue dans toute l'histoire du Chili) qui permit d'octroyer aux Juntes d'approvisionnement, naturellement contrôlées par les marxistes, des pouvoirs considérables pour contrôler la vie quotidienne des citoyens. Dans le même temps, en maintenant bas, par décret, les salaires des travailleurs qualifiés et des professions libérales, alors que se déchaînait l'inflation, le gouvernement affaiblissait la classe moyenne. L'objectif, comme on le voit, était la concentration de tout les pouvoirs entre les mains des partis marxistes. L'expérience chilienne mettait en évidence une vérité déjà prévues par les économistes autrichiens Von Mises et Hayek : le contrôle par l'État de l'économie est le « chemin de la servitude » qui finirait par étrangler les libertés individuelles, la vie privée et le pluralisme idéologique. Car une des autres cibles du gouvernement marxiste fut la presse et la liberté d'expression : attaques contre les journaux Mercurio, Tribuna, Mañana ; nationalisation de la maison d'édition Zig-Zag ; tortures (cas du directeur Maximiano Errázuriz, par exemple) et harcèlements de journalistes ; tracasseries multiples contre la chaîne de télévision Canal 13 ; etc.
Trois années d'expérimentations socialistes suffirent pour que le Chili se trouvât au bord de la guerre civile. Le pays finalement resta sans réserves, ne fut-ce que pour importer les denrées les plus élémentaires (le 7 septembre 1973, le gouvernement marxiste annonçait que les réserves de farine ne pouvaient couvrir que quatre jours). La production avait chuté de 10% chaque année après que les industries aient été nationalisées et dirigées par des commissaires politiques incapables, en remplacement des anciens propriétaires ou administrateurs. Suite à une hyper-inflation (de 500% en septembre 1973), les commerces étaient désapprovisionnés et la majorité des biens de première nécessité ne pouvaient se trouver qu'au marché noir. Finalement, la crispation sociale apparut de forme évidente. Avec la connivence du gouvernement Allende, de grands stocks d'armes (principalement tchécoslovaque) étaient introduits dans le pays et accumulés par les marxistes. Comme ce fut le cas avec l'envoi, en mars 1972, de treize caisses de « cadeaux personnels » de Castro à Allende qui furent arrêtés à la douane chilienne : une tonne d'armes et de munitions que le Ministre de l'Intérieur, rameuté dare-dare à l'aéroport pour rabrouer des fonctionnaires trop zélés, emporta vers la maison de Allende de la rue Tomas Moro. Avec ces armes, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) développait une stratégie de « pouvoir dual » parallèle au gouvernement, avec des milices entraînées par 2.000 assesseurs, essentiellement castristes, nord-coréen et tchèques. L'objectif était de faciliter la transition au socialisme par le biais d'occupation illégales de terres et d'entreprises, ainsi que l'assassinat d'opposants - le plus marquant étant celui de Pérez Zujovic, démocrate-chrétien, ancien vice-président et ministre du gouvernement Frei, prédécesseur de celui de Allende -. Les marxistes se préparaient également à une guerre civile contre les Forces armées (et ce alors que le Chili était le seul pays latino-américain où l'armée n'était plus intervenu politiquement depuis plus d'un demi-siècle) qui, comme il était évident, préféreraient lutter avant de voir son rôle usurpé par une milice révolutionnaire et le pays mené à la ruine par le marxisme.
Le drame était que le pouvoir législatif, majoritairement hostile au gouvernement Allende dès 1972, était systématiquement bafoué par l'exécutif. Par exemple, chaque fois qu'un de ses ministres était renversé par une motion de censure, Allende le gardait dans son gouvernement, mais avec un autre portefeuille. Finalement, après la Cour Suprême - qui, le 26 mai 1973, avait adressé une énième protestation contre les violations sans cesse répétées par l'exécutif des décisions de justice des tribunaux (Allende y répondra en déclarant qu'en période de révolution, c'était au pouvoir politique de décider de l'opportunité de l'application des décisions judiciaires) -, le parlement, le 23 août 1973, dans une résolution, approuvée à 81 voix contre 47, après le rappel des innombrables violations constitutionnelles et légales du gouvernement Allende, demande aux autorités et aux forces armées et de police de mettre fin immédiatement aux situations de fait mentionnées :
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le gouvernement d'Allende a gouverné par décret dans des domaines qui étaient de la compétence exclusive du parlement ;
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le gouvernement d'Allende à bafoué les prérogatives du parlement en refusant de se soumettre à son contrôle et en ignorant les motions de censure contre plusieurs de ses ministres ;
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le gouvernement d'Allende a empêché la promulgation de lois votées par le parlement ;
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le gouvernement d'Allende a harcelé la magistrature pour qu'elle se plie à sa politique, en violation de la séparation des pouvoirs et a couvert des attaques perpétrées contre des membres de la magistrature ;
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le gouvernement d'Allende a paralysé l'action du Ministère public contre des criminels activistes proches du gouvernement ;
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le gouvernement d'Allende a violé toutes les lois consacrant le principe de séparation des pouvoirs en empêchant l'application des condamnations prononcées par la justice contre des criminels activistes proches du gouvernement ;
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le gouvernement d'Allende a systématiquement violé les décisions du Contrôleur général de la République, la plus haute juridiction administrative ;
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le gouvernement d'Allende a systématiquement violé le principe d'égalité devant la loi en refusant la protection de la loi aux personnes qui n'étaient pas de son bord ;
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le gouvernement d'Allende a attenté contre la liberté d'expression (pressions économiques, fermeture illégale, emprisonnement de journalistes, appropriation partisane et violation de la prérogative du Sénat dans la nomination de la direction de la télévision publique, etc.) ;
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le gouvernement d'Allende a violé l'autonomie des universités et leur droit à disposer de canal de télévision, notamment en couvrant la prise de possession illégale et violente de ces chaînes par ses partisans ;
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le gouvernement d'Allende a attenté, par la violence, contre le droit de réunion pacifique d'opposants à son régime alors même qu'il tolérait les réunions en armes de ses partisans et les attaques de ces derniers contre l'opposition ;
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le gouvernement d'Allende a attenté contre la liberté d'enseignement en voulant, illégalement, par décret, imposer un plan éducatif marxiste ;
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le gouvernement d'Allende a violé le droit constitutionnel de propriété en couvrant plus de 1.500 occupations illégales de propriétés et en promouvant la prise de possession illégales de centaines d'entreprises et de commerces pour les réquisitionner ensuite, spoliant ainsi les propriétaires légitime au profit du gouvernement ;
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le gouvernement d'Allende a eu recours d'innombrables fois aux arrestations illégales et a autorisé que les personnes soient soumises à la torture ;
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le gouvernement d'Allende a violé les droits de nombreux syndicats et à fait usage de la violente contre eux ;
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le gouvernement d'Allende a violé la garantie constitutionnelle qui autorise les Chiliens à sortir du pays en exigeant d'eux des conditions non requises par la loi ;
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le gouvernement d'Allende a violé la constitution (article 10 n°16) en créant ou en autorisant nombre d'organismes séditieux (Commandos communaux, Comités de surveillance, etc.) et en leur reconnaissant une autorité illégale en contradiction avec les autorités et les organismes constitutionnels ;
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le gouvernement d'Allende a brisé le cadre de l'État de droit en formant et en développement des groupes paramilitaires et en tentant d'employer les forces armées et de polices à des fins partisanes ;
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etc.
Le 11 septembre 1973, l'armée chilienne, sous le commandement du général Pinochet assiégea le Palais de la Moneda où s'était réfugié Allende, qui plutôt que de se rendre et partir en exil, préféra se donner la mort. Ainsi s'achevèrent trois années de socialisme à la chilienne. Cinq jours plus tard, Patricio Aylwin - patron de la Démocratie Chrétienne et premier président du Chili après la dictature - expliqua, dans une entrevue à la télévision espagnole, comment le gouvernement Allende tentait d'installer une dictature socialiste et que l'action de l'armée fut salvatrice. Un mois plus tard, le prédécesseur d'Allende à la présidence, le chrétien-démocrate Eduardo Frei, expliqua également au journal espagnol ABC que les militaires furent appelés par les parlementaires chiliens pour remplir une obligation légale.
L'intervention de l'armée, à la demande du parlement chilien, ne fut donc pas une surprise. Mais elle terrorisa par sa brutalité. L'armée appliqua, en effet, une stratégie visant à couper toutes les têtes des mouvements révolutionnaires et utilisa sciemment la terreur, dont les dimensions ne furent pas dissimulées afin de provoquer une réaction de panique chez les partisans du gouvernement d'Allende : arrestations massives et tortures. Les rapports Rettig et Valech sont explicites à ce sujet. Si la dictature démontra une cruauté certaine, la répression se révéla cependant être une des moins massives dans ce 20e siècle caractérisé par les dictatures génocidaires, pouvant être qualifiée de chirurgicale, aussi bien par sa profondeur que par sa précision. Essentiellement, la répression militaire connut une phase aiguë de deux années, dont la virulence diminua dès lors que le contrôle militaire sur le pays fut bien établi par la junte chapeautée par Pinochet, notamment grâce à l'exil offert à beaucoup des détenus et parce que le régime de terreur découragea les anciens partisans d'Allende.
Dans le domaine économique, les premières années de la dictature de Pinochet furent aussi désastreuses que sous le gouvernement Allende et le chômage comme les inégalités augmentèrent. Car, bien qu'anti-marxistes obsessionnels, les militaires avaient les mêmes manies dirigistes qui caractérisèrent les gouvernement latino-américains des dernières décennies. La junte militaire jouait sa crédibilité politique sur le terrain économique et c'est par hasard que Pinochet tomba juste en pariant sur le cheval gagnant du libéralisme économique. À partir de 1980, grâce aux disciples chiliens de Milton Friedman, les Chicago Boys, furent appliqués par le gouvernement chilien une série de politiques libérales qui assainirent les finances publiques, continrent l'inflation et placèrent le pays sur les rails d'une croissance soutenue, faisant du Chili le pays le plus prospère d'Amérique du Sud et un des pays les plus économiquement sains et fiscalement responsables du monde grâce à son système privé de sécurité sociale et son insignifiante dette publique.
Comme on le voit, le bilan de l'oeuvre politique de Pinochet est des plus contrastés. Jamais un coup d'État ne fut aussi nécessaire au 20e siècle. Mais, par pur revanchisme idéologique, la dictature fut inutilement cruelle. Et, de fait, Pinochet aurait dû rendre compte pour les crimes commis sous son régime. Cependant, ce fut Pinochet lui-même qui dès 1980 organisa, grâce à la nouvelle constitution, le retour à la démocratie en établissant un planning qu'il respecta volontairement point par point jusqu'à l'instauration du plébiscite de 1988 dont il accepta le verdict de rejet (45% des Chiliens votèrent quand même pour lui après quinze ans de dictature, chiffre assez révélateur). Enfin, Pinochet a laissé un pays sain et viable et fait en sorte que le Chili connaisse actuellement sa période de plus grande prospérité alors que le reste du sous-continent américain connaît de grandes difficultés. Il est temps, maintenant, pour le Chili d'entrer avec confiance dans le 21e siècle. Pinochet n'est plus un problème politique ni même juridique, mais historique.
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12 décembre 2006
Chicken Run
Aujourd'hui, personne n'échappe à la propagande massive destinée à promouvoir le « bio » et le « naturel ». Et on ne se lassera jamais de répéter que « naturel » n'est pas synonyme de « bon ». Après tout, le venin du cobra est parfaitement naturel et tout aussi létal. Mais la mode et le libre marché font que de nombreuses personnes sont disposées à payer deux ou trois fois plus pour des produits « bio » ou « naturels » parce que « la santé et le bien-être n'ont pas de prix ».
En 2005, une étude universitaire bernoise avait déjà conclu que le lait « bio » n'est ni meilleur pour la santé ni n'a meilleur goût : les vaches « bio » souffrent plus souvent d'infections des pis ; les infections font courir le risque de voir les germes contaminer le lait ; les vaches « bio » produisent de 5% à 12% de lait en moins. Il apparaît maintenant que le poulet élevé en batterie est bien meilleur, à tous les points de vue, que le poulet « bio ». Mais il est vrai que le premier est nettement moins fashionable :
ORGANIC chicken is less nutritious, contains more fat and tastes worse than free range or battery-farmed meat, scientists have discovered.
Tests on supermarket chicken breasts found organic varieties contained fewer omega-3 fatty acids and lower levels of antioxidants, giving the meat an inferior taste. Some were found to contain twice as much cholesterol.
The study, by food scientists at Strathclyde University, contradicts the common view that the premium paid for organic meat guarantees a healthier and tastier product.
Despite costing twice as much, the organic products scored lower in all the nutritional tests in the study, “It is safe to say that you are not getting any nutritional benefit from buying organic chicken,” said Alistair Paterson, co-author of the study, which is published in the International Journal of Food Sciences and Nutrition.
14:15 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Nutrition, Bio, Poulet, Lait
10 décembre 2006
Théâtre du monde
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