28 mars 2006
Transparency International au pays des blogs
Transparency International se définit elle-même comme « the global coalition against corruption ». Ses rapports sur la corruption dans le monde sont des plus intéressants.
Or donc, il se trouvait que dans la branche allemande de cette ONG travaillait une mère célibataire sous un contrat mi-temps et avec un salaire de 1.000 euros par mois avant impôts. Cette dame complétait ses revenus avec un boulot de journaliste freelance. Quand vint le moment de renouveler le contrat, Transparency International lui proposa de travailler 30 heures. La dame demanda une augmentation de salaire pour compenser le travail freelance qu'elle ne pourrait plus continuer. Ils ne parvinrent pas à un accord, et Transparency International se sépara d'elle et la remplaça par une autre personne.
Jusqu'ici rien que de très habituel. Nous sommes relativement habitués à ce que les ONG, comme les syndicats, aient un niveau d'exigence éthique pour elles-mêmes différent de celui qu'elles exigent aux entrepreneurs capitalistes. L'affaire ne mériterait donc aucune attention particulière.
Mais il se trouve que la dame avait une amie, Moni. Et cette amie avait un blog. Et Moni ne trouva rien de mieux que de raconter ce qui était arrivée à son amie. Résultat des courses : un email menaçant de l'avocat de Transparency International lui intimant de supprimer le post incriminé dans les 48 heures, sous la menace de se voir exposée à des poursuites judiciaires. Avocat qui, bien entendu, travaille comme « conseiller éthique » pour Transparency International. Et ce n'est même pas une plaisanterie.
Il ne restait plus donc à Moni d'autre solution que d'effacer le post que Transparency International estimait offensant. Mais il se trouve que la blogosphère allemande ne parle plus d'autre chose et que dans Technorati « Transparency International » est un des termes les plus recherchés. Après quelques jours ce ne sont pas moins de 3.674 blogs qui parlent du sujet. Plus quand vous lirez ce post. Et c'est ainsi qu'une ONG qui pensait avoir étouffé un départ d'incendie se retrouve au milieu d'un brasier qu'elle ne pourra plus éteindre.
- Moralité : ne cherche pas un blogger.
- Moralité 2 : à l'ère de l'information, tu ne peux éviter les commentaires négatifs, ni les traiter avec des méthodes du 20e siècle, encore moins du 19e ; tu peux seulement contre-attaquer avec d'autres commentaires positifs, si tu en es capable.
- Moralité 3 : dans un cas qui concerne Internet, cherche-toi un avocat qui comprenne ce qu'est le réseau.
- Moralité 4 : si tu prétends être une organisation « globale » et ne sais pas comment fonctionne Internet, il vaut mieux fermer boutique car tu cours droit à la catastrophe.
MÀJ : l'affaire vient d'apparaître dans les médias mainstream, rien moins que Focus (« Der selbst gemachte PR-GAU »)
10:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Politique



Commentaires
C'est merveilleux: tout le monde (litéral) m'assiste. Merci beaucoup!
Écrit par : wasweissich | 28 mars 2006
De tout coeur avec toi, Moni.
Écrit par : Lucilio | 28 mars 2006
"... tu peux seulement contre-attaquer avec d'autres commentaires positifs, si tu en es capable. ..."
ca, c'est la solution. ;) Donc: "PI en Allemagne a droit!"
Écrit par : Mag | 28 mars 2006
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