31 mars 2006

La blogosphère travaille pour la CIA

Surprenant : les bloggers sont invités à collaborer avec la CIA dans un travail de traduction et d'interprétation des documents en relation avec l'ancien régime de Saddam Hussein. Tout cela dans une page web spécialement créée à cet effet : « Operation Iraqi Freedom Documents ».

Il y a approximativement deux millions de documents, parmi lesquels des enregistrements vidéo et audio. Le gouvernement nord-américain n'en a étudié, pour l'instant qu'environ 4%. Une telle quantité d'informations, en arabe, est excessive pour n'importe quel service de renseignements. De sorte que le gouvernement des États-Unis espère obtenir l'aide des médias de communication et de cette intelligence collective qu'est la blogosphère. Celle-ci a commencé à travailler.

Ainsi on apprend plus de chose sur la complicité de la Russie avec l'ancienne dictature irakienne. Malgré les inspections, Saddam cacha des scientifiques russes et turcs pour qu'ils ne soient pas interrogés par les inspecteurs. Plus important encore, on a découvert un rapport de 2003 qui planifiait la remise d'anthrax à un groupe terroriste palestinien, qui à l'époque résidait en Irak. Par ailleurs, quelques bloggers irakiens connus ont traduit un document qui confirmeraient l'existence de contacts entre Saddam et Ben Laden.

Bien sûr, la blogosphère n'est pas la seule qui mette la main à la pâte. La chaîne de télévision nord-américaine ABC a publié une traduction partielle de six documents qui indique que la Russie remit à Saddam des plans de déploiement et d'attaque des forces alliées peu avant l'intervention et que le gouvernement de Saddam se réunit avec Ben Laden en février 1995. La chaîne révèle également un rapport intriguant qui indique l'intérêt que Saddam portait aux lois de financement des campagnes politiques en France, pays dont de nombreux hommes politiques furent impliqués dans le scandale de corruption entachant le programme onusien « Pétrole contre nourriture ».

Il y a peu de temps, Glenn Reynolds, le auteur du fameux blog Instapundit - qui est musicien amateur et qui brasse sa propre bière à la maison - a publié son livre An Army of Davids, dans lequel il explique comment le pouvoir de la connaissance de nombreux petits est en train de vaincre, peu à peu, les rares grands. Bien qu'il s'agisse d'un processus qui a commencé il y a des siècles, la technologie l'accélère de manière vertigineuse. De fait, il semble inimaginable que les responsables des services de renseignements nord-américains aient jamais pu prendre une telle décision avant la révolution d'Internet et de la blogosphère. Aujourd'hui, en revanche, des membres du Congrès comme Pete Hoekstra seraient indignés qu'il n'en soit pas ainsi, tant ce procédé leur semble si évident et naturel. Beaucoup de choses changent, et plus encore changeront dans le futur.

Le NHS traite mal des vieux

Le service de santé public britannique manque au respect et à la dignité des vieilles personnes ? Ce n'est pas possible voyons... puisque c'est public... c'est un service citoyen... n'étant pas soumis aux lois iniques du marché... il coûte d'ailleurs une fortune aux contribuables... et on n'y regarde pas à la dépense, la preuve, il connaît un déficit catastrophique... :

The joint report by three public sector watchdogs said the NHS and care services treated older people with a lack of dignity and respect.

[...]

David Behan, chief inspector of the Commission for Social Care Inspection, said: "The evidence from this study is that older people are not involved in the design of services and, consequently, services are not tailored to their needs and aspirations.

30 mars 2006

Allende, apprenti dictateur, antisémite payé par le KGB et assassiné par Castro ?

Le 4 septembre 1970, Salvador Allende, candidat de l'Unité Populaire (coalition de six partis de gauche), obtint 36,30% des voix aux élections présidentielles chiliennes face aux candidats Jorge Alessandri, du Parti National (34,98%) et Radomiro Tomic, de la Démocratie Chrétienne (27,84%). En l'absence de second tour, Allende fut désigné à la présidence par la chambre des députés, comme le prévoyait la constitution dans un tel cas, avec l'appui des démocrates chrétiens qui avait fait signer à Allende un pacte - qui ne sera, hélas, jamais honoré - de respect de la constitution chilienne.

Trois ans plus tard, après la Cour Suprême - qui, le 26 mai 1973, avait adressé une énième protestation contre les violations sans cesse répétées par le gouvernement d'Allende des décisions de justice des tribunaux (Allende y répondra en déclarant qu'en période de révolution, c'était au pouvoir politique de décider de l'opportunité de l'application des décisions judiciaires) -, le parlement chilien, le 23 août 1973, dans une résolution, approuvée à 81 voix contre 47, après le rappel des innombrables violations constitutionnelles et légales du gouvernement Allende, demande aux autorités et aux forces armées de mettre fin immédiatement aux situations de fait dont ils étaient fait mention.

Le bilan d'Allende fut, sans doute, le plus désastreux de toute l'histoire politique chilienne. Cependant celui-ci conserve toujours auprès de nombreuses personnes l'aura d'un homme profondément humaniste. Si l'homme politique avait lamentablement failli, l'homme tout court restait néanmoins exemplaire. Quelques publications récentes, dont deux en français, devraient écorner cette image d'Épinal.

Le premier est la traduction d'un ouvrage espagnol paru en 2005, de Víctor Farías, philosophe, historien, professeur à la Freie Universitat de Berlin, professeur invité d'universités des États-Unis et d'Argentine, intitulé Allende, la face caché : Antisémitisme et eugénisme. Farías, qui s'est rendu célèbre par ses livres Heidegger et le nazisme et Les nazis au Chili, explique dans ce livre comment :

  • Dans sa thèse de doctorat de 1933, intitulée « Hygiène mentale et délinquance », Allende proposait la stérilisation des malades mentaux, fustigeait les homosexuels et on peut y lire : « Les Hébreux se caractérisent par certaines formes précises de délits : escroquerie, contrefaçon, calomnie et, surtout, l'usure ». Plus tard comme Ministre de la Santé du gouvernement du président Aguirre-Cerda (1939-1941), Allende déposa un projet de loi de stérilisation forcée des malades mentaux, et proposant la création d'un « Tribunal de stérilisation », disposant de la force publique, inaccessible à la famille du malade et dont les décisions auraient été sans appel (art.23). Par ailleurs, dans certains domaines, le projet de loi d'Allende allait plus loin que la législation nazie en prévoyant également la stérilisation forcée des alcooliques. Ce projet fut heureusement rejeté.

  • Que jamais, Allende ne rétracta ses idées. Pire : lorsqu'il fut président, Allende protégea et refusa d'extrader le nazi réfugié au Chili Walter Rauff - responsable direct de la mort près de 100.000 Juifs et inventeur de l'empoisonnement des Juifs par gaz dans des camions - alors que le célèbre chasseur de nazi Simon Wiesenthal lui en fit la demande.

Dans un autre livre, on apprend qu'Allende était un appointé du KGB. Telles sont les révélations faites par l'historien britannique Christopher Andrew et le Russe Vasili Mitrokhin. Ce dernier a été un archiviste du KGB qui eût l'heureuse idée de faire une copie de son travail. Au début des années nonante, en plein effondrement de l'URSS, Mitrokhin passa à l'Ouest avec toutes ses précieuses informations et commença à les publier.

Le second et dernier volume publié est celui qui apporte un nouvel éclairage sur Allende : le président chilien était un collaborateur - de loin, le plus important en Amérique latine - du KGB. Un collaborateur qui recevait de l'argent, qui transmettait des informations et participait aux plans soviétiques de conquête de l'Amérique latine.

Enfin, un dernier ouvrage pose une nouvelle hypothèse sur la mort d'Allende. On sait que longtemps la gauche répandit la légende à travers le monde qu'Allende avait été abattu par les militaires lors de l'assaut du palais présidentiel de La Moneda. Il est désormais clairement établi - sur base des témoignages des anciens compagnons d'Allende, dont son médecin personnel - que le président chilien se suicida.

Néanmoins, pour Alain Ammar, loin d'avoir été abattu par l'armée, loin de s'être suicidé, Allende aurait été assassiné par un de ses gardes du corps cubains. Dans Cuba nostra : Les secrets d'Etat de Fidel Castro, l'auteur analyse les déclarations de deux agents des services secrets cubains : Daniel Alarcón (alias Benigno, survivant de la guerilla du Che en Bolivie) et Juan Vives.

Selon Vives, l'ancien agent des services secrets de la dictature et filleul d'Osvaldo Dorticós Torrado, l'ancien président marionnette cubain des débuts du castrisme, Allende courrait dans les couloirs du premier étage du palais, morte de peur et criant :  « Il faut se rendre ! » Mais avant qu'il puisse faire autre chose, Patricio de la Guardia, l'agent de Castro chargé de la sécurité du président chilien, attendit que ce dernier retourne à son bureau et lui tira une rafale de mitraillette dans la tête. Ensuite, il posa sur le corps d'Allende l'arme pour faire croire que ce dernier avait été éliminé par les militaires soulevés. Patricio de la Guardia descendit ensuite au rez-de-chaussée où l'attendaient les autres Cubains. Ensemble, ils abandonnèrent sans grandes difficultés le palais de la Moneda pour aller se réfugier à l'ambassade de Cuba proche.

Internet, le monde arabe et la liberté

300 ans après les Lumières et 200 ans après la Révolution industrielle, une grande partie du monde arabe reste toujours isolée culturellement. Triste paradoxe que de voir les lointains descendants des grands mathématiciens arabes qui illuminèrent l'Europe au Moyen-Âge patauger dans l'obscurité intellectuelle, prisonniers d'une cosmovision fermée imposée par les dirigeants religieux dans les mosquées et par les médias de communication aux mains de dictatures, qui rejettent comme malfaisantes les idées de liberté individuelle, de confiance dans la raison, de tolérance intellectuelle et de critique scientifique.

Le plus grand philosophe du Moyen-âge, Saint Thomas d'Aquin, connut les oeuvres d'Aristote grâce aux commentateurs arabes - Averroès, Avicenne - du philosophe grec. Aujourd'hui, chaque année on traduits cinq fois plus de livres en grec - une langue que parlent seulement 11 millions de personnes dans le monde - qu'en arabe. Comme le rappelle Jonathan Rauch, les auteurs, traducteurs et éditeurs de livres en arabe doivent rendre des comptes et se soumettre aux caprices de pas moins de 22 censeurs, ce qui explique pourquoi il n'existe pas de marché important du livre en langue arabe, même dans les pays arabes. Une autre donnée que Rauch reprend du rapport des Nations Unies sur le développement humain dans le monde arabe et qui illustre parfaitement l'état d'isolement culturel du monde arabe : lors du dernier millénaire ont seulement été traduite en arabe quelques 10.000 oeuvres, le même nombre d'oeuvres traduites en espagnol en un an !

C'est pourquoi, au milieu de ce désert intellectuel, des initiatives comme celle de H. Ali Kamil (pseudonyme qu'il emploie pour se protéger des violentes représailles de fanatiques) représentent une espérance. Kamil n'est plus tout seul d'ailleurs : le premier think tank libéral du Pakistan vient de naître et il s'appelle Alternate Solutions Institute.

29 mars 2006

Des élections marquantes

Pour diverses raisons, les élections générales israéliennes ont été atypiques. Peu de fois a été aussi clairement en jeu une stratégie générale : l'abandon définitif du « Grand Israël » et le « retrait unilatéral » d’une partie de la Cisjordanie. Peu de fois la population a vécu une élection aussi importante avec autant de calme, comme sans donner d’importance à ce qui se passait. Peu de fois, peut-être jamais, l’abstention n’a été aussi forte.

La raison de tout cela réside dans le fait que, après l’échec du processus de paix, les Israéliens ont assumé :

  • qu’ils n’avaient personne avec qui négocier ;
  • qu’ils ne pouvaient continuer à occuper indéfiniment Gaza et la Cisjordanie ;
  • qu’ils ont besoin de frontières définitives ;
  • que les Palestiniens sont un problème mais non une menace pour l’existence de l’État d’Israël ;
  • que la vraie menace est l’islamisme, dans ses variées et différentes formes, depuis le Hamas et le Hezbollah jusqu’au programme nucléaire iranien.

Sharon a eu l’habilité de faire sien ce programme et de promouvoir l’abandon de Gaza. Fort de la crédibilité que lui a valu l’accomplissement de ses promesses - en démantelant les implantations et en retirant les forces armées -, il promut la formation d’une nouvelle force politique, Kadima, sachant qu’il serait impossible de compléter le programme à partir du Likoud.

Aujourd’hui, la majorité des Israéliens sont convaincus de ce qu’il leur faut se retirer de Cisjordanie, définir des frontières - qui incluraient du côté israélien aussi bien les colonies qui entourent Jérusalem que celle d’Ariel, équidistante de 60 kilomètres de Tel-Aviv et du Jourdain -, démanteler le reste des implantations et se préparer à résister à la vague d’islamisme qui s’approche, avec la possible déstabilisation de l’Égypte et de la Jordanie, et la menace nucléaire iranienne.

Les défis sont écrasants, mais à cette occasion, les Israéliens sont unis. Ils partagent aussi bien la perception de la menace que la stratégie à suivre. Ce sentiment d’unité est la cause de l’étrange tranquillité qui régnait ces jours-ci en Israël ainsi que du fort taux d’abstention. En effet, aussi bien le Likoud que les Travaillistes sont convaincus que leurs propositions sont irréalisables et que la seule voie possible est celle que propose Kadima. La Likoud affirme que le retrait de la Cisjordanie serait interprété comme un succès par le Hamas, ce qui est vrai en partie. Mais le maintient des colonies en Cisjordanie supposerait un coût énorme et empêcherait la nécessaire définition des frontières. Le Grand Israël, de la Méditerranée au Jourdain, est un rêve nationaliste inviable. D’un autre côté, Olmert a parlé de démanteler les colonies, mais non de retirer l’armée. Les Travaillistes conservent l’idée qu'il faut revitaliser le processus de paix, mais après le triomphe du Hamas, cette proposition, qui avant semblait ingénue, est devenue maintenant surréaliste.

Les Israéliens donnent pour acquis la formation d’une coalition Kadima-Travaillistes avec quelques autres petits partis. Un gouvernement avec les idées très claires sur le désengagement et avec un difficile problème de gestion : la menace nucléaire iranienne et la nécessité de convaincre les États-Unis et l’Europe qu’il faut empêcher son développement, par des voies diplomatiques ou militaires.

La vente liée et l'intégration des produits nuisent-elles aux consommateurs ?

La hache de guerre n’est pas prête d’être enterrée entre la Commission européenne et la société Microsoft. L’exécutif européen reproche au géant de l’informatique de ne pas se plier à l’obligation d’ouvrir les protocoles clés de ses serveurs grâce à une documentation adéquate. Avec l’intégration dans son système d’exploitation Windows d’un lecteur multimédia, c’était le principal grief ayant mené à la condamnation de la société en mars 2004 pour abus de position dominante. De son côté, Microsoft affirme s’être pliée aux décisions de justice et accuse la Commission d’entretenir des liens trop étroits avec ses rivaux. Une amende de 2 millions d’euros par jour est en jeu si la Commission n’est pas satisfaite de ce qui ressortira de l’audition à huis clos du géant, prévue les 30 et 31 mars.

Que Microsoft ait appliqué ou non le remède prévu en ce qui concerne la question des serveurs, la version de Windows détachée de son lecteur multimédia est au catalogue de Microsoft depuis juin dernier et ne trouve pas son public. Selon le dernier rapport de l’Institut Économique Molinari, l’échec de ce remède imposé par la Commission est révélateur des fondements erronés sur lesquels reposent la politique antitrust européenne en matière de vente liée et d’intégration des produits.

Comme le souligne d’abord l’auteur, ces pratiques peuvent rendre service aux consommateurs :

Si des passionnés d’informatique ou des personnes recherchant des produits bien spécifiques peuvent préférer un ordinateur « en kit », d’autres utilisateurs bénéficieront grandement de l’achat d’un ensemble prêt à l’emploi, leur économisant une recherche fastidieuse d’informations sur les différents produits, ainsi que le temps et les déplacements nécessaires à leurs achats séparés.

Ainsi, les ventes liées et l’intégration des produits ne peuvent pas être considérés a priori comme nuisibles.

[...]

Il devient nécessaire d’établir un critère permettant de distinguer les pratiques « normales », bénéficiant aux consommateurs et les pratiques « restrictives », nuisant aux consommateurs.

 

Pour l’Institut Économique Molinari, cette tâche ne peut pas être effectuée par les autorités gouvernementales. C’est la concurrence sur le marché qui permet de pérenniser les meilleures pratiques dans chaque cas particulier, même si une firme est en position dominante :

[...] le choix de la vente séparée ou liée est sanctionné par des pertes ou des profits suivant sa relative adéquation aux souhaits des consommateurs.

 

La supposée infériorité de la solution proposée par Microsoft n’a pas besoin de la Commission européenne pour se révéler si elle existe :

[...] l’intégration de logiciels de faible qualité nuit à la valeur de Windows. Elle favorise le succès de systèmes d’exploitation alternatifs et de lecteurs multimédias adaptés.

 

Les autorités gouvernementales agissant sans l’aiguillon de la concurrence et de son « mécanisme » des pertes et profits, le rapport conclut qu’elles

[...] sont inaptes à se substituer au processus concurrentiel d’un marché libre pour garantir les meilleurs services possibles aux consommateurs.

28 mars 2006

Microsoft et la globalisation

Thomas J. DiLorenzo, docteur en économie, a écrit un essai basé sur des faits historiques intitulé The Myth of Natural Monopoly, où il explique que, dans le libre marché, les monopoles n'existent pas comme tels et que, par conséquent, ils sont aussi périssables que tout autre entreprise. Seul l'État peut créer des monopoles par la loi. Pour les économistes de l'École autrichienne, les monopoles naissent quand les consommateurs décident d'acheter certains produits et non d'autres, et meurent quand la petite concurrence qui les entoure profite des moments creux du « monopole » pour récupérer la confiance du consommateur et le débouter avec de meilleurs produits. Dès lors, toute entreprise connaîtrait toujours trois cycles de vie : naissance, maturité et mort. Les « monopoles » non étatiques ne constituent pas une exception.

Bien qu'il ne domine pas les 100% du marché, on accuse Microsoft de monopole, et nombreux sont ceux qui pensent que cela est « mal ». Mais ces dernières années, Microsoft, comme on peut le voir à sa cotation, piétine. Le dernier contretemps a été, une fois de plus, le report de son nouveau système opérateur Windows Vista. Malgré tout, la concurrence traditionnelle aux programmes du géant de Redmond ne semble pas représenter une réelle menace.

Mais une des caractéristiques du libre marché est l'incroyable explosion de l'innovation et de l'abaissement des coûts que cela représente. On a apprit récemment qu'une entreprise chinoise va fabriquer et commercialiser des ordinateurs équivalents à un Pentium III pour un peu plus de 100 dollars. L'objectif de l'entreprise est d'éjecter les principaux fabricants de hardware, Intel et AMD. Un défi loin d'être facile. Évidemment si l'entreprise rencontre le succès on peut compter sur les bureaucrates de l'Union européenne et des États-Unis pour lui imposer de hauts droits de douanes. Il ne faudrait quand même pas que les consommateurs puissent économiser de l'argent. Et puis, il faut bien que ces fonctionnaires justifient leurs salaires. Mais, rassurons-nous, tout cela sera fait pour « le bien commun ».

Ce que nous suggère inévitablement cet exemple est « pourquoi une autre entreprise chinoise ne se lancerait-elle pas dans la fabrication de logiciels à 60, 50 ou 40 euros ? » Cela fait quelques temps que la Chine avance sur le terrain du hardware, celui du software lui est grand ouvert. L'étude du libre marché nous montre des milliers d'exemples de ce genre, surprenants et positifs. Le capitalisme commence à fleurir dans nombre de pays asiatiques qui ont la capacité de créer de vastes marchés autonomes où la créativité occidentale peut fuir l'étatisme européen et américain. Mais quelle est la réponse de l'Europe à cette « menace » d'innovation, de bas coûts, de fuite d'entrepreneurs et de capitaux ? Les politiciens, au lieu d'ouvrir leur esprit (ce serait peut-être trop demander), les frontières ou baisser les taxes... seulement discutent, restreignent et règlementent notre liberté en nous faisant perdre de l'argent, des opportunités et un temps précieux.

Nous ne pouvons encore parler de la mort de Microsoft, ni d'Intel, ni du grand triomphe de la Chine. Mais nous savons une chose sûrement : si nous n'ouvrons pas nos portes à la dérégulation, à la libéralisation systématique de tous les secteurs et au capitalisme « sauvage », l'Europe se retrouvera en peu d'années aussi mal en point que l'Afrique, ce malheureux continent en marge de la globalisation. Car les conclusions de DiLorenzo ne sont pas seulement applicable aux monopoles naturels, mais également aux pays : prédomine le meilleur jusqu'à ce qu'un autre s'adapte mieux aux changements et aux goûts du consommateur. Rien ne dure éternellement, et encore moins en entravant le libre commerce.

Transparency International au pays des blogs

Transparency International se définit elle-même comme « the global coalition against corruption ». Ses rapports sur la corruption dans le monde sont des plus intéressants.

Or donc, il se trouvait que dans la branche allemande de cette ONG travaillait une mère célibataire sous un contrat mi-temps et avec un salaire de 1.000 euros par mois avant impôts. Cette dame complétait ses revenus avec un boulot de journaliste freelance. Quand vint le moment de renouveler le contrat, Transparency International lui proposa de travailler 30 heures. La dame demanda une augmentation de salaire pour compenser le travail freelance qu'elle ne pourrait plus continuer. Ils ne parvinrent pas à un accord, et Transparency International se sépara d'elle et la remplaça par une autre personne.

Jusqu'ici rien que de très habituel. Nous sommes relativement habitués à ce que les ONG, comme les syndicats, aient un niveau d'exigence éthique pour elles-mêmes différent de celui qu'elles exigent aux entrepreneurs capitalistes. L'affaire ne mériterait donc aucune attention particulière.

Mais il se trouve que la dame avait une amie, Moni. Et cette amie avait un blog. Et Moni ne trouva rien de mieux que de raconter ce qui était arrivée à son amie. Résultat des courses : un email menaçant de l'avocat de Transparency International lui intimant de supprimer le post incriminé dans les 48 heures, sous la menace de se voir exposée à des poursuites judiciaires. Avocat qui, bien entendu, travaille comme « conseiller éthique » pour Transparency International. Et ce n'est même pas une plaisanterie.

Il ne restait plus donc à Moni d'autre solution que d'effacer le post que Transparency International estimait offensant. Mais il se trouve que la blogosphère allemande ne parle plus d'autre chose et que dans Technorati « Transparency International » est un des termes les plus recherchés. Après quelques jours ce ne sont pas moins de 3.674 blogs qui parlent du sujet. Plus quand vous lirez ce post. Et c'est ainsi qu'une ONG qui pensait avoir étouffé un départ d'incendie se retrouve au milieu d'un brasier qu'elle ne pourra plus éteindre.

  • Moralité : ne cherche pas un blogger.
  • Moralité 2 : à l'ère de l'information, tu ne peux éviter les commentaires négatifs, ni les traiter avec des méthodes du 20e siècle, encore moins du 19e ; tu peux seulement contre-attaquer avec d'autres commentaires positifs, si tu en es capable.
  • Moralité 3 : dans un cas qui concerne Internet, cherche-toi un avocat qui comprenne ce qu'est le réseau.
  • Moralité 4 : si tu prétends être une organisation « globale » et ne sais pas comment fonctionne Internet, il vaut mieux fermer boutique car tu cours droit à la catastrophe.

MÀJ : l'affaire vient d'apparaître dans les médias mainstream, rien moins que Focus (« Der selbst gemachte PR-GAU »)

27 mars 2006

Freakonomics

Steven D. Levitt est un économiste assez étrange. Goûtant peu les mathématiques et les problèmes financiers ou macro-économiques qui préoccupent et occupent ceux de sa profession à travers le monde, il préfère appliquer les outils de l'économie aux affaires les plus courantes. Stephen Dubner, journaliste au New York Times - qui, selon Levitt, possède la tête qui manque aux autres journalistes avec lesquels il avait discuté dans sa vie -, l'a aidé à mettre noir sur blanc quelques-unes de ses trouvailles sous une forme très divertissante dans un livre qui a été à la tête des livres, hors fiction, les plus lus aux États-Unis.

Levitt considère que l'économie est une science qui a beaucoup avancé dans la recherche d'outils pour répondre aux questions sur les faits qui se posent dans notre société mais qui se trouve orpheline de questions intéressantes. De sorte qu'il en pose quelques-unes. Comme, par exemple, pourquoi les dealers de crack vivent-ils avec leurs mères, les lutteurs de sumo trichent-ils, est-il vrai que c'est l'argent qui fait gagner les élections ?

Parmi toutes les réponses, la plus polémique est la réponse à la question sur la cause de la diminution de la criminalité aux États-Unis durant les années '90. Car Levitt ne pense pas que la cause fondamentale ait été la loi sur les armes ou les nouvelles méthodes policières que lança l'ancien maire de New-York, Rudolph Giuliani, mais bien la législation sur l'avortement, en 1973. Le raisonnement est simple : la décision du Tribunal Suprême des États-Unis dans l'affaire Roe vs. Wade a eu comme conséquence pratique de faciliter et de rendre bon marché l'avortement, le rendant accessible aux moins fortunés. Or c'est parmi ceux-ci que se rencontrent les plus hauts indices de criminalité. Vingt ans après, ces enfants pauvres non désirés, parmi lesquels se seraient trouvés un grand pourcentage de délinquants n'étaient simplement pas nés, ne pouvant, par conséquent, pas entamer une carrière de criminel à l'âge où il est le plus fréquent de le faire. Cette hypothèse est renforcée par le fait que les États qui avaient légalisé l'avortement, de leur côté, quelques années auparavant, virent leur taux de criminalité diminuer avant les autres États.

Sans doute, le plus intéressant de Freakonomics concerne l'éducation des enfants. Levitt part des conclusions de Judith Rich Harris dans Pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont, qui assurent que les parents influent sur leurs enfants par les gènes, mais que leurs tentatives de les éduquer pour former leur personnalité ne contribuent que modérément à celle-ci, contrairement à l'influence des compagnons de classe ou de jeux. Comme « mesurer » la personnalité est assez compliqué, Levitt se limite au rendement scolaire, en recherchant des corrélations entre les résultats des enfants lors des premières années, où l'on note moins les influences d'autres facteurs, et différentes caractéristiques des parents. Ce qu'il trouve semble donner raison, au moins en partie, à Harris : les corrélations avec les bonnes notes concernent les parents en tant ce qu'ils « sont » et non ce qu'ils « font ».

Le premier chapitre est le plus amusant du livre, qui traite de diverses études sur les pièges et tromperies. Par exemple, Levitt démontre statistiquement que les lutteurs de sumo trichent. Dans ce sport, où le classement d'un lutteur est crucial pour ses gains, il y a six tournois importants dans l'année, où chaque participant réalise quinze combat. Montent dans le classement ceux qui gagnent plus de la moitié des combats. Les chiffres montrent que, quand s'affrontent dans le quinzième combat un lutteur qui a déjà gagné huit combats contre un autre qui n'en a gagné que juste sept et qui nécessite d'une ultime victoire, ce dernier gagne un nombre disproportionné de fois. Cela pourrait être à cause du désintérêt de la part de celui qui est déjà assuré de son classement, mais l'économiste a des raisons et des données pour négliger cette objection.

Les idées abstraites que les lecteurs de Freakonomics peuvent extraire du livre sont que les incitants - économiques, sociaux et moraux - ont une importance cruciale jusque dans les aspects les plus triviaux de la vie, que la corrélation n'implique pas nécessairement causalité, que « le sens commun » peut se tromper, que les grands effets peuvent être provoqués par de petites causes lointaines dans le temps et que les experts que nous consultons peuvent employer les avantages que leur procure leur plus grande connaissance pour leur propre bénéfice, et non pour celui de leurs clients.

« Live » with Shelby Steele

Michael Robinson a réalisé, pour The American Enterprise, une interview de Shelby Steele, afro-américain et chercheur à la Hoover Institution de l'Université de Stanford et auteur de l'ouvrage The Content of Our Character: A New Vision of Race in America. Le moins que l'on puise dire c'est que ce dernier ignore ce qu'est la langue de bois :

  • Pour chaque raciste blanc, j'en connais un noir.
  • En acceptant l'idée que le gouvernement prendrait en charges nos propres responsabilités, nous nous sommes transformés en une espèce infantile et nos familles ont commencé à s'effondrer.
  • Si tu ne peux concurrencer les Blancs et les Asiatiques, tu seras une sorte de personne inférieure. Mais nos leaders ne nous le disent pas. Tout ce qu'ils font c'est inventer des excuses à nos échecs, à notre faiblesse et à notre irresponsabilité.
  • Les Noirs sont bons dans les sports, la musique, les divertissements et la littérature, parce que là il n'y a pas de paternalisme, d'affirmative action, ni rien de semblable.
  • L'affirmative action est la plus grande cruauté commise envers les Noirs depuis l'esclavage.
  • Le politiquement correct est un sous-produit de la culpabilité que ressentent beaucoup de Blancs. C'est une façon de montrer qu'ils ne sont pas racistes, colonialistes ou impérialistes.
  • Notre situation s'est empirée après la ségrégation que pendant celle-ci. Entre 1945 et 1965, nous avons plus progressé qu'après 1965.
  • Quand un groupe a créé une culture pour gérer l'oppression, il se trouve désorienté quand arrive la liberté.
  • La liberté a terrorisé les Noirs. Au lieu de l'admettre, nous disons que nous continuons à vivre dans une société raciste, ou que le gouvernement ne fait pas son travail. Excuse après excuse.
  • Personne ne veut reconnaître que les problème des Noirs est le manque de responsabilité. Si c'est un Blanc qui le dit, c'est un raciste. Si c'est un Noir, c'est l'Oncle Tom. Mais c'est la vérité.
  • Le taux d'illégitimité condamne les Noirs à des décennies et des décennies d'infériorité.

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