14 avril 2006
Un jour comme celui-ci de 1931
La Guerre d'Espagne, comme le rappelle l'historien britannique Paul Johnson, a été l'évènement du 20e siècle sur lequel le plus de mensonges ont été écrits. Une bonne partie de ceux-ci se centrent sur la description de l'époque qui la précéda, à savoir la Seconde République - proclamée en Espagne il y a 75 ans -, qui est généralement dépeinte avec les vives couleurs du Jardin d'Éden, afin de faire ressortir plus clairement le blanc et le noir de la guerre civile espagnole, avec ses bons, très bons, et ses méchants, très méchants. La gauche et la droite, pour être plus clair, pour que personne ne s'égare. Même Diane Cambon, dans le Figaro (même pas l'Humanité ou Libération), se sent obligée de ressasser la niaise antienne :
[...] les cinq années que dura la République (de 1931 à 1936) sont reconnues internationalement comme l'âge d'or du XXe siècle espagnol. « Ce fut une période brillante d'un point de vue culturel, mais aussi d'une grande modernité sociale et politique », assure l'historien britannique Paul Preston dans le quotidien El Pais. La République fut certes marquée par une profusion d'oeuvres littéraires et artistiques (Lorca, Alberti, Buñuel, Picasso...), mais aussi par une volonté de vulgariser la culture et l'enseignement à travers notamment la construction de dix mille écoles publiques. Le régime républicain permit également d'instaurer le suffrage universel et le droit de vote pour les femmes ainsi que la séparation de l'Église et l'État.
La propagande ne pourrait être plus grossière. Quand on sait que cette république se caractérisa pour être construite par une moité de l'Espagne contre l'autre. « Toutes les églises de Madrid ne valent pas la vie d'un républicain », affirma le plus fameux républicain, Azaña, refusant d'envoyer la force publique pour protéger les religieux des attaques des fanatiques gauchistes, dans une sentence répugnante qui résume bien cette époque.
Si, à la naissance de la république, nombreux furent les hommes politiques et les intellectuels qui désirèrent instaurer une démocratie libérale, l'initiative fut prise dès l'instant même de la rédaction de sa constitution par une gauche qui estimait que le régime était sa propriété exclusive et que la droite était une option politique sans légitimité pour exercer le pouvoir émanant des urnes. Aussi rapidement que commencèrent les incendies d'églises, de bibliothèques et de centres scolaires, la charte fondamentale fut imprégnée non pas de laïcisme, mais de haine de la religion. Pour donner un simple exemple, très approprié à ces jours-ci, en 1933 furent supprimées les célébrations de la Semaine Sainte dans presque toute l'Espagne. Par ailleurs, les quelques éléments libéraux que conservait la constitution furent réduits à néant avec l'approbation de la Loi de Défense de la République, qui permit au premier gouvernement de gauche d'interdire d'innombrables actes politiques de l'opposition, en plus de fermer quelques 100 journaux de droite. Voilà pour la « grande modernité sociale et politique ».
Quant aux succès politiques des gouvernements républicains, rappelons que sous le premier gouvernement de la gauche augmentèrent les chiffres des grévistes, du chômage et même des personnes mortes de faim. La réforme agraire, étendard du programme de la gauche, fut exécutée avec plus d'efficacité par le gouvernement postérieur de Lerroux. Bien qu'en définitive, ce projet se solda par un cuisant échec. Par aileurs, l'augmentation du nombre d'écoles publiques doit être mis en balance avec la fermeture des collèges religieux, mesure promulgée selon les critères du plus atroce sectarisme. Voilà pour la « séparation de l'Église et l'État ».
Durant les cinq années d'agonie de la Seconde République, nombreux furent les secteurs politiques qui se soulevèrent contre elle. Bien sûr quelques monarchistes radicaux, Sanjurjo... mais surtout les anarchistes, durant toute la République, et, en 1934, après la victoire de la droite aux élections, la totalité de la gauche, menée par les socialistes, qui tenta un coup d'État avec lequel, comme l'expliqua très clairement le grand philosophe Salvador de Madariaga, « la gauche espagnole perdit jusqu'à l'ombre de toute autorité morale pour condamner la rébellion de 1936 ». Avec le Front Populaire de retour aux affaires en 1936, voyant menacés de mort en plein parlement par la gauche les chefs de la droite, et voyant assassiné un de ces principaux chefs par des membres des forces de sécurité d'une république irrémédiablement corrompue ayant abandonné une démocratie moribonde, une partie de l'armée se souleva. Commença alors une guerre qui ne pouvait se conclure, hélas, que par une dictature, militaire ou « du prolétariat ».
23:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique



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