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22 avril 2006
Piano à queue
Chaque fois que se produit une nouvelle chanteuse au Bandy, Ernie lui offre une réception toute simple. Il l'invite à dîner à sa table et lui fait quelques recommandations. Il s'agit de peaufiner la philosophie du travail :- Ne commets pas l'erreur de vouloir laisser ta trace dès le premier jour. Ma jolie, ce qui intéresse de ton pied les types qui viennent par ici ce n'est pas son empreinte mais la chaussure. En ce qui concerne ton aspect, mets-toi bien dans le crâne que tu n'es pas ici pour vendre des Bibles, mais pour impressionner le public. Je voudrais aussi te dire de garder tes grains de beauté, si tu en as, et de ne pas faire une fixation sur le dermatologue. Nous appartenons à un monde où le grain de beauté n'est pas encore une pathologie.
Cela semblera à beaucoup un critère machiste, mais il faut voir les choses dans leur milieu naturel. Ce qui intéresse le public du Bandy ce n'est pas le quotient intellectuel des chanteuses mais bien la carnalité de leur coiffure. Parfois, certaines chanteuses ont leur moment de tendresse et de renfermement, et il leur arrive d'écrire. La pauvre Cory Shelton le faisait souvent, profitant des pauses. Ernie restait à la regarder, et il me disait :
- Lucilio, voilà la magie de la carnalité et du spectacle !
Ernie, faisait référence à ce moment où, au plus profond de son abstraction, la pauvre Cory soulignait sa Bible avec son rouge à lèvres.
Ce mélange de pensée et de perfidie surgit souvent chez les femmes qui se piquent de littérature, femmes vénéneuses perdues dans un halo d'obstétrique et d'héliotrope. Ainsi était cette Pollina Suslova qui traîna Dostoïevski par les casinos d'Europe, le remplissant de l'ineffable jouissance de la maigreur. Beaucoup de grand hommes succombèrent, enchantés, à cette étrange potion si féminine qui se fabrique en mélangeant adéquatement la poésie et la mercerie, la fellation et l'Ave Maria. Chopin jouit avec la même angoisse. Un piano n'est pas complet si sur sa queue ne pourrit pas l'âme d'une femme captieuse, une de ces femmes sophistiquées pour qui le balcon de l'opéra sert de paravent.
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21 avril 2006
Le top 100 des mensonges de Chomsky
Sur toutes sortes de sujets, depuis la Guerre froide à l'Amérique latine, en passant par l'Holocauste et le conflit israélo-arabe. Une compilation de Paul Bogdanor.
16:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Les enseignants et médecins de l'État sont les plus paresseux
Selon une étude menée par cet organisme bureaucratique qu'est la Banque mondiale, en collaboration avec l'Université Harvard (« Enseignants et personnels de santé : le problème de l’absentéisme », « Enseignants et personnels de santé : possibles remèdes à l’absentéisme », « Missing in Action: Teacher and Medical Provider Absence in Developing Countries ») :
[...] étendue du problème posé par l’absentéisme chez les enseignants et personnels de santé dans les pays en développement. Il n’est pas rare que ceux-ci consacrent l’essentiel de leur budget d'éducation et une bonne part de leur budget de santé au paiement des salaires. Or, une étude réalisée conjointement par la Banque mondiale et l’Université Harvard montre que le retour sur cet investissement peut être limité du fait que les enseignants et personnels de santé sont souvent absents de leur lieu de travail.
[...] Et le problème ne se limite pas à l’enseignement : les visites effectuées à l’improviste dans des écoles primaires et des dispensaires de six pays (Bangladesh, Équateur, Inde, Indonésie, Ouganda et Pérou) ont révélé un fort absentéisme dans les deux types d’établissements.
Pour les pays en développement, qui consacrent souvent entre 50 et 90 % de leurs budgets de fonctionnement en matière d’éducation et de santé aux dépenses en personnel, c’est le retour sur l’investissement le plus fondamental qui fait défaut lorsque le personnel en question ne vient pas travailler. Dans les six pays étudiés, les taux d'absentéisme moyens étaient de 35 % pour les personnels de santé et d'environ 19 % pour le corps enseignant.
Ce n'est qu'à la fin du premier article, que l'on se rend compte que l'on ne fait référence qu'à l'enseignement et à la santé étatiques :
[...] un seul chef d’établissement (sur un échantillon de près de 3 000 écoles publiques couvertes par l’étude) a fait état d’un cas de renvoi d’un professeur pour cause d’absences répétées.
La lecture des autres articles et des études proprement dites (« Ghost doctors - absenteeism in Bangladeshi health facilities », « Missing in Action: Teacher and Health Worker Absence in Developing Countries », « Teacher Absence in India: A Snapshot ») confirment que l'étude ne concernent que les centres publics d'enseignement et de santé. Mieux, on y apprend que dans les centres privés, l'absentéisme est moindre :
[A]lthough private school teachers have lower absence than public teachers in the same village.
Ailleurs, on reconnaît que le système éminemment bureaucratique, socialiste de ces pays n'aide ni les centres publics, ni les privés, bien qu'il ait incité à la création de centres privés et informels :
Against the background of these highly formalized and bureaucratized systems, a plethora of informal systems have grown up virtually outside the ambit of regulation. These include private schools and clinics that are not recognized by the government; publicly-supported community managed schools, such as Non-Formal Education centers (NFEs) in India; and systems for hiring contract teachers at public schools outside of normal civil service rules.
Chaque fois plus, devient évident que la substitution du libre marché par le système bureaucratique ne fonctionne pas. Le socialisme est une erreur pratique, mais surtout intellectuelle. Il n'y a là aucun secret, Mises l'avait déjà démontré, il y a 80 ans (Le Socialisme, Le Calcul économique en régime socialiste), mais aussi Hayek et d'autres membres de l'École autrichienne. Même des économistes socialistes finirent pas donner raison à Mises. Ainsi Robert Heilbroner :
Ludwig von Mises […] had written of the 'impossibility' of socialism, arguing that no Central Planning Board could ever gather the enormous amount of information needed to create a workable economic system […] It turns out, of course, that Mises was right […]
La théorie de l'impossibilité du calcul socialiste peut s'appliquer aussi bien au socialisme pur et dur qu'à l'interventionnisme des social-démocraties, car on retrouve le même phénomène, la substitution partielle ou complète du libre marché et de l'ordre spontané par la bureaucratie.
10:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
20 avril 2006
Le sentiment tragique de la littérature russe renaît sous Poutine
La tradition littéraire russe se base fondamentalement sur la condition tragique de l'homme, c'est-à-dire sur la douleur comme rédemption et comme manière de comprendre la réalité, ce qu'avec justesse le philosophe espagnol Miguel de Unamuno dénomma le « sentiment tragique de la vie ». Cette inquiétude que l'homme porte en son coeur, cherchant la métaphysique de ses actes, ou la poésie de sa pensée, dans une vision des choses que l'on pourrait presque qualifier de religieuse. L'extraordinaire roman d'Andreï Guelassimov, La soif, reflète les circonstances que vit aujourd'hui la Russie, mais va plus loin en entrant profondément dans le coeur humain.
Dans La soif, Andreï Guelassimov narre les cuites de l'ancien soldat Kostia qui, avec sa figure brûlée par l'explosion d'un char, traverse la Russie de nos jours dans un voyage. Voyage qui n'est en réalité que la recherche du bonheur perdu. Kostia, en compagnie de deux amis, Guienka et Pashka, partent à la recherche de Serguei, leur capitaine durant la guerre, l'homme qui les sauva tous les trois des francs-tireurs alors que leur blindé était tombé dans une embuscade.
Le commencement de l'histoire de Kostia, défiguré corps et âme par la guerre et sa démoniaque hallucination, ne semble guère inciter à l'optimisme. C'est un personnage qui vit tant bien que mal comme maçon alors qu'il possède des diplômes d'ingénieur, quelqu'un qui se saoule continuellement pour survivre à une réalité pourrie. C'est un homme brisé, mais trop jeune pour se haïr soi-même. Son unique lien de communication avec l'extérieur, hormis ses deux amis, est sa voisine Olga, qui réclame son aide quand son petit enfant ne veut pas dormir. Kostia vit dans un isolement éthylique, incapable de rien faire pour améliorer sa situation, naufrage de son impuissance. Quand il part, de mauvaise grâce, à la recherche de son ancien capitaine, il commence à affronter, d'une certaine manière, la réalité, aussi absurde qu'elle puisse lui paraître. Le récit du voyage - au travers la géographie de son âme - est écrit à la première personne, dans un style agile où le dialogue imite le mouvement d'un pinceau dans un cadre expressionniste. L'histoire commence sans passion, plus orientée vers les souvenirs d'enfance et leur nostalgie que vers une analyse détaillée du monde où le sort a fait naître le triste héros.
À partir de la rencontre avec son père, la vie de Kostia connaît un changement lent et positif. La seconde femme de son père, et les enfants qu'ils ont eus, jouissent de sa compagnie. Kostia, qui doit passer plusieurs nuits dans leur maison, commence à prendre conscience de lui-même, au-delà de son visage mutilé, plus loin que la souffrance et que sa vie blessée. L'horizon s'élargit, et le paysage acquiert une tonalité d'allégorie. Kostia se sait un homme courant, qui ne se distingue pas spécialement, en rien, mais il retrouve son intérêt juvénile pour le dessin, qui avait été stimulé lors de son adolescence par le directeur de son école, un homme aimable qui se transforma rapidement en une figure paternelle. Au travers du dessin, il découvre qu'il peut honorer ses camarades tombés, qu'il peut se rapprocher plus des enfants, qu'il peut arriver à se réconcilier avec lui-même. Son pays est blessé, oui, mais on peut encore fixer son attention sur les petites choses et disséquer leur beauté.
La soif est un roman réaliste où se concrétise une recherche de la maturité. Une maturité sentimentale ou affective, mais également spirituelle (avec une forte dose de préoccupation sociale), dont la charnière est la pédagogie de la douleur comme chemin de la perfection. Kostia reconnaît qu'il est mort dans l'explosion de son char, et que l'homme qui est sorti du feu - de la guerre - était déjà un autre. Les ombres obscures de son passé s'évanouissent avec l'espoir que symbolise le monde de l'art, de l'enfance, de la rencontre avec le capitaine Serguei. Kostia a découvert que la résurrection de la joie est possible, qu'il vaut encore la peine de croire en l'être humain et par conséquent en soi-même.
13:55 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Un malheur dans la famille Fahdil
C'est-à-dire dans la famille de Mohammed et d'Omar, connus dans le monde entier pour leur blog Iraq The Model : leur beau-frère vient d'être assassiné. La note que Mohammed publie à ce sujet est, à la fois, émouvante et un exemple de courage vrai : « Kill us, but you won't enslave us ».
The terrorists and criminals are targeting all elements of life and they target anyone who wants to do something good for this country…They think by assassinating one of us they could deter us from going forward but will never succeed, they can delay us for years but we will never go back and abandon our dream.
We have vowed to follow the steps of our true martyrs and we will raise the new generation to continue the march, these children of today are the hope and the future.
What a difference between those who work to preserve life and those who work to end it…it's terrorism and crime and there are no other words to describe these acts.
They will keep trying to steal life from us and we will keep fighting back and we will keep exposing them but not with bullets and swords, we never carried arms and we will never do because we are not afraid and because we are not weak unlike those cowards who know no language but that of treason.
Sincères condoléances.
10:05 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Les sacs en plastique remplacent les portefeuilles au Zimbabwe
Au Zimbabwe, les gens n'emploient plus de portefeuilles pour porter de l'argent. Depuis quelques temps, ils préfèrent employer des sacs en plastique. Et non pas parce que l'argent - finalement - aurait une mauvaise odeur, mais bien à cause des sommes ridiculement énormes nécessaires pour effectuer le moindre achat :
The country's money is devaluing so fast that you have to lug around plastic bags full of it if you're doing a small grocery shop. To buy anything bigger, you'll need to fill a suitcase.
If you want to take friends out for a meal - say to a popular barbecue spot like Kwa Mereki in Harare's Warren Park suburb - it's best to take a car-boot full of brown bearer-cheques, wadded together into thick two-million dollar piles known here as "bricks", "metres" or - if you want to rub it in - "stationery".
Prices go up nearly every day here as record inflation takes its toll. At more than 782 per cent, Zimbabwe's inflation rate is the highest in the world. And that is just the official tally. Like most things in Zimbabwe, inflation figures are controlled by the authorities, who carefully choose which goods are to be surveyed. Business people say, privately, that the real rate is well over 1,000 per cent.
Si imprimer des billets rendrait les gens riches, le Zimbabwe serait certainement le pays le plus riche du monde. En accord avec la Banque centrale du Zimbabwe, entre septembre 2004 et septembre 2005, la quantité d'argent en circulation a augmenté de 264,7%. En décembre 2005, le taux annuel d'augmentation en M3 fut de 520%. Dans le même temps, le PNB a été réduit de 13% et le chômage touche la majorité de la population.
Heureusement, Mugabe veille et promet que le poids de la « loi » tombera sur tous ceux qui perturberaient « la paix et la stabilité » :
President Robert Mugabe threatened in a speech Tuesday to bring down "the full wrath of the law" against anyone who disturbs Zimbabwean peace and stability.
The threat follows calls by the country's main opposition leader, Morgan Tsvangirai, for street protests to topple Mugabe's 26-year rule.
08:45 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
19 avril 2006
Patrick Moore écrit dans le Washington Post
Patrick Moore, membre fondateur et ancien président de Greenpeace, est devenu un des plus grands critiques de cette association. Moore accuse ses anciens compagnons d'avoir rejeté les politiques consensuelles et le développement durable pour se consacrer à la politicaillerie gauchiste, à l'extrémisme et à la confrontation permanente. Il s'était déjà fait remarquer en son temps en rappelant que les aliments génétiquement améliorés sont beaucoup plus résistants aux maladies, réduisent l'érosion et, en obtenant de meilleures récoltes, réclament moins d'espace, rendant ainsi moins nécessaire le défrichement des forêts afin d'agrandir les champs. Un portrait avait été fait de lui par Drake Bennett pour Wired :
Eco-Traitor
Three decades ago, Patrick Moore helped found Greenpeace. Today he promotes nuclear energy and genetically modified foods - and swears he's still fighting to save the planet.
Ce week-end, dans les colonnes du Washington Post, il défendait le nucléaire :
In the early 1970s when I helped found Greenpeace, I believed that nuclear energy was synonymous with nuclear holocaust, as did most of my compatriots. That's the conviction that inspired Greenpeace's first voyage up the spectacular rocky northwest coast to protest the testing of U.S. hydrogen bombs in Alaska's Aleutian Islands. Thirty years on, my views have changed, and the rest of the environmental movement needs to update its views, too, because nuclear energy may just be the energy source that can save our planet from another possible disaster: catastrophic climate change.
Look at it this way: More than 600 coal-fired electric plants in the United States produce 36 percent of U.S. emissions -- or nearly 10 percent of global emissions -- of CO2, the primary greenhouse gas responsible for climate change. Nuclear energy is the only large-scale, cost-effective energy source that can reduce these emissions while continuing to satisfy a growing demand for power. And these days it can do so safely.
[...] And although I don't want to underestimate the very real dangers of nuclear technology in the hands of rogue states, we cannot simply ban every technology that is dangerous. That was the all-or-nothing mentality at the height of the Cold War, when anything nuclear seemed to spell doom for humanity and the environment. In 1979, Jane Fonda and Jack Lemmon produced a frisson of fear with their starring roles in "The China Syndrome," a fictional evocation of nuclear disaster in which a reactor meltdown threatens a city's survival. Less than two weeks after the blockbuster film opened, a reactor core meltdown at Pennsylvania's Three Mile Island nuclear power plant sent shivers of very real anguish throughout the country.
What nobody noticed at the time, though, was that Three Mile Island was in fact a success story: The concrete containment structure did just what it was designed to do -- prevent radiation from escaping into the environment. And although the reactor itself was crippled, there was no injury or death among nuclear workers or nearby residents. Three Mile Island was the only serious accident in the history of nuclear energy generation in the United States, but it was enough to scare us away from further developing the technology: There hasn't been a nuclear plant ordered up since then.
[...] And I am not alone among seasoned environmental activists in changing my mind on this subject. British atmospheric scientist James Lovelock, father of the Gaia theory, believes that nuclear energy is the only way to avoid catastrophic climate change. Stewart Brand, founder of the "Whole Earth Catalog," says the environmental movement must embrace nuclear energy to wean ourselves from fossil fuels. On occasion, such opinions have been met with excommunication from the anti-nuclear priesthood: The late British Bishop Hugh Montefiore, founder and director of Friends of the Earth, was forced to resign from the group's board after he wrote a pro-nuclear article in a church newsletter.
[...] Wind and solar power have their place, but because they are intermittent and unpredictable they simply can't replace big baseload plants such as coal, nuclear and hydroelectric. Natural gas, a fossil fuel, is too expensive already, and its price is too volatile to risk building big baseload plants. Given that hydroelectric resources are built pretty much to capacity, nuclear is, by elimination, the only viable substitute for coal. It's that simple.
Plus loin, Moore passe en revue quelques-uns des mythes sur l'énergie nucléaire. À lire en entier.
14:10 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Il faut que tout change...
Comme l'expliquait le prince Salina pour décrire la situation politique de la Sicile post-bourbonienne, dans Le Guépard de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que tout reste la même chose. » De la même manière, l'Amérique latine, depuis son indépendance, s'est caractérisée par une façade de « changements radicaux ». D'un Menem « ultra-néo-libéral », l'Argentine est passé à un « progressiste » Kirchner. Mais en réalité, ce ne sont que parades, apparences et discours montés pour que rien ne change. L'échec de la politique « néolibérale » de Menem, un État énorme et autoritaire, dissimulé sous quelques privatisations qui firent passer quelques monopoles publics à des mains privées (et amies) et quelques timides dérégulations ouvrit la voie au « progressisme » de Kirchner. C'est-à-dire le même État énorme, bien que celui-ci ne soit plus dissimulé mais justifié. Au final, toujours la même Amérique latine, étatiste, autoritaire et peu libre.
Il y a cinq ans, Alejandro Toledo était le candidat du changement au Pérou. Cet économiste conservateur et novice en politique mena le combat contre le régime corrompu et autocratique d'Alberto Fujimori, qui en 1990 était l'outsider qui allait changer les choses. Plus avant, en 1985, la nouveauté avait été incarnée par Alan García, qui acheva son mandat par un chaos hyperinflationniste, apparemment oublié des Péruviens. Tous ces candidats réformistes ne pouvaient être plus différents les uns des autres ; mais tous, une fois au pouvoir, échouèrent à réaliser des changements réels en faveur du marché et à démanteler l'État autoritaire. Le moins mauvais fut Toledo qui, grâce au fait qu'il n'approfondit pas l'étatisme et à des conditions internationales favorables, obtint une croissance moyenne de l'économie de 4,7% par an, une des plus élevées d'Amérique latine.
Maintenant, vient de remporter le premier tour des élections présidentielles péruviennes un autre - jusqu'à hier - inconnu. Un ancien lieutenant-colonel de l'armée retiré pour avoir conduit une rébellion militaire. Le 29 octobre 2000, le commandant Ollanta Humala Tasso se souleva avec son frère Antauro contre le gouvernement de Fujimori, qui quelques jours plus tard abandonna le pouvoir. Aussitôt après la prise de possession du président de transition, Valentín Paniagua, les frères Humala déposèrent les armes et se rendirent à la justice. Ils furent amnistiés et disparurent de la scène. Le premier à réapparaître fut Antauro, qui employait son temps libre à recruter des réservistes pour son mouvement ethnique qui proclame la pureté de la « pureté de la race de cuivre » (indigènes péruviens), le nationalisme et le socialisme. Le père des frères Humala, Isaac, chef et fondateur de l'ethnosocialisme, assura : « Nous sommes racistes, bien sûr... Des quatre races qui existent dans le monde, celle de cuivre est marginalisée et nous la revendiquons. »
Entre-temps, le procureur de la ville de Tocache, Arturo Campos, doit interroger ces jours-ci Humala, pour de présumées violations des droits de l'homme qui auraient eu lieu alors qu'il dirigeait une base anti-subversive dans cette zone en 1992. Ollanta affirme que son point de vue n'a rien à voir avec celui de sa famille. Toutefois, en 1998, il fonda avec d'autres officiers un groupe clandestin dénommé « Militaires ethno-caceristes », en mémoire du maréchal Andrés Cáceres. Tout paraît indiquer une résurgence du militarisme de gauche au Pérou, incarné par l'ancien général et président Juan Velasco Alvarado (1968-1975), qu'Humala louait à côté de Chavez dans ses déclarations publiques. Il semble bien qu'Humala suivra les traces d'Hugo Chávez, en faisant une constitution à sa mesure, avec plus de pouvoirs personnels et démolissant les partis d'opposition. L'autoritarisme paraît définitivement consubstantiel à la politique latino-américaine.
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18 avril 2006
Comment dépenser 19 millions de livres sterling
L'Ecclésiaste le disait déjà : « Le nombre des insensés est infini. » Einstein établit la théorie : « Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine, en ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas acquis la certitude absolue. » Samuel Butler fut plus sarcastique : « Il était né stupide et avait considérablement développé ses dons naturels. »
Or donc, il résulte que la pêche sportive, très populaire le long des cours d'eau d'Angleterre, d'Écosse et du Pays de Galles, possède cette caractéristique de compter, de manière incroyablement disproportionnée, parmi ses aficionados des mâles blancs d'âge moyen. Chose parfaitement intolérable pour tout qui ne peut concevoir l'idée même qu'un sport ne soit pas également attractif pour tout le monde, tous les sexes, tous les âges et toutes les strates socio-économiques.
De sorte que la Environment Agency britannique a décidé de dépenser l'argent du contribuable dans une campagne qui tentera de réveiller l'intérêt des minorités ethniques et des femmes pour ledit sport. Cette campagne devrait durer une dizaine d'années et coûter quelques 19 millions de livres sterling.
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Commerce équitable ?
Le mouvement du commerce « équitable », qui se décline dans ces magasins qui offrent des produits provenant des différents pays du Tiers-monde, est le petit chouchou de milliers de progressistes de par le vaste monde. Alex Singleton, directeur du Globalisation Institute, a écrit une note sur ce phénomène, « Why ‘fair’ trade is a bad deal for poorest farmers ». Il se concentre essentiellement sur le cas du café. Résumé des points importants :
- Une combinaison d'ignorance économique et de stupidité bien-pensante a créé un monstre qui menace la prospérité des plus pauvres.
- Pour qu'un produit soit certifié « commerce équitable » et vendu comme tel, l'empaqueteur ou l'importateur doit payer un prix minimum aux producteurs.
- 25% du café « commerce équitable » provient du Mexique, un pays relativement riche à l'intérieur du groupe des pays en voie de développement, où seulement 18% de la force de travail est consacré à l'agriculture. À cause des incitants du « commerce équitable », de nombreux producteurs ont décidé de continuer à produire du café, et même ont augmenté leur production.
- Ceci est un désastre pour les producteurs de café plus pauvres, comme ceux d'Éthiopie. Le « commerce équitable » punit également les producteurs qui ne se distinguent pas par la qualité, généralement les plus pauvres.
- En établissant un prix minimum, le « commerce équitable » incite à acheter aux producteurs les plus prospères, qui offrent une meilleure qualité, puisque les importateurs ne peuvent obtenir un rabais pour une qualité inférieure et maintenir l'étiquette « commerce équitable ». Par exemple, un expresso requiert des grains de qualité, mais une boisson au café glacé, non.
- La Fairtrade Foundation reconnaît qu'elle n'a pas de politique pour aider les producteurs à être plus efficaces. Par contre, Starbucks dirige des projets pour améliorer la production. Le commerce libre envoie des signaux aux producteurs sur ce qu'ils doivent faire. Le « commerce équitable » génère une vision romantique qui finalement éloigne le producteur du monde réel.
- Starbucks, sans certification « commerce équitable », paie en moyenne le café à 1,20 dollars, presque le « prix équitable » de 1,26 dollars. Malgré les attaques qu'elle subit, cette entreprise privée classique a fait plus que quiconque pour étendre les marchés et augmenter les revenus des producteurs de café.
Mais, de manière générale, quel est le sens du commerce « équitable » ?
L'idée que soutient ce mouvement est que le commerce capitaliste, c'est-à-dire le commerce libre, est injuste. En abandonnant les agents du marché à leurs propres forces, nous assure-t-on, l'on arrive à des situations absolument injustes et insoutenables : comme, par exemple, lorsque qu'un producteur de pommes de terre d'un champ près de Lima reçoit dix centimes d'euro pour un kilo de sa production, alors qu'en Europe ce même produit se payera un euro. Ainsi, le « producteur » ne recevrait « que » 10%, tandis que le reste des 90% serait réparti entre intermédiaires et spéculateurs, s'enrichissant au dépens du malheureux agriculteur qui, de ses propres mains, sort de la terre ce que nous, consommateurs occidentaux, mangeons sans nous poser plus de question.
Or cette façon de voir les choses ne peut être plus erronée, et il suffit de rappeler quelques évidences pour le démontrer. Le chargement de pommes de terre à Lima ne nous est d'aucune utilité à nous, « insolidaires » consommateurs européens. Pour nous, ces tubercules ne sont pas un bien de consommation tant que nous ne pouvons pas y accéder ; car produire signifie transformer et rapprocher les biens à la consommation, ce qui est l'objectif dernier de toute production. Ainsi, du point de vue économique, les pommes de terre enfouies dans un champ péruvien et celles qui sont vendues dans votre supermarché préféré ne sont pas le même bien, pour la simple raison que ces dernières sont plus proches de notre consommation. Appeler seulement producteurs les agriculteurs et les industriels et non pas les commerçants, les transporteurs et les autres services qui collaborent à ce que, finalement, les biens soient amenés à notre disposition est une absurdité, qui a été mis en évidence depuis le 19e siècle, pour ne pas remonter plus avant. Le récent mouvement du commerce équitable régresse de plus d'un siècle dans l'étude de la plus simple des théories économiques.
Se basant sur cette conception préscientifique de l'économie, la solution que proposent nos anti-mondialistes est la substitution des intermédiaires du marché par d'autres, qui réaliseraient le même service, mais gratuitement ou à un moindre coût. Si la théorie était absurde, la solution ne l'est pas moins, parce que ce sont ceux qui collaboreront à ce tour de passe-passe qui paient, avec la valeur de leur travail, ceux qui participent aux premières étapes du processus productif qui achemine les pommes de terre dans nos supermarchés. Pensez ce que vous voulez de ceux qui sont convaincus par la « théorie » du commerce équitable et de ses capacités, mais ce qui est certain, c'est que la valeur de leur travail serait bien mieux employée à n'importe quel autre usage, puisque les véritables professionnels, par le biais de la concurrence du marché libre, offrent les mêmes services, de meilleure qualité et à moindre coût. Car celui qui n'arrive pas à réaliser le transport, la distribution, le contrôle de qualité, le financement, etc. suffisamment bien, et bon marché est expulsé par le marché. De fait, ceux qui pratiquent l'incongrûment nommé « commerce équitable » le font d'une manière inefficace. Toute chose qui se paye à la fin.
Une revue sommaire de l'histoire économique nous apprend que c'est le processus de rivalité, de concurrence, de recherche d'opportunité de faire du profit, toutes caractéristiques du marché libre, qui a réussi à réduire, au fil des siècles, les coûts de transport et de distribution des biens. Chaque participant dans le marché sait que s'il fait son travail d'une façon plus efficace ou à un moindre coût, il peut obtenir un bénéfice supérieur et évincer les autres concurrents, qui, dès lors, feront tout pour ne pas rester en arrière. Jeter par-dessus bord le principe qui a permis la réduction des coûts dans le transport et la distribution des biens au nom, précisément, de ces coûts est un non-sens complet.
Puisque le « commerce équitable » est insoutenable et inefficace, le résultat est que les « commerçants équitables » sont obligés d'augmenter les prix bien au-dessus de celui que l'on pourrait trouver partout ailleurs sur le marché, comme on peut facilement l'observer. Oui, bien sûr... on promet aux acheteurs que le sur-prix se paie sur les autels d'une bonne cause : le producteur verra son revenu augmenter. Mais en réalité, nous n'en savon rien. Nous ne savons pas si ce que nous payons en plus ira dans la poche du laborieux agriculteur péruvien ou si le vendeur interprètera la justice du commerce d'un mode plus particulier.
Le vrai commerce équitable est le commerce libre, celui qui se développe grâce à l'accord volontaire des parties, alors que le commerce injuste est exactement celui qui est conclu sous la coaction d'une des parties ou d'un tiers. Si nous éliminions le commerce international, ce qui semble être l'objectif non déclaré de ceux qui partagent cette idée absurde, le cultivateur péruvien de notre histoire, au lieu de recevoir dix centimes d'euro par kilo de pommes de terre comme compensation pour destiner sa production au réseau mondial du commerce (le malfaisant capitalisme global), devrait se contenter des trois ou quatre centimes d'euros que peut lui offrir le marché local, si tant est qu'il arrive à y écouler sa marchandise. C'est ce cultivateur péruvien le premier intéressé à participer aux bénéfices du libre marché, ce marché que veulent détruire ceux qui utilisent abusivement du terme équitable, pour l'appliquer à une chimère mal conçue et encore plus mal appliquée.
MÀJ : sur Un swissroll, Guillaume Barry revient sur ce sujet avec un article de Philip Cunliffe, « Fair trade: the bitter aftertaste ».
11:10 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Economie, Commerce, Marché



