11 mai 2006
Un jour comme celui-ci de 1931 (2)
La majorité des gens, lorsqu'on leur parle de la Seconde République espagnole, se remémore l'image projetée par une historiographie gauchement politisée : un régime de gauche qui parvint au pouvoir avec la mission de résoudre une série de problèmes ancestraux nés de l'incurie et des privilèges de la droite. Comme s'en souviendra le lecteur, la réalité est bien différente.
Ce furent des hommes politiques de la droite classique, Alcalá-Zamora et Maura, qui unirent les républicains et les poussèrent à prendre le pouvoir en 1931. Et ils le firent non pas avec l'objectif de remplir de supposées « missions », mais bien pour instaurer une démocratie normale, avec une possibilité d'alternance entre la droite et la gauche, afin que la résolution des problèmes s'effectue selon un vote majoritaire. Maura et Alcalá-Zamora connaissaient le messianisme révolutionnaire de la gauche espagnole et ses dangereuses monomanies antireligieuses, mais ils pensaient pouvoir les neutraliser via l'établissement de libertés générales, d'élections libres et la participation active de la droite dans le processus républicain. Ces espérances raisonnables allaient recevoir très rapidement un terrible coup avec ce que l'on a appelé l'« incendie des couvents ».
Le 11 mai, les éléments les plus fanatisés de la gauche lancèrent à Madrid une vague d'incendies d'édifices religieux, après une tentative d'assaut avortée contre le journal monarchique ABC. Les incendies s'étendirent les jours suivants en Andalousie et au Levant, avec un bilan final de quelques cent édifices détruits, églises d'une grande valeur historique et artistique, centres d'éducation et de formation où des milliers de travailleurs et de fils d'ouvriers avaient reçus un enseignement de qualité, écoles salésiennes, laboratoires, etc. De même, des bibliothèques furent brûlées avec leurs centaines de milliers de volumes, parmi lesquels des incunables, des éditions originales de Lope de Vega, Quevedo ou Calderón, des collections uniques de revues,... ou encore les irrécupérables archives du paléographe García Villada, produits d'une vie entière de recherches. Furent également réduits en cendres des tableaux et des sculptures de Zurbarán, Valdés Leal, Pacheco, Van Dyck, Coello, Mena, Montañés, Alonso Cano, etc. Un désastre presque inconcevable.
Mais le plus révélateur fut la réaction du gouvernement et de la gauche. Le ministre (et futur Président de la République) Azaña, considérant les incendies comme un acte de « justice immanente », paralysa toutes tentatives de mettre fin aux troubles en déclarant : « Tous les couvents de Madrid ne valent pas la vie d'un républicain ». La gauche, de manière générale, justifia les événements en les attribuant au « peuple », et en accusant la droite d'avoir « provoqué les travailleurs ». Une publication du parti socialiste menaçait : « Si les représentants de la révolution victorieuse ont pêché, c'est par une excessive indulgence envers les vaincus ». (Alors même que la gauche n'avait vaincu personne : ce furent les monarchistes eux-mêmes qui lui offrirent la République sur un plateau.) L'Église et les catholiques protestèrent, mais pacifiquement. Cela ne calma pas la gauche, qui interpréta ce geste comme un signe de faiblesse et maintint son attitude agressive. À l'encontre du bon sens, cette dernière continua d'accuser la droite de violence et d'intolérance et lui montra son mépris moqueur en soutenant - sans craindre de se contredire - que ce fut l'Église elle-même qui avait provoqué les émeutes afin de salir l'image de la République.
À peine un mois après l'installation des républicains au pouvoir, la Seconde République espagnole portait déjà en elle les germes de la maladie mortelle qui allait l'emporter. Et cinq ans plus tard, ce ne seront plus seulement des bâtiments qui seraient brûlés, mais des milliers de religieux qui seraient cruellement torturés et assassinés.
12:15 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Politique



Commentaires
Le mythe de la république Espagnole (comme celui de Guevara ou de la Commune) a encore la vie dure ; c’est curieux. Que quelqu'un comme Durutti ait encore aussi bonne presse, ça me confond.
Ecrit par : aymeric | 11 mai 2006
Sans oublier l'icône absolue de la gauche : Allende et et sa "voie chilienne vers le socialisme".
Ecrit par : Lucilio | 11 mai 2006
Oui, c'est vrai, on en déjà causé ici.
Dans son cas c'est peut-être pire dans la mesure où il est cité en exemple, non par des adolescents avide de romantisme va-t-en guerre mais par des gens se disant démocrates qui, je l'espère, ne savent pas exactement de quoi ils parlent.
A gauche, je n'ai vu que Rocard pour condamner sans ambiguïté les "réformes" d'Allende.
Ecrit par : aymeric | 11 mai 2006
"...par des gens se disant démocrates qui, je l'espère, ne savent pas exactement de quoi ils parlent..."
À leur décharge, disons que rarement les gens ont subi une telle propagande et un si puissant lavage de cerveau en ce qui concerne Allende.
Ecrit par : Lucilio | 11 mai 2006
Sans doute que, par effet de contraste : les sanglantes premières années Pinochet ont absous le bonhomme (mais ça n'a pas marché avec Batista tiens) et comme la CIA était dans le coup, ça a achevé la béatification du "grand démocrate résistant mort les armes à la main".
Mais c'est vrai aussi que je n'ai eu vent que très récemment des thèses raciales du jeune Allende
Ecrit par : aymeric | 11 mai 2006
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