« Thatcher, Reagan, revenez ! | Page d'accueil | Un impôt sur les emails et les SMS ? »

14 mai 2006

Grantland Rice

Même s'il est relativement content de la mise au rencard médiatique de David Beckham, Alfred le Palmipède - chroniqueur sportif attitré du Bandy - ne cesse de se lamenter, maintenant que s'approche à grands pas le Mundial, sur la perte des valeurs et des priorités du monde sportif. Grantland Rice serait désagréablement surpris - assure-t-il - s'il pouvait voir comment les nouveaux journalistes sportifs font patiemment la queue devant la porte de la chambre des footballeurs pour leur arracher une phrase, ces derniers, forcés par leur club à recevoir les premiers et ceux-ci obligés de supporter leurs gestes de désapprobation.
- Elle a bien changé l'histoire, se lamente Alfred dans son verre.
Tant elle paraît incroyable, l'histoire du paléolithique du journalisme sportif. Ce fut précisément Rice qui, avant tout le monde, se rendit compte que le public était assoiffé de héros ; il inventa la connexion entre le sport et la presse, reconstruisant sur le papier les gestes des grands sportifs de l'époque comme le champion du monde des poids lourds Jack Dempsey, le golfeur Bobby Jones, l'athlète Jim Thorpe ou le joueur de tennis Bill Tilden, le premier nord-américain qui conquit l'emblématique tournoi de Wimbledon.

Alors c'étaient eux qui attendaient, anxieux, leur tour devant les portes du Tribune pour raconter au chroniqueur sportif le plus influent les dernières nouvelles qui, juste un jour plus tard, apparaîtraient, publiées dans « Sportlight », la colonne éditoriale la plus célèbre de toute l'histoire. Grantland Rice écrivit sur tous les sports, transformant ses protagonistes en authentiques héros ; il fut également le premier à réaliser une transmission radiophonique d'une grande finale, celles des Séries Mondiales de base-ball de 1922. Du golf, il disait qu'il s'agissait de « vingt pour cent de technique et quatre-vingt pour cent de philosophie, de tragédie, de romance, de mélodrame, de camaraderie, de malédiction et de dialogue », bien que son article le plus connu est peut-être celui intitulé « Les quatre cavaliers de Notre Dame », à l'occasion de la partie qui opposa l'équipe de football américain de cette université contre l'équipe de la Navy :
- Découpés sur un ciel gris et bleu d'octobre, les quatre cavaliers chevauchent à nouveau. Famine, Peste, Guerre et Mort sont seulement leurs alias. Ils s'appellent Harry Stuhldreher, Jim Crowley, Don Miller et Elmer Layden.

Un autre romantique, l'acteur et directeur Robert Redford, récupéra pour La Légende de Bagger Vance - film où se mêlent à parts égales mythologie, amour et golf - l'image intime de Grantland Rice. C'est Lane Smith qui interpréta le rôle du vieux chronique sportif, de celui qui écrivit il y a longtemps :

Lorsque le Grand Arbitre viendra
pour marquer ta renommée,
Il inscrira, non tes pertes et victoires
mais si tu as bien joué.

Ecrire un commentaire