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27 mai 2006

Comiques

On pourrait en raconter des histoires en prenant comme matière première nombre de types croisés au Bandy. Il ne s'agit pas de superbes personnalités de la musique, du cinéma ou de la littérature ; seulement des quidams qui gagnaient beaucoup avec la mort. La biographie de la majorité d'entre eux pourrait s'écrire avec un effaceur. Luigi Scalfaro, par exemple... On ne lui reconnaissait aucun mérite artistique relevant, et sa qualité la plus notable était sûrement son mauvais aspect proverbial. Il y eut au Bandy peu de comiques ayant connu une trajectoire plus désastreuse, mais il mourut cependant sur un grand succès public. Pour ne pas rire de sa laideur comique, nous décidâmes de le veiller tête basse, en dissimulant tout sourire.

D'un autre côté, mieux vaut ne pas se rappeler les apports de Jef Klondike comme trompettiste. Mais sur la porte des toilettes des hommes, on conserve précieusement une phrase qu'il grava durant la relative passion d'une constipation :
- Je me sens aussi transcendant que si j'allais expulser par le sphincter le marbre de ma statue.
Jef fut flingué près du club, rue Saint Géry, par quelques macs albanais qui le confondirent avec un type dont la réputation était bien meilleure que la sienne. Des années auparavant, lors d'une descente de police, le bon Klondike s'adressa à un inspecteur avec un aplomb inoubliable :
- Mes papiers ? Quels papiers ? Je n'ai pas de papiers, inspecteur ; je déteste la propriété privée.

Curieux et émouvant fut pour tous Charlie, l'écœurant petit-maître du Bandy aux manières composées de gomme arabique. Durant la veillée funéraire du pauvre Scalfaro, le vieux Charlie était inquiet, il voulait exprimer son abattement. Il ne trouvait pas le moment opportun pour glisser une petite phrase pleine de contrition et de trémolos. Il profita d'un arrêt des petits rires qui se voulaient discrets. Et pour alléger l'atmosphère, il ne trouva rien de mieux que de demander à la veuve affligée, en pointant le défunt :
- Et comment a-t-il passé la nuit ?

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