31 mai 2006

Journalistes en pyjamas

Adieu odeur d'encre, adieu rédaction, adieu pression de la clôture de l'édition, adieu faculté de journalisme, adieu carte de presse... Dans une décision qui pourrait marquer le journalisme digital, une cour d'appel de Californie a jugé, vendredi dernier, que les bloggers, à l'instar des journalistes traditionnels, avaient le droit de garder secrètes leurs sources.

Comme le rapporte le San Francisco Chronicle, un groupe de bloggers s'étaient adressé aux tribunaux après qu'Apple ait tenté de les forcer à révéler l'identité de la personne - probablement un employé de la compagnie - qui leur avait fourni des détails d'un projet de l'entreprise dénommé Asteroid. Les données du projet furent ainsi diffusées dans divers sites Internet. Les juges de la cour d'appel, dans un sentence de 69 pages, ont établi que les bloggers n'avaient pas d'obligation de révéler leurs sources et pouvaient faire appel aux lois qui protègent les journalistes traditionnels, le Premier Amendement et la California’s Shield Law. La décision de Cour d'État d'Appel de San José, qui annule une décision du Tribunal Supérieur du comté de Santa Clara, fait référence aux changements dans la forme d'obtenir et de publier des informations. Désormais, quiconque dispose d'un ordinateur et d'une connexion Internet peut être journaliste.

Le sida a été surestimé en Afrique

Or donc, selon Craig Timberg, dans un article paru dans le Washington Post, il ressort que l'UN AIDS Agency a surestimé de manière significative l'extension du sida en Afrique. Prenons le cas du Ruanda. Il y a 20 ans, les enquêteurs onusiens estimèrent à 30% le taux d'infection da la population âgée de 15 à 49 ans. En 1998, l'agence des Nations Unies l'estima à 13%. Cependant, un étude récente estime ce taux à 3%.

D'où sortirent des chiffres aussi erronés ? Apparemment du fait que l'on croyait que le taux d'infection parmi les femmes enceintes qui venaient dans les cliniques prénatales était un bon indicateur de ce qui se passait au niveau du pays. Le problème est que l'échantillon n'était pas représentatif. Il s'agissait, en effet, de femmes jeunes, sexuellement actives, habitant les zones urbaines, pour qui l'incidence du sida était évidemment plus élevé que pour la population en général.

Était-ce si difficile à comprendre ? Il semble que oui, pour les bureaucrates de l'ONU. Certes,  il existe une autre explication. Au plus ces bureaucrates dépeignaient la situation aux couleurs les plus sombres, au plus ils pouvaient solliciter des fonds et créer plus de bureaucratie. Allez savoir laquelle des deux explications est la plus correcte. Sans doute ne faut-il pas attribuer à la méchanceté ce qui peut s'expliquer par la stupidité. Mais, dans le cas de l'ONU, on ferait mieux de défendre le contraire. Dans tous les cas, cet exemple démontre qu'il convient de garder un salutaire scepticisme face aux discours des alarmistes professionnels.

Indice de misère fiscale

Tout est dans le titre. L'indice de misère fiscale élaboré par Forbes est le résultat de la somme des taux des différents impôts (de société, sur le revenu, sur le patrimoine, la sécurité sociale de l'employeur et de l'employé et la TVA).

Personne ne s'étonnera de retrouver en tête de liste le pays européen le plus socialiste depuis la chute du Mur de Berlin, la France, avec un indice de misère fiscale de 166,8 points. La suivent la Chine, la Belgique, la Suède, l'Italie, l'Autriche, la Pologne, etc. L'indice n'a pas varié de 2005 à 2006 dans la grande majorité des pays. Et là où il y a eu variation, ce fut dans un sens positif, avec peu d'exceptions. La revue Forbes fournit nombre de tableaux comparatifs du racket fiscal selon les différents niveaux de revenus. Mais comme un dessin vaut mieux qu'un long discours, un graphique est disponible sur le site de Private Sector Development Blog.

29 mai 2006

Corruption et Nations Unies

Claudia Rosett, connue pour avoir disséqué le scandale du programme onusien « Pétrole contre nourriture », a publié le mois dernier un article intitulé « How Corrupt is the United Nations? ». Comme le titre l'indique, l'article traite de nombreux scandales qui entache l'institution internationale, comme la disparition de fonds destinés aux victimes du tsunami en Indonésie, les viols commis par des soldats membres des forces de paix en Afrique, la saga Kojo Annan, les pots-de-vin dans le département des achats, avec les chutes d'Alexandre Yakovlev et Vladimir Kuznetsov, et les conflits d'intérêts des assesseurs de  Kofi, Maurice Strong et Giandomenico Picco.

Certes, personne n'est parfait. Et à l'ONU, on le sait plus qu'ailleurs. Que feraient tant de gouvernants corrompus avec des fonctionnaires honnêtes ? Un exemple du désastre : le budget. Le budget de base est de 1,9 milliards de dollars. Si l'on ajoute les contributions volontaires, le chiffre atteint les 8 ou 9 milliards. Si l'on ajoute encore les autres agences indépendantes de l'ONU, on arrive à 16 voire 18 milliards. Mais, selon le département des achats, le total est de 30 milliards. En résumé, personne ne connaît le chiffre exact.

La même chose se passe avec le personnel. En principe, les employés sont au nombre de 29.000. Mais si l'on compte les agences spécialisées, l'UNWRA, les casques bleus et le personnel dispersé dans le monde, on obtient un nombre indéterminé à six chiffres. Les systèmes d'audit internes sont très peu performants, et il n'existe aucune autorité extérieure pour y mettre ordre. Le directeur de l'audit interne est nommé par le Secrétaire général, et ses rapports n'étaient pas accessibles aux États membres jusqu'à cette année. Il n'existe aucune procédure pour destituer le Secrétaire général.

L'ONU fut fondée pour garantir la paix et promouvoir la prospérité. Pour ce qui est du premier objectif, les résultats sont nuls, si pas négatifs. Quant au second, nous avons des milliers de conférences, de déclarations et de plans, mais aucun résultat positif. Le commentaire final de Rosett est dévastateur :

The United Nations was founded as a forum of governments. As we had ample occasion to learn over the decades, this arrangement presented quite enough problems of its own. Now the UN, in contravention of its own charter, is rapidly evolving into something larger, more corporate, and more menacing: a predatory, undemocratic, unaccountable, and self-serving vehicle for global government. Like the Soviet Union of old, the UN is unwieldy, gross, inefficient, and incompetent; it is also so configured as to reach deep into the national politics of its member states and, by sheer weight and persistence, to force at least some of the worst of its agenda upon all of us.

Monnaie somalienne

Comment est-il possible qu'un État failli ou qu'une société sans État puisse avoir une monnaie nationale ? The Angry Economist commente le système monétaire somalien :

I think most people know that Somalia has what is called a "failed state" in some quarters, and a "stateless society" in others. They have no central government, and yet they have police, laws, and courts (as they know them; not as we know them). They also have a national currency .... without a nation.

The Somali shilling is left over from the old government. I forget whether it was socialist, democratic, or a dictatorship. Doesn't really matter. A central government can issue currency and enforce its value by changing the amount of currency in a controlled manner. Typically, this is done by shooting counterfeiters. Counterfeiting is a very serious crime in every country.

And yet, since there is no functional central government, how can the Somali shilling possibly work? You would think that counterfeiters would simply print up more and more and more bills, since there's nobody to stop them. But that's not what happens. Yes, new bills have been printed up in the intervening years by private parties. But the currency has not suffered from unlimited inflation, and I think I know why.

27 mai 2006

Comiques

On pourrait en raconter des histoires en prenant comme matière première nombre de types croisés au Bandy. Il ne s'agit pas de superbes personnalités de la musique, du cinéma ou de la littérature ; seulement des quidams qui gagnaient beaucoup avec la mort. La biographie de la majorité d'entre eux pourrait s'écrire avec un effaceur. Luigi Scalfaro, par exemple... On ne lui reconnaissait aucun mérite artistique relevant, et sa qualité la plus notable était sûrement son mauvais aspect proverbial. Il y eut au Bandy peu de comiques ayant connu une trajectoire plus désastreuse, mais il mourut cependant sur un grand succès public. Pour ne pas rire de sa laideur comique, nous décidâmes de le veiller tête basse, en dissimulant tout sourire.

D'un autre côté, mieux vaut ne pas se rappeler les apports de Jef Klondike comme trompettiste. Mais sur la porte des toilettes des hommes, on conserve précieusement une phrase qu'il grava durant la relative passion d'une constipation :
- Je me sens aussi transcendant que si j'allais expulser par le sphincter le marbre de ma statue.
Jef fut flingué près du club, rue Saint Géry, par quelques macs albanais qui le confondirent avec un type dont la réputation était bien meilleure que la sienne. Des années auparavant, lors d'une descente de police, le bon Klondike s'adressa à un inspecteur avec un aplomb inoubliable :
- Mes papiers ? Quels papiers ? Je n'ai pas de papiers, inspecteur ; je déteste la propriété privée.

Curieux et émouvant fut pour tous Charlie, l'écœurant petit-maître du Bandy aux manières composées de gomme arabique. Durant la veillée funéraire du pauvre Scalfaro, le vieux Charlie était inquiet, il voulait exprimer son abattement. Il ne trouvait pas le moment opportun pour glisser une petite phrase pleine de contrition et de trémolos. Il profita d'un arrêt des petits rires qui se voulaient discrets. Et pour alléger l'atmosphère, il ne trouva rien de mieux que de demander à la veuve affligée, en pointant le défunt :
- Et comment a-t-il passé la nuit ?

24 mai 2006

Le Canada abandonnera Kyoto

L'échec est brutal et définitif. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est l'accord Asie Pacifique sur les émissions de CO2, petit rappel : Le 28 juillet dernier fut le jour où l'on signa l'acte de décès du Protocole de Kyoto. Ce jour fut signé par les États-Unis, l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud un accord très différent de celui signé quelques années auparavant dans la ville japonaise. Le nouvel accord, dont la longue appellation est résumée par l'acronyme APPCDC, est volontaire et concerne des pays qui émettent 40% des gaz à effet de serre. L'APPCDC prévoit le transfert de technologies propres des pays développés vers les pays qui le sont moins et qui utilisent, par conséquent des technologies obsolètes et plus polluantes. C'est un pari sur la technologie et le développement économique, opposé à la philosophie du Protocole de Kyoto.

Le Protocole de Kyoto est un de ces fantômes qui se refusent à accepter la réalité de sa disparition de ce monde. Mais les faits sont têtus : les États-Unis qui n'ont pas signé respectent mieux le traité que nombre de nations européennes qui se vantent de l'avoir signé. Rappelons qu'entre 2001 et 2004, les émissions européennes augmentait de 3,6%, alors qu'aux États-Unis, elles diminuaient. Ce qui triomphe maintenant, c'est la conception qu'un environnement de meilleure qualité ne peut s'obtenir qu'en suivant la voie du développement. Plus riches nous serons, plus nous disposerons de moyens pour atteindre nos objectifs. Imposer la pauvreté aux pays riches, comme le veulent les écologistes radicaux, n'aura aucun effet positif, même pas du point de vue environnemental.

Telle est la voie que veut suivre désormais le Canada, qui envisage d'abandonner Kyoto et rejoindre l'APPCDC. Selon le nouveau chef de gouvernement, Stephen Harper (sans douté inspiré par la soixante de scientifiques canadiens qui trouvent le Protocole de Kyoto absurde), l'APPCDC « est le type d'initiative dont le monde a besoin ». Et même, Tony Blair, qui a toujours été un fervent partisan de Kyoto, évoque maintenant de manière favorable l'accord Asie-Pacifique. Bye-bye, Kyoto...

Amnesty International

L’année 2005 a été pour les Droits de l'Homme une année de contradictions, durant laquelle l’attitude de certains gouvernements puissants, entre mauvaise foi et promesses non tenues, est venue faire vaciller la lueur d’espoir suscitée par plusieurs signes encourageants, a déclaré Amnesty International ce mardi 23 mai 2006 à l’occasion de la sortie de son rapport annuel.

Amusante coïncidence, le rapport d'Amnesty International sur l'état du monde paraissait quelques jours après la publication d'un rapport du Capital Research Center sur l'état... d'Amnesty International. Le Capital Research Center, basé à Washington, étudie depuis 1984 les activités d'organisations sans but lucratif. Le rapport de mai sur Amnesty International signale que l'organisation, sous la direction de son secrétaire général, Irene Khan, a adopté une politique de deux poids deux mesures en ce qui concerne les Droits de l'Homme, un agenda politique gauchiste, une vision irréaliste sur les conflits armés, et de propagande contre l'Amérique et Israël.

Plus intéressant, le rapport du Capital Research Center inclut également une analyse statistique du matériel publié par Amnesty International depuis le début de 2005, jusqu'à mai 2006. Le Capital Research Center a compté le nombre de nouvelles, de rapports et d'actions urgentes publié par Amnesty International pour un certain nombre de pays et a calculé la relation par millions d'habitants. Les résultats montrent qu'Amnesty International se focalise deux fois plus que la moyenne sur les États-Unis, au même niveau que l'Arabie saoudite. Israël est le sujet du plus grand nombre de publications par millions d'habitants, avec 57 fois plus de rapports que sur la Corée du Nord, 26 fois plus que sur l'Égypte et 7 fois plus que sur Cuba.

23 mai 2006

La route vers la servitude

Le 14 juillet 1933, Hitler approuva la « loi contre la formation de partis politiques », qui consacrait le parti national-socialiste comme parti unique et condamnait à une peine allant de 6 mois à trois ans toute personne qui tenterait d'en constituer un autre. Le national-socialisme asseyait ainsi les bases de son contrôle définitif sur la population. L'État, le parti et l'idéologie liberticide fusionnaient dans une même structure de domination.

70 ans plus tard, un autre socialiste jette le Venezuela dans la même spirale totalitaire. Le 9 mai dernier, le procureur général du Venezuela a inculpé quatre membres de l'organisation libérale Rumbo Propio para el Zulia pour des délits de « trahison envers la patrie » et pour faire partie d'une « option radicale de droite au gouvernement du président Hugo Chávez,  qui, à chaque fois, via le capitalisme libéral, prétend s'opposer à la politique socialiste que prône le gouvernement ». Le Führer bolivarien prétend fusionner l'État, son parti et son idéologie liberticide en un mécanisme répresseur qui éradique tout type d'opposition à son régime absolutiste. Et, sans aucun doute, la plus dangereuse de ces oppositions provient du capitalisme, défendu par les libéraux vénézuéliens.

Rumbo Propio para el Zulia est un mouvement politique dont l'objectif est de faire adopter un statut d'autonomie pour la région de Zulia, s'inspirant du respect des Droits de l'Homme et du libre marché. Son substrat idéologique est l'École autrichienne et le libéralisme chrétien : gouvernement limité, capitalisme et associativité privée. Pour atteindre cet objectif, ils n'essaient pas de transformer tout le pays ; l'objectif des membres de l'organisation n'est pas la sécession, mais l'autonomie. Ils ne prétendent pas se séparer du Venezuela, mais bien de l'asphyxiant socialisme bolivarien. Ils veulent suivre leur propre cap pour en finir avec la pauvreté des habitants de Zulia, grâce au capitalisme et au libre commerce. Leur modèle de coexistence est celui de la Chine et de Hong-Kong : « Un pays, deux systèmes ».

C'est plus que le despotisme de Chávez ne peut supporter. Le socialisme n'accepte aucun type de divergence, il est totalement intolérant ; son principe essentiel est l'exploitation des individus à travers l'État. La liberté est trop explosive, même à petite dose : elle doit être complètement effacée et absorbée par la bureaucratie. C'est ainsi que, au milieu d'un matracage propagandistique et calomniateur du régime de Chávez, le procureur général a lancé une procédure contre Néstor Suárez, Alberto Mansueti, Natalia Fernández et Gustavo Pineda pour violation présumée de l'article 128 du Code pénal - une procédure qui pourrait se conclure par une peine de 30 ans de prison - pour délit de « trahison de la patrie », c'est-à-dire pour crime de pensée et de lèse-socialisme.

Le succès de l'Europe de l'Est

Johnny Munkhammar, directeur de programmes chez Timbro, dans un article paru dans TCS Daily :

 

Une nouvelle étude de la Commission européenne sur le développement économique des nouveaux États membres démontre que leur succès a été sensationnel. Le commerce chez les dix nouveaux membres, exportations plus importations, représente en moyenne 93% de leur PIB, comparé au 55% des pays de l'Europe des Quinze. Ces dix pays ont su attirer quantité de capitaux extérieurs, atteignant 191 milliards d'euros en 2004, ce qui suppose 40% de leur PIB total. Cet investissement étranger était virtuellement inexistant dix ans auparavant. Dans les ex-pays soviétiques d'Europe centrale et de l'Est, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a diminué de 40 millions entre 1998 et 2003. Les taux de croissance des Pays baltes ont atteint l'année passée des niveaux supérieurs à 10%. La Slovaquie est le plus grand producteur de voiture au monde en relation  à sa taille.

Ces succès sont véritablement magnifiques. Mais ils ne sont pas apparus de manière spontanée. Beaucoup de prédictions pessimistes auraient se voir confirmées s'il n'y avait eu la volonté de ces pays d'entreprendre des réformes radicales orientées vers le marché. La privatisation d'entreprises publiques, les baisses d'impôts, la déréglementation, l'élimination des contrôles des prix, l'ouverture au commerce extérieur, tout cela a fait partie des plans de réformes. Jusqu'à présent, huit pays d'Europe centrale et orientale ont suivi l'exemple estonien du taux d'imposition unique.

 

L'Europe de l'Est fut la tombe du socialisme. Sera-t-elle le lieu de la renaissance du libéralisme en Europe ?

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