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11 juin 2006
Normandie
- On avait dit au pauvre Elmer que ce ne serait pas si terrible. Il était convaincu qu'à la fin de la guerre les Alliés auraient appris aux Français ce qu'était la bonne musique et qu'en échange ces derniers leur auraient enseigné à mentir dans une autre langue. Mon Dieu ! Cloué par l'artillerie allemande sur le sable d'Omaha Beach, ce jeune homme ne tarda pas à comprendre que la seule élégance qui subsistait était de creuser sa tombe avec des clubs de golf. On retrouva dans le caleçon les amygdales d'un soldat de sa compagnie et les corbeaux d'Arromanches dépeçaient les cadavres des colombes en plein vol.
Elmer nous raconta comment, de terreur, le lieutenant Tucker écrivit à sa mère dans une autre langue. Les tirs étaient une course de motos. Les soldats noirs s'essayaient au jazz avec la pelle du fossoyeur. La première nuit sur la plage d'Omaha Beach, Elmer et ses compagnons débarquèrent en pleurant salive et merde. Le colonel Dewitte voulut leur remonter le moral :
- Ce sera terminé cette nuit. Alors, demain, je veux vous nickels pour le bal à Paris.
À l'aube, la tête de Dewitte avait été pelée soigneusement par les crabes. Du reste du corps, on n'en su jamais rien. C'est ainsi que son cadavre fut rapatrié dans un carton à chapeau. La matinée déchargea beaucoup de cadavres sur la plage, des soldats entraînés par le poids de la mitraille.
- Je vois encore tout devant moi, nous dit Elmer.
Le 7 juin, nombreux étaient les crucifix oxydés par le sang de leur propriétaire. Encore aujourd'hui, quand il nous raconte ces journées, il sort de la bouche d'Elmer deux prières, un blasphème et un pet.
Quand les gars purent finalement s'échapper de la plage rouge d'Omaha Beach, le lieutenant Tucker leur laissa « une demi-heure pour enlever à la cuillère la merde du cul ». Finalement, Elmer Madigan retourna aux États-Unis sans avoir vu Paris. Une balle se mit en travers de son chemin, sur la route de Caen. Le médecin n'y alla pas par quatre chemin :
- Mec, ça a une sale gueule. Avec un peu de chance, de ta jambe gauche, ou pourra sauver la botte.
On lui coupa la maudite jambe peu de temps après.
- Je ressentis autant de douleur que si c'était un pic-vert qui m'avait amputé !
Une infirmière lui remit une petite boîte avec les ongles qui avaient encore poussé et lui conseilla d'apprendre à jouer de la guitare. Samedi soir, sur la scène du Bandy, Elmer, avec le trio de l'ami Constatin, accompagna Cory dans son tour de chant, se saoula bien et jura encore une fois qu'il ne mettra jamais à Paris le pied qu'il lui reste.
00:50 Publié dans At the Bandy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
admirable
Ecrit par : liberagneugneu | 11 juin 2006
thanks, l'ami ;-)
Ecrit par : Lucilio | 11 juin 2006



