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15 juin 2006
Spanish Armada
Ce sont, chaque année, 60 millions de personnes qui entrent en Espagne, une fois et demi la population. Certains se plaignent amèrement de la rareté des fruits de mer dans les paellas qu'on leur sert. D'autres se réjouissent de recevoir trois repas par jour et de pouvoir boire de l'eau filtrée. Les uns entrent et sortent. D'autres entrent et ne veulent partir pour rien au monde. Pendant ce temps, la presse internationale présente les entrepreneurs espagnols comme les nouveaux « economic conquistadors » qui, après le désenchantement d'une Amérique latine déboussolée, ont commencé à acheter compulsivement à droite et à gauche dans les pays avancés d'Europe. Ainsi la « Spanish Armada » venge l'Invincible Armada.
Le Times de Londres pointe non seulement l'agressivité de ces Espagnols qui achètent en vrac les plus grands aéroports britanniques, les plus grands opérateurs téléphoniques ou quelques-unes des principales banques du pays, mais également l'ample utilisation d'un langage dans la presse qui nous ramène au temps de l'Empire, aussi bien espagnol que britannique.
D'Alonso en Formule1 à Nadal au tennis, le topique de la « Spanish Armada » appliqué à l'expansionnisme des entreprises espagnoles à l'étranger est chaque fois plus cité en exemple, démontrant que l'Histoire peut transformer un désastre en symbole de victoire. Drake serait bien désappointé s'il devait revenir aujourd'hui parmi ses descendants qui, surtout dans les rangs des conservateurs, avalent si mal la pilule que celui qui se profile comme le prochain Premier Ministre britannique s'est senti obligé de préciser que son pays ne fermera pas les frontières aux investissements étrangers. Et, après l'agressif et spectaculaire achat par Ferrovial des principaux aéroports britanniques, le Telegraph de Londres s'interroge :
Ferrovial's takeover of BAA is only the latest in a long series of high-profile foreign raids on UK plc. Is this part of the healthy process of globalisation or are our institutions rolling over too easily?
Au sein d'une City londonienne qui se sent harcelée, envahie et « conquise », Tony Blair a dû rappeler que se sont les actionnaires et non les politiciens qui décident qui est le meilleur propriétaire d'une affaire. Tandis que son successeur putatif, Gordon Brown, prévenait également contre toute tentation néfaste de « patriotisme économique» et invitait les autres nations européennes, plus particulièrement la France, à abattre les puissantes murailles qui se montrèrent si efficaces dans l'échec de l'opération d'achat de Danone.
13:00 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Économie, International, Espagne
Commentaires
"se sont les actionnaires et non les politiciens qui décident qui est le meilleur propriétaire d'une affaire"
Et qui décide(nt) in fine de ce qu'il y a de souhaitable, de convenable, d'acceptable pour la société ?
Ecrit par : Quifaitquoi | 19 juin 2006
"Et qui décide(nt) in fine de ce qu'il y a de souhaitable, de convenable, d'acceptable pour la société..."
La société ne se résume pas aux entreprises. Mais surtout personne n'est habilité à décider ce qui est "souhaitable, convenable, acceptable pour la société", surtout pas l'État.
Ecrit par : Lucilio | 20 juin 2006



