12 septembre 2006

Les non-alignés s'alignent contre la modernité

Hier, se sont réunis à La Havane plus d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement dans une curieuse instance diplomatique internationale connue sous le nom de Mouvement des Pays Non Alignés. Celle-ci fut créée en 1961 par Tito, Nasser et Indira Gandhi, en plein milieu de la Guerre froide, afin de se protéger des retombées des actions de Washington ou de Moscou, bien qu'en général les membres de ce mouvement inclinèrent plus souvent en faveur des intérêts soviétiques que de ceux des nord-américains. Après la disparition de l'URSS et du bloc socialiste, fait qui marque la fin de la bipolarisation du monde apparue après la Seconde Guerre mondiale, il semblait que cette organisation devait disparaître. Mais il n'en a pas été ainsi.

Or donc, en compagnie de dizaines d'hommes politiques, se sont déplacés à La Havane le président iranien, Mahmud Ahmadinejad - ce dangereux fanatique obsédé par la construction de la bombe atomique et l'effacement d'Israël de la carte -, Hugo Chávez, Evo Morales, peut-être le dictateur syrien et le tyran nord-coréen, ou leurs représentants personnels, plus quelques autres personnages au semblable pelage idéologique et autres abominables satrapes, intrigués de façon morbide par la santé du despote local, Fidel Castro, l'agonisant parrain qui leur tendra une main fragile et vacillante. L'objectif ? S'emparer de la direction du mouvement des non-alignés.

On devine sans peine le sens que devrait prendre un mouvement réorienté : anti-américain (la date d'ouverture est tout sauf un hasard), antisémitisme, antioccidental et, naturellement, anti-globalisation. Le but que recherchent les membres de ce groupe de gauche rétrograde - ennemie du progrès, du pluralisme, de la tolérance et de la démocratie - est de transformer le Mouvement des Pays Non Alignés en un instrument de promotion de ce que certains appellent, sans rire, « le socialisme du 21e siècle », nouveau masque d'une trop vieille tendance autoritaire et collectiviste qui change de défroque à chaque nouvelle génération qui la soutient, ennemie de la liberté et des droits individuels, luttant incessamment depuis trois siècles contre les idées des Lumières.

Si les intentions de ce groupe sont parfaitement claires, on ne peut que rester perplexe face à la présence à ce sommet de pays comme la Colombie, le Chili, la République dominicaine, l'Équateur, le Guatemala ou même le Nicaragua (pour ne prendre que quelques-uns d'Amérique latine) dont les principaux alliés dans presque tous les domaines sont les États-Unis, l'Europe et le Japon. Comme on peut se demander ce que font dans cette galère, même si à titre d'observateur, d'autres nations comme le Mexique, le Salvador ou Costa Rica, dont les gouvernants ne partagent en rien la vision du monde de cette gauche criminelle et ignorante qui a tant fait de mal à l'Humanité, et plus particulièrement à ces centaines de millions de personnes qui furent confinés dans la plus noire misère suite aux politiques stupides qu'elle imposa lorsqu'elle s'empara du pouvoir.

En 1979 déjà, à Cuba, alors obéissant satellite de Moscou, Castro, présidant pour la première fois le Mouvement des Pays Non Alignés, à l'occasion d'un discours qui passera à l'Histoire comme le manuel du parfait laquais, tenta de placer ce dernier sous la tutelle du Kremlin en prétextant qu'il n'y avait aucun sens pour les pays du Tiers-monde de vouloir se maintenir dans un position équidistante des États-Unis et de l'URSS, puisque ce pays socialiste était l'allié naturel des pays pauvres de la planète. Heureusement, le Yougoslave Tito, un communiste nationaliste fondateur du Mouvement et acharné adversaire de l'impérialisme soviétique, empêcha la manœuvre, ce qui scella la totale animadversion entre les deux dictateurs. Le problème est qu'à ce nouveau rendez-vous cubain, il n'y a plus de Tito disposé à croiser le fer pour empêcher que le Mouvement des Pays Non Alignés se transforme en un autre forum tiers-mondiste au service des ennemis de la liberté et du développement. Assisterons-nous à une nouvelle et triste version du Silence des agneaux ?

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