06 octobre 2006
Le mur frontière USA-Mexique : une très mauvaise affaire
Ainsi donc, le Congrès américain a adopté une loi autorisant la construction d'une barrière longue d'environ 1.120 kilomètres le long de la frontière avec le Mexique pour dissuader les millions de candidats à l'immigration clandestine. Ce mur est la démonstration patente du populisme. Ou comment les peurs irrationnelles, dérivées de l'ignorance et des préjugés augmentent inutilement les dépenses publiques et sabotent la productivité. Car les migrations d'adultes en âge de travailler génèrent un bénéfice net pour le pays d'accueil, ces immigrants produisant dans ce pays plus qu'ils ne consomment. Mais les politiciens et le gouvernement des États-Unis supposent qu'ils obtiendront de bons rendements électoraux s'ils dilapident l'argent des contribuables pour empêcher les États-Unis de s'enrichir. Il se confirme que les politiciens sont de piètres économistes.
Les préjugés contre l'immigration sont encore plus puissants que ceux contre le libre commerce. Les nationalismes sont stupides, mais ils possèdent une attraction émotive presque irrésistible. La peur atavique de l'« étranger » nous aveugle à un tel point qu'il nous fait perdre de vue nos propres intérêts. Aussi bien dans les pays membres de l'Union européenne qu'aux États-Unis, les sentiments de peur et d'aversion vers les immigrants grandissent. Dans une tentative de rationaliser ces sentiments, les opposants à l'immigration pointent généralement trois « raisons » pour les justifier :
- La main-d'oeuvre étrangère provoque une baisse généralisée des salaires et des opportunités de travail pour la main-d'oeuvre non qualifiée d'origine nationale.
- Les immigrants font pression sur les finances publiques et augmentent le coût de la sécurité sociale pour les natifs du pays d'accueil.
- L'immigration représente un danger pour la culture, la morale et/ou la sécurité de la nation réceptrice.
Ces trois raisons sont fausses.
- Les immigrants non qualifiés qui se consacrent aux tâches domestiques (nettoyer, cuisiner, garder les enfants ou les malades, etc.) créent des opportunités d'emploi pour les nationaux non qualifiés et spécialement les femmes qui peuvent consacrer plus de temps au marché du travail formel mieux rémunéré, en étant libérées des tâches ménagères. (Lire à ce sujet l'article de Michael Kremer et Stanley Watt, « The Globalization of Household Production ».)
- Les immigrants, même les illégaux, rapportent plus en impôts que ce qu'ils ne coûtent à la sécurité sociale et autres services gouvernementaux. De plus, l'offre de services de soins personnels et domestiques qu'offrent les immigrants diminue la demande de garderies et de centres de soins subsidiés par l'État.
- L'Histoire démontre que les échanges culturels qui découlent de l'immigration enrichissent les nations d'accueil, depuis la gastronomie jusqu'au loisirs, en passant par la science, les technologie et la création artistique.
MÀJ : lire l'article de Robert P. Murphy « Upsidedown Luddism: The Case of Immigration ».
08:30 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Mexique, États-Unis, Immigration



Commentaires
« Les immigrants, même les illégaux, rapportent plus en impôts que ce qu'ils ne coûtent à la sécurité sociale et autres services gouvernementaux. »
Je ne crois pas du tout à ce point en tout cas pour la France. Chômage massif, logements « sociaux », RMI etc…
« De plus, l'offre de services de soins personnels et domestiques qu'offrent les immigrants diminue la demande de garderies et de centres de soins subsidiés par l'État. »
A condition que le travail là se face au « détaxé », dans le cas contraire je doute que le coût d’opportunité sois suffisamment bas. En particulier pour la garde d’enfants, les mères rechignent FORTEMENT à sortir des chemins balisés et ce d’autant plus qu’ils sont en bas âge et qu’elles obtiennent des incitations fiscales fiscal pour cela.
Ecrit par : L'ami du laissez-faire | 06 octobre 2006
Pour une fois, cher chroniqueur, je ne suis pas du tout d'accord avec toi.
L'immigration est d'un intérêt économiquement douteux, et apparaît comme un facteur de régression sociale (cf rapport ONU, dont je sors qq données parlantes sur http://francelatine.over-blog.com/article-3980377.html )
Je pense que tu aurais pu construire ton argumentaire sur l'inefficacité d'un mur...
Maintenant, les Mexicains et autres latinos sont plus facilement assimilables que nos Africains d'Europe. Il reste un tabou à lever. Avais-tu lu mon propos sur ce vaste sujet :
http://francelatine.over-blog.com/article-2650210-6.html ?
Ecrit par : phiconvers | 06 octobre 2006
@Lucilio:
Les arguments pro-immigration que vous invoquez sont valables. Merci d'ailleurs pour l'étude que vous référencez.
Toutefois, force est de constater que ceux parmi les américains qui objectent à l'immigration illégale massive de mexicains ne manquent pas non plus d'arguments sensés. Je vous invite à lire cet article paru dans City Journal : "Seing today's immigrants straight", en particulier la partie intitulée "Pay attention to facts on the ground": http://www.city-journal.org/html/16_3_immigration_reform.html
Ecrit par : Ostrogods | 07 octobre 2006
Lucilio,
Dans les grandes lignes, je supporte ton propos et son argumentation sur les avantages de l'immigration. Je supporte aussi l'immigation légale qui à mon avis n'est pas assez développée ni au USA ni en France ni en Belgique malgré ce que beaucoup de gens pensent.
Par contre, je suis contre l'immigration illégale et contre la régularisation massive des immigrés illégaux. Tout ce qui favorise l'immigration illégale est une prime à des trafiquants et à des délinquants. Cette immigration illégale crée aussi des ghettos communautaires dangereux pour tous les citoyens et plus encore pour les immigrants légaux qui vivent dans ces ghettos.
Ecrit par : alain | 08 octobre 2006
Lucilio,
Je ne vais guère ajouter de valeur par ces propos aux justes commentaires précédents de vos autres lecteurs. Je voulais seulement dire, que la théorie est belle et admirable. Elle est probablement vraie ... ex-nihilo!
Las! Elle ne peut être envisagée indépendament de la réalité dans laquelle elle s'inscrit. La réalité française et probablement européenne ne sont pas réellement favorables à un libre marché du travail, croyez moi j'en sais quelque chose et j'imagine à vous lire ça et là, que vous aussi. Alors importer d'immenses quantités de populations étrangères en espérant les transformer en main d'oeuvre à bon marché dans un pays à économie planifiée où l'emploi, pour tout un tas de raisons est rare, est-il raisonnable?
La situation européenne n'est pas celle des USA: chez ces derniers, rien de plus facile que de signer un contrat de travail. La police, pardon, l'inspection du travail n'y fait pas régner le despotisme zampolit que l'on connait en France et le droit y est bien plus flexible. Aux USA les immigrés franchissent la frontière pour aller chercher du travail parce qu'ils en trouvent. Dans ce pays, vos arguments tiennent. Et les enfants de ces immigrés seront un jour fiers d'être américains et afficheront le drapeau US devant leur porte.
En France, aucun de vos arguments ne tient. Car en France, ces immigrés viennent chercher le RMI, la sécurité sociale, des aides de toute nature et des chambres d'hotel gratuites parce qu'ils en trouvent. Et l'on connait la réaction de leurs enfants au contact de leur nouvelle nationalité. Il n'y a qu'à écouter leur musique.
Nuance fatale.
Ecrit par : Pierre Dantan | 09 octobre 2006
Toujours cette fâcheuse tendance à parler de l'immigration en général et de manière purement abstraite...
1. - Sur le rapport immigration/sécurité sociale, comme souvent, Milton Friedman a bien résumé la question : "As long as you have a welfare state, I do not believe you can have a unilateral open immigration. I would like to see a world in which you could have open immigration, but stop kidding yourselves."
A cet égard, l'Europe n'est pas les Etats-Unis et sans doute la majorité des immigrants vers les USA veulent-ils travailler (ils sont déjà américains dans leur tête avant même d'avoir franchi la frontière, comme l'écrit Sorman) mais je ne suis pas convaincu que l'on puisse généraliser ni que ce soit la même chose en Europe.
2. - Le problème culturel ne doit pas êre nié. En Europe, un immigré polonais n'est pas équivalent à un immigré musulman. L'islam est un puissant facteur de non-intégration; lisez ses textes, promenez-vous dans Bruxelles, Paris ou Londres. Même aux Etats-Unis, où les musulmans sont nettement mieux intégrés d'un point de vue économique, la barrière culturelle reste difficilement franchissable pour nombre de musulmans et les frictions permanentes.
Et quand même s'agit-il d'immigrés proches culturellement, comme le sont indéniablement les Mexicains des Américains du Sud, une immigration massive sur une brève période de temps provoque d'indéniables difficultés. Le mur n'est pas une décision populiste de Bush; c'est une exigence presque unanime des politiciens du Sud des Etats-Unis, qui se font le relais de leurs administrés. (Pour prendre un exemple : Greg Ransom, acamédique pro-free market, qui tient ce blog intéressant : http://gregransom.com/prestopundit/ ) Quand vous avez une ville qui parle anglais et qui, quinze ans plus tard, parle espagnol, les anglophones se sentent chassé de chez eux, est-ce étonnant ?
Au plan des principes, Hayek aussi bien que les libertariens à la Hoppe se sont toujours prononcés pour le droit des membres d'une communauté à refuser un nouvel arrivant. Du point de vue démocratique, je pense que ce droit ne peut pas davantage être refusé.
Aucun Américain, à ma connaissance, ne veut mettre un terme à l'immigration légale. Mais ils souhaitent que s'arrête l'immigration illégale. Je pense que c'est leur droit, qu'ils ont raison et que nous ferions bien de nous en inspirer.
DG
http://www.fahayek.org
Ecrit par : Drieu | 10 octobre 2006
En lisant les commentaires, je m'aperçois que mon propos n'était pas assez clair en laissant croire à une généralisation. Or ce post, se voulait être une réaction à la situation nord-américaine. Dans ce cadre, je pense bien que les arguments traditionnels anti-immigration sont faux.
De fait, en Europe, la situation est différente car l'État "providence" fausse complètement le mécanisme normal et sain de l'immigration.
Ecrit par : Lucilio | 12 octobre 2006
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