16 novembre 2006

Encore une fois, la route de la servitude

Un livre, écrit il y a 63 ans, alimente ces derniers jours une polémique entre deux prestigieux économistes dans les pages du Wall Street Journal. Rien de plus logique, ce livre, La route de la servitude de Friedrich Hayek, est sans doute le plaidoyer le plus important publié au 20e siècle en faveur de la liberté économique. William Easterly est le critique le plus pointu des propositions de Jeffrey Sachs pour combattre la pauvreté dans le monde et il va droit au coeur du problème : les propositions de Sachs, qui est l'assesseur du Secrétaire général des Nations Unies, présentent la même matrice que celle des économies centralement planifiées, qui toutes échouèrent lamentablement.

Hayek's great book [The Road to Serfdom] is all about the dangers of large-scale state economic planning, courageously written in 1944 when Soviet central planning, technocratic socialism and administrative control of the wartime economy appealed as a peacetime model to many New Dealers, celebrity economists and policy wonks of all stripes.

The countries that are now rich subsequently listened enough to Hayek and to common sense to avoid the road to serfdom. Yet today, Mr. Sachs (in his book "The End of Poverty") is peddling his own administrative central plan -- 449 steps in all -- to end world poverty. In his plan, the U.N. secretary-general (to whom he is an adviser) would supervise and coordinate thousands of international civil servants and technocratic experts to solve the problems of every poor village and city slum everywhere. Mr. Sachs is not in favor of central planning as an economic system, but he offers it as a solution, anyway, to the multifold problems of the world's poorest people. If you want the best analysis of why the approach of Mr. Sachs and his confreres in Hollywood and the U.N. will fail to end world poverty this time (as similar efforts failed over the past six decades), you can find it in Hayek.

 

Dans son dernier livre,  The White Man’s Burden - titre emprunté à un fameux poème de Rudyard Kipling -, Easterly explique que les programmes et les plans d'aide aux pauvres du monde - mis en oeuvre par des institutions comme la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International et, bien sûr, les Nations Unies - échouent car ils leur manquent quatre éléments :

  1. de feedbacks des bénéficiaires (consommateurs) de l'aide ;
  2. d'incitants (on retrouve ici le même phénomène de la malédiction du pétrole) ;
  3. d'audits indépendants et, par conséquent ;
  4. de bons résultats.

La critique d'Easterly est dévastatrice car son livre rapporte une multitude de données qui ne laissent guère place au doute : plus augmente l'« aide » de l'Occident aux pays pauvres, plus ceux-ci s'appauvrissent. La polémique n'est pas neuve, mais l'irruption du grand livre de Hayek l'enrichit et la résout, sur le plan des idées, en faveur d'Easterly, tout en l'élevant à un niveau plus élevé et plus large : pourquoi nos hommes politiques restent-ils fascinés - aliénés - par les idées aberrantes de planification centrale, pourquoi continuons-nous à enfanter des plans aussi ambitieux que vains et coûteux en prétendant vouloir dessiner le futur économique de millions de personnes depuis un bureau ou une table de conférence ?

Commentaires

Pourrais-tu un peu développer l'idée selon laquelle plus les pays occidentaux aident le tiers-monde plus celui-ci s'appauvrit?

Je soupçonne que ton propos est polémique. Je suis bien d'accord que l'aide d'état à état est particulièrement néfaste, ou à tout le moins inutile, mais si je me réfère à Johan Norberg, les pays du tiers-monde connaissent bel et bien une croissance, et globalement même plus rapide que les pays industrialisés. Et cela contrairement aux annonces des tiers-mondistes.

Mais peut-être as-tu d'autres données?

Écrit par : paul | 17 novembre 2006

"Pourrais-tu un peu développer l'idée selon laquelle plus les pays occidentaux aident le tiers-monde plus celui-ci s'appauvrit?"

Je faisais référence, comme Easterly, aux aides classiques d'État qui non seulement sont gaspillées en pure perte mais qui appauvrissent les pays qui les reçoivent car elles sont autant de frein aux restructurations les empêchant de progresser. Et si les pays du Tiers-monde avancent, c'est en dépit de ces aides.

Écrit par : Lucilio | 17 novembre 2006

J'avais donc bien compris.

Merci

Écrit par : paul | 17 novembre 2006

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