28 décembre 2006

Farewell

Les grands chanteurs pop entrent dans un état d'euphorie irréfrénable les minutes qui suivent la fin de leur concert, quand ils abandonnent la scène avec un rythme cardiaque déchaîné, possédés d'une forte agitation psychomotrice. Cet état mental et physiologique n'est pas dû aux effets de substances stimulantes ingérées préalablement pour augmenter le rendement durant le spectacle, car, loin de la légende noire qui les entoure, la majorité d'entre eux montent sur scène sans autre recours que ceux que la nature leur a donné. D'après ce que racontent admirateurs, techniciens et membres de l'équipe qui peuplent le trajet jusqu'aux loges, les stars qui, en théorie, devraient sortir épuisées de l'énorme effort que représente le maintien à pleine puissance des capacités durant une heure et demie, sans interruption, face à des milliers de fans exigeants, non seulement ne s'effondrent pas, mais sautent, courent, embrassent et se perdent en effusions envers des proches ou des inconnus, mus par une mystérieuse énergie qui, loin d'avoir été consumée par le public, semble naître précisément de cette prouesse agitée et transpirée.

De pareils comportements, contraires à la logique du fonctionnement des organismes vivants, trouvent sans doute une explication psychologique absolument humaine car, en effet, aucun animal ne se répandraient en tels excès. Achevés la chasse ou le rituel reproducteur, les êtres animés avec lesquels nous partageons la planète entrent dans une phase de torpeur léthargique ou de sommeil réparateur et s'abstiennent de réaliser des cabrioles ou de lancer de folles courses. La différence entre ces espèces manquant de la capacité intellective et la nôtre se trouve dans l'immense joie que nous, primates rationnels, expérimentons à l'accomplissement avec succès d'une mission risquée, à l'arrivée d'un objectif difficile ou à l'achèvement satisfaisant d'une tâche complexe. Seul l'Homo sapiens entre toutes les créatures surgies de Dieu ou de l'évolution se lance délibérément des défis esthétiques, physiques, cognitifs ou érotiques afin de les surmonter et d'alimenter ainsi son ego insatiable. Un loup, un cerf ou un crabe ne ressentent pas l'intime et profond plaisir de terminer un travail ou de sortir avec avantage d'une situation difficile ; ils se limitent à suivre leur instinct qui les pousse à s'alimenter, à copuler ou à survivre. Alors que la plénitude exultante d'écrire le mot fin dans un roman, de polir le raisonnement définitif qui démontre un théorème ou d'écouter à l'intérieur du cerveau la mesure qui conclut une symphonie est exclusivement adamique, souvenirs fragmentaires du paradis qu'irrémédiablement nous perdîmes.

Bref... tout ceci pour vous dire qu'après un peu plus d'an d'existence, plus de quatre cents notes et au moins autant de liens de références, Les Chroniques patagones c'est fini. That's life. Le fait est que 2007 promet quelques changements, professionnels et personnels, qui nous empêcherons de tenir aussi régulièrement ce blog à jour. On préférera donc le terminer en beauté plutôt que de le laisser agoniser. Désormais, ceux qui voudront lire mes billets - plus rares -, me retrouveront chez mes amis de Chacun pour soi. Merci à tous nos fidèles lecteurs, à ceux qui laissèrent des commentaires ou qui nous ont envoyé des marques de sympathies. Au revoir à tous. Bonne et heureuse année 2007. Soyez bons, soyez libéraux.

Commentaires

Chroniques patagones après Copeau, Copeau après Citoyen durable, la maladie s'étend chez les libéraux.
Et je dois avouer que, même si je n'ai guère commenté, je trouvais particulièrement flatteur de figurer sur les liens de ce carnet.

Écrit par : Denys | 28 décembre 2006

Tudieu !
Mais c'est une foutue mauvaise nouvelle ça.
Ça m'attriste beaucoup...

Écrit par : aymeric | 28 décembre 2006

Courage et bon vent, l'ami.

Écrit par : Copeau | 28 décembre 2006

Feliz año nuevo, Lucilio, j'ai eu plaisir à te lire, en particulier sur l'Amérique latine. Je ne suis pas tout à fait libéral, mais je n'en ai pas moins d'estime pour ce que tu écris.
Schuss

Écrit par : phiconvers | 28 décembre 2006

Ce "farewell" m'en rappelle étrangement un autre qui date d'il y a un certain temps déjà, je ne sais plus sur quel blog. (Ase???) Un hommage?

Sinon, c'est dommage pour ces chroniques.

Écrit par : Tab | 28 décembre 2006

"(Ase???)"

;-)

Écrit par : Lucilio | 28 décembre 2006

Citoyen durable, Constantin et maintenant Chroniques Patagones, qui sera le prochain ?
Vous me manquerez.

Écrit par : Sam Lowry | 28 décembre 2006

Ah ça, c'est sûr que ça commence à ressembler au désert de Gobi, le web libéral francophone de notre royaume fritier.

Bon vent, et merci pour les articles et les analyses.

Écrit par : paul | 28 décembre 2006

Dommage, je suppose que la petite flamme de la révolte a dû commencer à manquer de carburant. On peut le comprendre lorsque l'on voit que des ministres biturés montent dans les sondages.

un tout grand merci pour vos analyses et vos commentaires qui m'ont permis d'avancer plus intensément dans ma réflexion politique et philosophique.


Bon vent et bonne année!

Karim

Écrit par : Karim | 28 décembre 2006

Une des meilleurs plumes de la "blogosphère" libérale qui disparaît...
Merci pour tout.

Écrit par : Rocou | 28 décembre 2006

Très joli épilogue.

Je vais m'en jeter un derrière la cravate, à votre santé. Où? Mais au Bandy bien sûr!

Écrit par : Ostrogods | 28 décembre 2006

Au revoir, Lucilio, et merci pour tes billets quotidiens...
Au plaisir de te lire à nouveau sur CPS!

Wali

N.B. Est-ce que les chroniques patagones resteront en ligne? (Il se fait que ma base de données "articles intéressants" contient pas mal de liens vers ce blog; je trouverais triste de perdre ces textes. Au cas où le blog viendrait à s'effacer au bout d'un certain délai -- si je ne m'abuse, blogspirit est payant, non? -- pourrais-tu m'en avertir afin que je fasse rapidement quelques copier-coller? Merci beaucoup.)

Écrit par : Wali | 29 décembre 2006

Lucilio, ton blog est le meilleur blog libéral francophone que je connais. Je comprends que tu ne puisses pas tenir un rythme aussi soutenu plus longtemps. Mais ce serait dommage de laisser disparaître toutes tes chroniques. A ce sujet, j'ai une suggestion à te faire et je vais t'envoyer un mail pour t'en parler. Bien à toi, d.

Écrit par : Drieu | 29 décembre 2006

Ah! Drieu s'approche, bon signe. En tous cas, je partage son opinion: les Chroniques Patagones est un des meilleurs (le meilleur? Bon, peut-être). En tous cas, cher Lucilio, je rêve de parvenir un jour à ton niveau de verve, de documentation, de professionnalisme, tout en étant flatté et honoré d'avoir figuré dans ta blogroll.

Comme Ase's Corner en son temps, les Chroniques se referment - un triste matin pour le libéralisme francophone.

Bon vent et à bientôt à nouveau sur la Toile, car une telle plume ne peut rester longtemps sans écrire.

Écrit par : Stéphane | 29 décembre 2006

Un truc: tu crées un troisième, euh, deuxième blog, genre "ase le patagon", ou un truc comme çà, et tu recycles toutes tes notes : moins de boulot, et nous on peut s'extasier sur le merveilleux nouveau blogger que voila.

Bon, je sais ce que c'est que la lassitude du bloggueur de fond, alors bon vent, vieux.

Écrit par : vincent | 29 décembre 2006

Bon courage pour tes nouveaux projets qui t'éloignent de ce blog.

Au plaisir de te lire encore sur CPS et lib.org.

Écrit par : sekonda | 30 décembre 2006

Hélas, après Arthur Chrenkoff, un autre blog libéral de qualité qui s'arrête... N'aurait-il pas été possible d'annoncer la diminution de la cadence mais de conserver le blog? Dommage pour nous, mais bon vent à Lucilio!

Écrit par : François Brutsch | 30 décembre 2006

Arf ! Je n'ai pas de mots pour dire ma tristesse... Comme lors de l'arrêt d'Ase's Corner... Deux blogs qui auront fait immensément pour mon libéralisme !

Bonne route, Lucilio, et au plaisir de vous lire, même épisodiquement...

Écrit par : Anton WAGNER | 06 janvier 2007

Nous ne saurons donc pas la fin de l'histoire de l'ours et du pingouin tapageur ...

Écrit par : Laurent GUERBY | 06 janvier 2007

Dommage... Bon vent, en tout cas. Et à vous lire sur CPS !

Écrit par : h16 | 20 janvier 2007

Dommage !

Écrit par : Candide | 18 février 2007

Pas envie de recommencer ?
Même ailleurs ?
(Je constate que tu n'écris même plus sur chacun pour soi.)

Écrit par : aymeric (en manque, un peu) | 28 juin 2007

Dommage ! vraiment

Écrit par : pneu pas cher | 30 octobre 2011

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