15 décembre 2006

Des lois du travail rigides nuisent aux chômeurs

Les lois du travail québécoises expliquent en partie pourquoi le Québec connaît, depuis trois décennies, un taux de chômage systématiquement plus élevé que ses voisins, conclut une note économique de l’Institut économique de Montréal signée par l’économiste Nathalie Elgrably et intitulée « Le salaire minimum et la flexibilité du travail ». Qui plus est, le salaire minimum relativement élevé, conçu pour aider les travailleurs à faible revenu, vient dans les faits les pénaliser en favorisant leur exclusion du marché du travail.

L’étude part du constat que le marché du travail revêt une importance fondamentale dans l’économie, car c’est lui qui permet d’affecter le capital humain à ses usages les plus productifs. Dans le but de protéger les travailleurs, les gouvernements ont toutefois institué au fil des ans diverses contraintes institutionnelles qui ont eu pour effet de rendre ce marché moins flexible.

Les emplois au salaire minimum sont la porte d’entrée sur le marché du travail pour les individus les moins qualifiés, parmi lesquels on retrouve beaucoup de jeunes, d’immigrants et de femmes âgées. Ainsi, les deux tiers des personnes qui travaillent au salaire minimum ont moins de 25 ans. Les travailleurs les plus faiblement rémunérés sont par définition les moins productifs, de sorte que l’augmentation du salaire minimum a pour effet de hisser ce premier barreau de l’échelle du marché du travail à une hauteur qui devient inaccessible pour plusieurs, contribuant ainsi à les confiner au chômage.

Les hausses de salaire minimum ne contribuent pas à réduire la pauvreté, mais créent plutôt au moins un peu de chômage. Selon des chercheurs canadiens, une hausse de 10% du salaire minimum réduit l’emploi de 2,5% chez les adolescents. Or, Elgrably rappelle que c’est au Québec que le salaire minimum est le plus élevé en Amérique du Nord lorsque l’on tient compte des différences de niveau de vie, puisque le revenu annuel d’une personne travaillant à ce salaire représente 50% du PIB par habitant, la proportion la plus élevée du continent.

Pour vraiment aider les travailleurs à faible revenu, le gouvernement aurait plutôt avantage à recourir à des mesures de nature fiscale qui ont un effet beaucoup plus direct sur les revenus nets, sans les effets pervers sur le marché du travail et l’emploi que produit une hausse du salaire minimum :

Il est préférable d’aider les travailleurs directement que de manipuler le prix du travail, ce qui est destructeur d’emplois.

 

La « prime au travail », un crédit d’impôt remboursable sur le revenu d’emploi instauré par le gouvernement en 2005, représente un exemple de ce genre de mesures.

En plus du salaire minimum, l’Institut économique de Montréal aborde la relation entre flexibilité du marché du travail et chômage. Un marché rendu rigide par diverses lois, règlements et interventions étatiques fait en sorte d’augmenter les coûts et les risques liés à l’embauche, ce qui alimente le chômage :

Des chercheurs ont montré que le chômage augmente quand les lois régissant les relations de travail sont trop rigides.

 

Or,

[...] le Québec se trouve aussi au dernier rang des 60 États et provinces du continent pour ce qui est de la rigidité de sa législation.

 

Le Québec se distingue par ailleurs par des lois du travail qui sont parmi les plus favorables aux syndicats, la province étant l’endroit qui affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. Cette situation a des conséquences négatives importantes sur le plan de la flexibilité du travail. Ce ne sont pas des réglementations sévères qui assurent un emploi et un revenu plus élevé, conclut Elgrably, mais bien la rareté de la main-d’oeuvre par rapport à la demande dans un marché du travail flexible et dynamique.

14 décembre 2006

La prochaine vague de mondialisation

La mondialisation pourrait faire progresser les revenus moyens dans le monde à un rythme plus rapide dans les 25 années à venir qu'au cours des 25 dernières années, indique la Banque mondiale dans son nouveau rapport « Global economic prospects 2007 : managing the next wave of globalization », et les pays en développement joueront un rôle central à cet égard. En effet, ces pays atteindront cette année un niveau de croissance quasi record de 7 %. Et bien qu'il faille s'attendre à ralentissement en 2007 et 2008, cette croissance restera probablement supérieure à 6 %, soit plus du double de celle des pays à revenu élevé, laquelle devrait s'établir à 2,6 %. Considérant l'incidence qu'aura la mondialisation sur les perspectives des 25 prochaines années, le rapport de la Banque trace un scénario de base qui verra l'économie mondiale progresser de 35.000 milliards de dollars en 2005 à 72.000 milliards en 2030.

Cela n'est jamais qu'une légère accélération de la croissance mondiale comparé aux 25 dernières années, mais les solides performances des pays en développement en sont plus que jamais l'élément moteur.

 

A tenu à souligner Richard Newfarmer, principal auteur du rapport et conseiller économique au Département du commerce de la Banque.

Et s'il est vrai que les chiffres exacts finiront sans aucun doute par être différents, les tendances sous-jacentes sont relativement hermétiques à tous les chocs, si ce n'est les plus sévères ou perturbateurs d'entre eux.

 

Le commerce mondial des produits et services pourrait plus que tripler pour représenter, en 2030, 27.000 milliards de dollars, et la part des échanges dans l'économie mondiale passera du quart aujourd'hui à plus du tiers - une progression qui devrait être pour moitié environ le fait des pays en développement. Ces pays qui, voilà une vingtaine d'années seulement, fournissaient 14% des importations de produits manufacturés des pays riches en assurent aujourd'hui 40%, et en fourniront probablement plus de 65% à l'horizon 2030. Dans le même temps, la demande des pays en développement en matière d'importations s'impose peu à peu comme un élément moteur de l'économie mondiale.

La période d'expansion soutenue et généralisée ainsi envisagée pour les pays en développement aurait un effet significatif sur la pauvreté mondiale, comme le fait observer François Bourguignon, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement :

Le nombre de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre pourrait être réduit de moitié, de 1,1 milliard actuellement à 550 millions en 2030. Mais certaines régions, notamment l'Afrique, courent le risque de rester à la traîne.

 

Pour les auteurs du rapport, un aspect particulièrement délicat sera de parvenir à ce que l'Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs résultats s'améliorer ces dernières années, avec une croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de l'incidence de la pauvreté, les progrès d'ensemble restent trop lents. L'accroissement rapide de leur population et le gonflement du nombre des jeunes signifient, selon le rapport, que ces pays pourraient voir le nombre absolu d'individus vivant dans un état de pauvreté extrême rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus que jamais un problème propre à l'Afrique subsaharienne : selon les projections, la part des populations les plus déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait d'ici à 2030. D'un autre côté, note le rapport, l'Afrique subsaharienne est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à gagner d'une intégration économique, car elle pourrait tirer parti des technologies et des écarts de salaires pour parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé. Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes d'imposent afin de renforcer le climat des investissements dans la région, ainsi qu'un surcroît d'aide pour ses infrastructures.

Il faut s'attendre à ce que beaucoup tirent avantage de la mondialisation car les fruits de cette croissance devraient être largement répartis : à l'horizon 2030, la Banque estime à 1,2 milliard le nombre d'habitants des pays en développement - 15% de la population du globe - qui feront partie de ce qu'elle appelle la « classe moyenne planétaire », contre 400 millions aujourd'hui. Les personnes dans cette catégorie disposeront d'un pouvoir d'achat de 4.000 à 17.000 dollars par tête et seront à même d'effectuer des voyages à l'étranger, d'acheter des voitures et autres biens de consommation haut de gamme, d'atteindre un degré d'instruction de niveau international et de contribuer de façon majeure à façonner les politiques et les institutions dans leur propre pays et au niveau de l'économie mondiale. Ainsi, l'incidence de l'extrême pauvreté sera ramenée d'environ 25 % aujourd'hui à moins de 8 %.

Le Grande-Bretagne perdrait 35 milliards d'euros si elle devait rejoindre l'euro

Comme on le sait, la Grande-Bretagne, a conservé sa monnaie nationale au lieu de rejoindre la zone euro à laquelle appartiennent douze pays de l'Union européenne. Le débat est vif dans le pays pour savoir si la Grande-Bretagne doit abandonner la livre sterling et employer également la monnaie européenne. Le think tank britannique Open Europe vient de faire le calcul des coûts que supposerait une telle intégration et le résultat est d'énorme proportion : 23,5 milliards de livres ou 34,8 milliards d'euros jusqu'à 2010, rien que pour le coût de la régulation européenne. L'étude d'Open Europe observe que beaucoup des 42 mesures proposées par le Plan d'Action des Services Financiers - organisme créé en 1999 et qui a pour objectif de créer un marché commun européen - coûteront plus qu'elles n'apporteront de bénéfices.

L'étude a été réalisée en collaboration avec de nombreuses banques et entreprises financières de tous types et avec des associations tel que l'Institut des Comptables, l'Association de la Banque d'Investissement de Londres, celle des assurances britanniques ou la Corporation de Londres. Open Europe rapporte qu'au départ une grande partie de l'industrie financière britannique appuya l'idée du PASF, mais que durant les négociations au sein du Conseil de l'Union européenne beaucoup des mesures les plus importantes furent modifiées de telle façon qu'elles altérèrent voire même contredirent les objectifs initiaux. Le résultat final porte gravement préjudice à la Grande-Bretagne, malgré le fait que Londres soit le centre financier le plus important de l'Union européenne.

Michael Spencer, de l'ICAP, considère que ce serait une tragédie si la surréglementation de l'Union européenne devait s'abattre sur Londres, au moment même où la City est sur le point de dépasser New York. En effet, une partie trop importante de la législation du PASF sert plus à protéger les agents inefficients qu'à d'ouvrir réellement les marchés à la libre concurrence. De fait, selon l'économiste Alan Brown, beaucoup des autres États membres semblent être plus préoccupés de se protéger de la concurrence à l'intérieur de l'Europe que de faire face à la concurrence à niveau mondial. Malheureusement, l'étude d'Open Europe se focalise sur la Grande-Bretagne et ne dit rien des coûts supportés par les pays membres de la zone euro. Or voilà bien des informations qui eussent été utiles.

06 décembre 2006

750.000 € pour une robe

Et on viendra encore prétendre que la valeur est objective ! Il s'agit de celle qu'Audrey Hepburn portait dans Breakfast at Tiffany’s. L'écrivain français Dominique Lapierre, qui en était le propriétaire jusqu'à maintenant, est enchanté parce qu'il va consacrer cette fabuleuse somme pour « acheter des briques et du ciment qui serviront à construire des écoles pour les enfants les plus pauvres du monde ».

De cette transaction, on peut retenir deux leçons. Tout d'abord, que la théorie marxiste de la valeur est une supercherie réfutée quotidiennement, pas par des théoriciens, mais par la réalité, qui est très obtuse et contre-révolutionnaire. Ensuite, que le capitalisme fonctionne si bien qu'un multimillionnaire capricieux - qui se fiche sans doute complètement des enfants d'Inde ou d'ailleurs - va financer leurs écoles grâce à un simple morceau de tissu. Main invisible, préférence temporelle de la demande ? Qui sait. Le fait est qu'une personne, sans coaction aucune, va lâcher de l'argent directement à ceux qui en ont besoin. Voilà ce qui s'appelle une « redistribution » intelligente. Tous les acteurs sont bénéficiaires. L'acheteur a sa robe ; Lapierre, la conscience tranquille ; et les enfants de la rue, une école. Que demande le peuple ?

28 novembre 2006

Réglementation et corruption

Partant des indices de corruption publié par Transparency International et ceux de Doing Bussiness sur les réglementations, Christine Bowers montre qu'il existe une forte corrélation entre ces deux séries de chiffres :

The 2006 Corruption Perceptions Index, out today, "reinforces [the] link between poverty and corruption [and] shows the machinery of corruption remains well-oiled, despite improved legislation." Transparency International finds that corruption is "rampant" in almost half the countries on the list. Brazil and the US are among those with an increase in perceived corruption, while India and Turkey are perceived as less corrupt this year. Press release, data, and map.

Corruption is also strongly correlated with a country's position on our
Doing Business rankings. Each procedure a business must follow represents an opportunity for a bribe. Fewer interactions with government bureaucrats, less opportunity for corruption. I took a quick look and plotted all countries that are ranked in both indices - my graph is after the jump.

22 novembre 2006

Patriotisme économique

L'annonce de la suppression de près de 4.000 emplois chez Volkswagen Forest (Bruxelles) a suscité un immense émoi parmi les travailleurs. D'après les modèles économiques du Bureau fédéral du plan et de la Banque nationale, la restructuration de Volkswagen pèsera l'an prochain sur la croissance de l'économie belge à hauteur de 0,2 point de pourcentage et coûtera entre 8.000 et 12.000 emplois. Voilà le coût du  « patriotisme économique », tant vanté par les socialistes de tous les partis. Comme le rappelle Constantin :

C'est là que l'illusion socialiste et le protectionnisme, boomerang idéologique de nos édiles, leur revient en pleine poire. Petit flashback : il y a quelques mois, Interbrew, ou plutôt InBev, délocalise une partie de ses services financiers, d'achats et d'exportations en Hongrie et en Tchéquie. A l'époque, les politiciens, tels de joyeux petits Gavroche, montent sur les barricades et s'en donnent à coeur joie. "C'est un scandale !", "Inbev est devenu un groupe international qui oublie ses racines". Vilains, méchants ! L'indignation, ça vend bien, et le protectionnisme primaire attire l'électeur. Nos braves politiciens peuvent se réjouir, car VW les a entendus et n'oublie pas ses racines : "Deutshland über alles !". Et les mêmes politiciens, dociles petites girouettes, d'accuser VW de nationalisme et de protectionnisme. Ils n'ont pas tort. L'usine de Forest, pourtant classée deuxième dans le groupe en termes de productivité passera à la trappe. Aucne logique industrielle là-dedans, simple réflexe nationaliste (qui, entre parenthèses, coûtera de l'argent aux actionnaires de VW). Nos politiciens ont juste la mémoire courte et oublient qu'eux-mêmes prônent la même attitude dès qu'il s'agit d'entreprises belges. Je doute fort cependant que le cas VW leur rappelle enfin que le protectionnisme, ou, pour parler la langue de bois, le "nationalisme économique", est une idéologie néfaste à double tranchant.

 

Les syndicats veulent la fin des délocalisations, ils sont servis. Tiens, fume, c'est du belge !

17 novembre 2006

Milton Friedman (1912-2006)

Hier, est mort, âgé de 94 ans, un des plus grands économistes de tous les temps, Milton Friedman, professeur à l'Université de Chicago de 1946 à 1976, chercheur au National Bureau of Economic Research, président de l'American Economic Association, cofondateur et président de 1970 à 1972 de la Société du Mont-Pèlerin et Prix Nobel d'Économie 1976 « pour ses résultats dans les domaines de l'analyse de la consommation, de l'histoire et de la théorie monétaire et pour sa démonstration de la complexité et la politique de stabilisation ».

Ce courageux défenseur de la liberté individuelle et du libre marché est né à Brooklyn, de parents juifs immigrés. Il obtint son diplôme d'économie à 20 ans à l'Université de Rutgers, son master à Chicago en 1933 et son doctorat à Columbia en 1940. Dès sa jeunesse, il commença à réfuter la « sagesse » conventionnelle ; dans sa thèse de doctorat, il accusa les membres de l'Association médicale américaine de pratiques monopolistiques et d'obtenir ainsi des revenus très au-dessus de leur niveau de compétitivité. C'est alors qu'il publia son livre Income from Independent Professional Practice - le premiers d'une série de 32 ouvrages extraordinaires -, où il critiquait les restrictions imposées à l'exercice de la profession permettant de facturer plus pour les services, critique qui sera rapidement élargie à tout type d'activité, comme électricien, plombier, coiffeur, cosmétologue et une multitude d'autres groupes qui parviennent à ce que la bureaucratie leur assigne des tâches exclusives, restreignant la concurrence.

Dans Théorie quantitative de la monnaie (1956), Friedman démolit la théorie keynésienne en montrant que l'augmentation de l'argent en circulation augmente les prix sans arriver à augmenter à long terme la production de biens et de services. En 1957, avec son livre A Theory of Consumption Function, il dégonfla la baudruche keynésienne qui voulait que les dépenses personnelles et familiales reflétaient les revenus actuels, alors qu'en réalité ils se basent plus sur les expectatives de revenus pour le reste de la vie. Friedman expliqua que la solution pour combattre l'inflation consistait pour la banque centrale à ne pas augmenter l'argent en circulation au-dessus de du PIB. En 1963, avec Anna Schwartz, il publia l'Histoire monétaire des États-Unis, où il expliquait que la Grande Dépression fut le résultat de l'instrumentation de politiques erronées de la Réserve fédérale. À la fin des années '60, Friedman et Edmund Phelps (qui vient de recevoir le Prix Nobel d'économie cette année) discréditèrent la courbe de Phillips, une supposée relation inversée entre inflation et chômage, enterrant définitivement le mythe entretenu par les étatistes de tous les partis qui voulait qu'en gonflant la masse monétaire on réduisait le chômage. Chose qui sera définitivement prouvé dans les années '70, quand les pays occidentaux souffrirent de la stagflation, terrible combinaison de l'inflation et de la récession économique, chose pourtant impossible selon la vulgate keynésienne.

Mais, ce n'est pas seulement sa vision de la monnaie qui octroya à Friedman sa renommée mondiale. Il disait d'ailleurs à son ami Hayek qu'un économiste qui ne s'occupait que d'économie était un mauvais économiste. C'est ainsi que dans Capitalisme et liberté (1962), il énonça nombre de ses principales idées, comme son opposition au service militaire obligatoire avec pour corollaire l'instauration d'une armée de professionnels volontaires, le change flottant des monnaies, l'impôt négatif sur le revenu qui est une aide aux plus pauvres et les chèques scolaires. Milton Friedman a sans doute été l'intellectuel le plus important, avec Friedrich Hayek, à répandre les idées libérales au 20e siècle. Non seulement avec Capitalisme et liberté, mais aussi entre 1966 et 1983 en faisant montre de sa capacité théorique et de sa clarté d'exposition en offrant aux lecteurs de Newsweek une vision de leurs problèmes quotidiens à partir d'une perspective libérale. En 1980, il publia son célébrissime Liberté de choisir, un excellent opus qui résumait une série de télévision dans laquelle Friedman donna cours à des millions d'Américains, face à la caméra, montrant clairement pourquoi la liberté est supérieure à la coaction de l'État pour que nos désirs deviennent réalité. Car, si Adam Smith immortalisa la métaphore de la « main invisible » pour expliquer comment de multiples actions menées en vue de l'intérêt propre se concluent, sur le marché, par le bien commun, Friedman, lui, expliqua que les activités étatiques étaient habituellement guidées par un « pied invisible » qui écrasait les citoyens et détruisait leurs rêves.

On a bien critiqué Friedman pour s'être rendu au Chili au temps de la dictature militaire pour y donner quelques conférences où il expliqua comment le libre marché aidait à décentraliser le pouvoir politique. Cependant, personne ne pipa mot lorsqu'il fit la même chose en 1975 en recommandant aux dirigeants de la dictature chinoise de faire exactement le contraire de ce qu'ils avaient fait jusqu'alors. Ce qui est certain, c'est que plusieurs de ses disciples réussirent à appliquer ses idées au Chili, avec le succès que l'on sait. Plus tard, il inspira les politiques libérales de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher qui redonnèrent une vigueur nouvelle et irrésistible à l'économie de leur pays respectifs, influençant au-delà tous les pays occidentaux.

Sans doute un des plus beaux hommages lui a été rendu cette année par Mat Laar, le Premier Ministre estonien qui révolutionna l'économie de son pays - celle qui a connu le plus grand succès parmi les pays qui se libérèrent de la tyrannie socialiste au début des années '90 - en appliquant les théories de Friedman. En recevant le prix qui porte le nom de l'économiste, Laar reconnut qu'en arrivant au pouvoir en 1992 l'unique livre d'économie qu'il avait lu était La liberté de choisir, et que ce qu'il y était dit relevait du sens commun. Les économistes de son pays l'avertirent bien que réformer l'Estonie en éliminant les barrières douanières, imposer un impôt au taux unique (flat tax) et privatiser toutes les entreprises publiques était tout aussi impossible que marcher sur les eaux. Laar ne les écouta pas, pour le plus grand bien des Estoniens.

Milton Friedman était, en définitive, un passionné de la liberté individuelle pour qui les marchés étaient la meilleure manière de coordonner les hommes libres pour qu'ils prospèrent. Une vision que tous les libéraux partagent. Mais surtout, il était un optimiste, comme l'indiquent les derniers mots de Capitalisme et liberté :

Notre structure basique des idées et le réseau entremêlé d'institutions libres prévaudront en grande mesure. J'ai la conviction que nous serons capables de préserver et d'élargir la liberté malgré la taille des programmes militaires et malgré les pouvoirs économiques concentrés à Washington. Mais nous serons capables de le faire seulement si nous sommes conscients de la menace à laquelle nous devons faire face ; seulement si nous persuadons nos semblables de ce que les institutions libres offrent une route plus sûre, même si parfois plus lente, que le pouvoir coercitif de l'État vers les objectifs auxquels nous aspirons. Et les étincelles de changement qui apparaissent dans le climat intellectuel sont un augure d'espoir.

 

(Sur le blog de son fils David - autre grand économiste et libertarien -, il est possible de laisser un message de condoléances. Et Glenn Reynolds, d'Instapundit, propose toute une série de liens.)

16 novembre 2006

Encore une fois, la route de la servitude

Un livre, écrit il y a 63 ans, alimente ces derniers jours une polémique entre deux prestigieux économistes dans les pages du Wall Street Journal. Rien de plus logique, ce livre, La route de la servitude de Friedrich Hayek, est sans doute le plaidoyer le plus important publié au 20e siècle en faveur de la liberté économique. William Easterly est le critique le plus pointu des propositions de Jeffrey Sachs pour combattre la pauvreté dans le monde et il va droit au coeur du problème : les propositions de Sachs, qui est l'assesseur du Secrétaire général des Nations Unies, présentent la même matrice que celle des économies centralement planifiées, qui toutes échouèrent lamentablement.

Hayek's great book [The Road to Serfdom] is all about the dangers of large-scale state economic planning, courageously written in 1944 when Soviet central planning, technocratic socialism and administrative control of the wartime economy appealed as a peacetime model to many New Dealers, celebrity economists and policy wonks of all stripes.

The countries that are now rich subsequently listened enough to Hayek and to common sense to avoid the road to serfdom. Yet today, Mr. Sachs (in his book "The End of Poverty") is peddling his own administrative central plan -- 449 steps in all -- to end world poverty. In his plan, the U.N. secretary-general (to whom he is an adviser) would supervise and coordinate thousands of international civil servants and technocratic experts to solve the problems of every poor village and city slum everywhere. Mr. Sachs is not in favor of central planning as an economic system, but he offers it as a solution, anyway, to the multifold problems of the world's poorest people. If you want the best analysis of why the approach of Mr. Sachs and his confreres in Hollywood and the U.N. will fail to end world poverty this time (as similar efforts failed over the past six decades), you can find it in Hayek.

 

Dans son dernier livre,  The White Man’s Burden - titre emprunté à un fameux poème de Rudyard Kipling -, Easterly explique que les programmes et les plans d'aide aux pauvres du monde - mis en oeuvre par des institutions comme la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International et, bien sûr, les Nations Unies - échouent car ils leur manquent quatre éléments :

  1. de feedbacks des bénéficiaires (consommateurs) de l'aide ;
  2. d'incitants (on retrouve ici le même phénomène de la malédiction du pétrole) ;
  3. d'audits indépendants et, par conséquent ;
  4. de bons résultats.

La critique d'Easterly est dévastatrice car son livre rapporte une multitude de données qui ne laissent guère place au doute : plus augmente l'« aide » de l'Occident aux pays pauvres, plus ceux-ci s'appauvrissent. La polémique n'est pas neuve, mais l'irruption du grand livre de Hayek l'enrichit et la résout, sur le plan des idées, en faveur d'Easterly, tout en l'élevant à un niveau plus élevé et plus large : pourquoi nos hommes politiques restent-ils fascinés - aliénés - par les idées aberrantes de planification centrale, pourquoi continuons-nous à enfanter des plans aussi ambitieux que vains et coûteux en prétendant vouloir dessiner le futur économique de millions de personnes depuis un bureau ou une table de conférence ?

15 novembre 2006

Un charbon sans gaz à effet de serre

Les anti-globalisations, comme les écologistes, sont abonnés aux mauvaises nouvelles. (Mauvaises pour eux, mais excellentes pour le reste du monde, faut-il le préciser.) Pour les premiers, parce que la pauvreté diminue dans le monde. Pour les derniers, parce que le génie humain prouve tous les jours à ces Cassandres que l'Humanité a encore de beaux jours devant elle. En effet, c'est le génie humain qui a permis de sauver des centaines de millions de gens de la famine et c'est la croissance qui permet de diminuer la pollution.

Ainsi donc, vient d'être développée une technologie (encore chère toutefois) qui permet d'extraire l'énergie du charbon sans le brûler. Le processus consiste à le gazéifier sous pression et à en extraire les composants.

Hydrogen from the coal will be burnt in gas turbines to produce electricity while the carbon dioxide, held largely responsible for global warming, will be syphoned off. Once separated from other gases, the gas will be pumped along pipes to the North Sea, where it will be stored beneath the sea floor.

 

D'un point de vue énergétique, c'est plus efficace. Et, ce qui ne gâte rien, ce processus contribue à la diminution d'émission de gaz à effet de serre. Sans diminuer notre consommation d'énergie. C'est-à-dire tout le contraire de ce que recherche un écologiste. De fait, un porte-parole de Greenpeace a déjà condamné cette technologie, prouvant que plus que de résoudre les problèmes environnementaux, cette organisation veut modifier notre style de vie selon ses critères.

14 novembre 2006

La malédiction du pétrole

Pourquoi les économies des pays en voie de développement disposant de moins de ressources naturelles ont connus de meilleurs résultats que celles de pays en disposant en abondance, comme le pétrole ? Telle est la terrible leçon des incitants. En effet, les importantes ressources fiscales qu'obtiennent les gouvernements des pays riches en pétrole sont une des principales causes de l'absence de réformes structurelles destinées à stimuler la productivité. Or sans ces réformes, la croissance économique bute contre un obstacle infranchissable. La raison en est très claire et elle est exposée par Richard M. Auty, professeur de géographie économique à l'Université de Lancaster, dans son livre Resource Abundance and Economic Development : les pays disposant d'abondantes ressources naturelles ont tendance à développer des États hypertrophiés aux vastes intérêts dont l'objectif est de capturer les rentes découlant de ces ressources, aux dépens de la cohérence dans la formulation et l'application de politiques publiques.

Apparaît là la nocivité des incitants pervers : l'abondance naturelle génère des grands groupes de pouvoir et de pression - les chasseurs de rentes - qui deviennent le principal obstacle aux réformes qui pourraient augmenter la productivité, justement parce que ces réformes mettent en danger l'appropriation de ces rentes exorbitantes. En revanche, les pays en voie de développement pauvres en ressources naturelles - pétrole, cuivre, charbon, terres fertiles, entre autres - sont fortement incités à faire les réformes qui tiennent compte de l'intérêt des majorités pauvres ; il existe une forte pression sociale pour générer la richesse au travers d'améliorations substantielles de la productivité.

Ces deux trajectoires opposées - des pays en voie de développement avec des riches ressources naturelles qui connaissent régulièrement des crises de la balance des paiements et qui éludent les réformes structurelles contre des pays en voie de développement pauvres en ressources qui font des réformes et soutiennent des politiques fiscales et monétaires responsables et prudentes - sont reprises dans un article d'Auty sur les cas du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan.

The IMF model of the economic transition stresses the role of macro policy reform. It concludes that rapid reform to a market economy is preferable to slow reform because late reformers experience very steep transition recessions and severe contractions in government revenues. However, the predictive power of the IMF model has weakened through the late-1990s. This is because it under-estimates the role of initial conditions that include the natural resource endowment as well as institutional capital and the legacy of produced capital. This paper demonstrates how the predictive power of the IMF model can be improved by taking account of the impact of natural resource abundance for the transition. Resource-abundance can feed corruption and diminish the urgency of reform, thereby intensifying the adverse effect of a retarded transition. It can also amplify the contraction of the non-booming tradeable sector due to Dutch disease effects. These adverse features are likely to be more severe where the resource endowment creates point source socio-economic linkages, as in mining, as opposed to the diffuse linkages associated with crop production by yeoman farmers. The detrimental effects of resource abundance are also likely to be more severe where institutional capital is deficient. Consistent with such a resource constrained variant of the IMF model; resource-abundant Kazakstan and Uzbekistan both delayed their reforms and both exhibit high levels of corruption relative to the transition economies as a whole. Also, economic recovery in Kazakstan is slower than the original IMF model predicts because investment in minerals strengthened the exchange rate and retarded economic diversification. In the case of Uzbekistan, a natural resource endowment that yielded especially buoyant crop revenues (that eased the foreign exchange constraint) helps to explain why the growth collapse is less than the unadjusted IMF model predicts for such a slow reformer. This explanation is still too simple, however. Uzbekistan also benefits from robust social capital and limited obsolete industry because they retard the decline in government revenue. Finally, the extended IMF model suggests that the Uzbek policy of gradual reform represses exports and intensifies economic distortions. This will lock the economy into a staple trap and lead to a growth collapse, as the experience of many resource-abundant developing market economies testifies.

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