15 décembre 2006

Des lois du travail rigides nuisent aux chômeurs

Les lois du travail québécoises expliquent en partie pourquoi le Québec connaît, depuis trois décennies, un taux de chômage systématiquement plus élevé que ses voisins, conclut une note économique de l’Institut économique de Montréal signée par l’économiste Nathalie Elgrably et intitulée « Le salaire minimum et la flexibilité du travail ». Qui plus est, le salaire minimum relativement élevé, conçu pour aider les travailleurs à faible revenu, vient dans les faits les pénaliser en favorisant leur exclusion du marché du travail.

L’étude part du constat que le marché du travail revêt une importance fondamentale dans l’économie, car c’est lui qui permet d’affecter le capital humain à ses usages les plus productifs. Dans le but de protéger les travailleurs, les gouvernements ont toutefois institué au fil des ans diverses contraintes institutionnelles qui ont eu pour effet de rendre ce marché moins flexible.

Les emplois au salaire minimum sont la porte d’entrée sur le marché du travail pour les individus les moins qualifiés, parmi lesquels on retrouve beaucoup de jeunes, d’immigrants et de femmes âgées. Ainsi, les deux tiers des personnes qui travaillent au salaire minimum ont moins de 25 ans. Les travailleurs les plus faiblement rémunérés sont par définition les moins productifs, de sorte que l’augmentation du salaire minimum a pour effet de hisser ce premier barreau de l’échelle du marché du travail à une hauteur qui devient inaccessible pour plusieurs, contribuant ainsi à les confiner au chômage.

Les hausses de salaire minimum ne contribuent pas à réduire la pauvreté, mais créent plutôt au moins un peu de chômage. Selon des chercheurs canadiens, une hausse de 10% du salaire minimum réduit l’emploi de 2,5% chez les adolescents. Or, Elgrably rappelle que c’est au Québec que le salaire minimum est le plus élevé en Amérique du Nord lorsque l’on tient compte des différences de niveau de vie, puisque le revenu annuel d’une personne travaillant à ce salaire représente 50% du PIB par habitant, la proportion la plus élevée du continent.

Pour vraiment aider les travailleurs à faible revenu, le gouvernement aurait plutôt avantage à recourir à des mesures de nature fiscale qui ont un effet beaucoup plus direct sur les revenus nets, sans les effets pervers sur le marché du travail et l’emploi que produit une hausse du salaire minimum :

Il est préférable d’aider les travailleurs directement que de manipuler le prix du travail, ce qui est destructeur d’emplois.

 

La « prime au travail », un crédit d’impôt remboursable sur le revenu d’emploi instauré par le gouvernement en 2005, représente un exemple de ce genre de mesures.

En plus du salaire minimum, l’Institut économique de Montréal aborde la relation entre flexibilité du marché du travail et chômage. Un marché rendu rigide par diverses lois, règlements et interventions étatiques fait en sorte d’augmenter les coûts et les risques liés à l’embauche, ce qui alimente le chômage :

Des chercheurs ont montré que le chômage augmente quand les lois régissant les relations de travail sont trop rigides.

 

Or,

[...] le Québec se trouve aussi au dernier rang des 60 États et provinces du continent pour ce qui est de la rigidité de sa législation.

 

Le Québec se distingue par ailleurs par des lois du travail qui sont parmi les plus favorables aux syndicats, la province étant l’endroit qui affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. Cette situation a des conséquences négatives importantes sur le plan de la flexibilité du travail. Ce ne sont pas des réglementations sévères qui assurent un emploi et un revenu plus élevé, conclut Elgrably, mais bien la rareté de la main-d’oeuvre par rapport à la demande dans un marché du travail flexible et dynamique.

14 décembre 2006

La prochaine vague de mondialisation

La mondialisation pourrait faire progresser les revenus moyens dans le monde à un rythme plus rapide dans les 25 années à venir qu'au cours des 25 dernières années, indique la Banque mondiale dans son nouveau rapport « Global economic prospects 2007 : managing the next wave of globalization », et les pays en développement joueront un rôle central à cet égard. En effet, ces pays atteindront cette année un niveau de croissance quasi record de 7 %. Et bien qu'il faille s'attendre à ralentissement en 2007 et 2008, cette croissance restera probablement supérieure à 6 %, soit plus du double de celle des pays à revenu élevé, laquelle devrait s'établir à 2,6 %. Considérant l'incidence qu'aura la mondialisation sur les perspectives des 25 prochaines années, le rapport de la Banque trace un scénario de base qui verra l'économie mondiale progresser de 35.000 milliards de dollars en 2005 à 72.000 milliards en 2030.

Cela n'est jamais qu'une légère accélération de la croissance mondiale comparé aux 25 dernières années, mais les solides performances des pays en développement en sont plus que jamais l'élément moteur.

 

A tenu à souligner Richard Newfarmer, principal auteur du rapport et conseiller économique au Département du commerce de la Banque.

Et s'il est vrai que les chiffres exacts finiront sans aucun doute par être différents, les tendances sous-jacentes sont relativement hermétiques à tous les chocs, si ce n'est les plus sévères ou perturbateurs d'entre eux.

 

Le commerce mondial des produits et services pourrait plus que tripler pour représenter, en 2030, 27.000 milliards de dollars, et la part des échanges dans l'économie mondiale passera du quart aujourd'hui à plus du tiers - une progression qui devrait être pour moitié environ le fait des pays en développement. Ces pays qui, voilà une vingtaine d'années seulement, fournissaient 14% des importations de produits manufacturés des pays riches en assurent aujourd'hui 40%, et en fourniront probablement plus de 65% à l'horizon 2030. Dans le même temps, la demande des pays en développement en matière d'importations s'impose peu à peu comme un élément moteur de l'économie mondiale.

La période d'expansion soutenue et généralisée ainsi envisagée pour les pays en développement aurait un effet significatif sur la pauvreté mondiale, comme le fait observer François Bourguignon, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement :

Le nombre de personnes ayant moins de 1 dollar par jour pour vivre pourrait être réduit de moitié, de 1,1 milliard actuellement à 550 millions en 2030. Mais certaines régions, notamment l'Afrique, courent le risque de rester à la traîne.

 

Pour les auteurs du rapport, un aspect particulièrement délicat sera de parvenir à ce que l'Afrique subsaharienne profite de la prochaine vague de mondialisation. Ses économies ont beau avoir vu leurs résultats s'améliorer ces dernières années, avec une croissance de 5,3 % en 2006 et une baisse escomptée de l'incidence de la pauvreté, les progrès d'ensemble restent trop lents. L'accroissement rapide de leur population et le gonflement du nombre des jeunes signifient, selon le rapport, que ces pays pourraient voir le nombre absolu d'individus vivant dans un état de pauvreté extrême rester à peu près constant. La pauvreté deviendra alors plus que jamais un problème propre à l'Afrique subsaharienne : selon les projections, la part des populations les plus déshéritées du globe qui vivent dans cette région doublerait d'ici à 2030. D'un autre côté, note le rapport, l'Afrique subsaharienne est aussi la région qui aurait potentiellement le plus à gagner d'une intégration économique, car elle pourrait tirer parti des technologies et des écarts de salaires pour parvenir durablement à un niveau de croissance plus élevé. Mais pour cela, ajoutent ses auteurs, des réformes d'imposent afin de renforcer le climat des investissements dans la région, ainsi qu'un surcroît d'aide pour ses infrastructures.

Il faut s'attendre à ce que beaucoup tirent avantage de la mondialisation car les fruits de cette croissance devraient être largement répartis : à l'horizon 2030, la Banque estime à 1,2 milliard le nombre d'habitants des pays en développement - 15% de la population du globe - qui feront partie de ce qu'elle appelle la « classe moyenne planétaire », contre 400 millions aujourd'hui. Les personnes dans cette catégorie disposeront d'un pouvoir d'achat de 4.000 à 17.000 dollars par tête et seront à même d'effectuer des voyages à l'étranger, d'acheter des voitures et autres biens de consommation haut de gamme, d'atteindre un degré d'instruction de niveau international et de contribuer de façon majeure à façonner les politiques et les institutions dans leur propre pays et au niveau de l'économie mondiale. Ainsi, l'incidence de l'extrême pauvreté sera ramenée d'environ 25 % aujourd'hui à moins de 8 %.

Le Grande-Bretagne perdrait 35 milliards d'euros si elle devait rejoindre l'euro

Comme on le sait, la Grande-Bretagne, a conservé sa monnaie nationale au lieu de rejoindre la zone euro à laquelle appartiennent douze pays de l'Union européenne. Le débat est vif dans le pays pour savoir si la Grande-Bretagne doit abandonner la livre sterling et employer également la monnaie européenne. Le think tank britannique Open Europe vient de faire le calcul des coûts que supposerait une telle intégration et le résultat est d'énorme proportion : 23,5 milliards de livres ou 34,8 milliards d'euros jusqu'à 2010, rien que pour le coût de la régulation européenne. L'étude d'Open Europe observe que beaucoup des 42 mesures proposées par le Plan d'Action des Services Financiers - organisme créé en 1999 et qui a pour objectif de créer un marché commun européen - coûteront plus qu'elles n'apporteront de bénéfices.

L'étude a été réalisée en collaboration avec de nombreuses banques et entreprises financières de tous types et avec des associations tel que l'Institut des Comptables, l'Association de la Banque d'Investissement de Londres, celle des assurances britanniques ou la Corporation de Londres. Open Europe rapporte qu'au départ une grande partie de l'industrie financière britannique appuya l'idée du PASF, mais que durant les négociations au sein du Conseil de l'Union européenne beaucoup des mesures les plus importantes furent modifiées de telle façon qu'elles altérèrent voire même contredirent les objectifs initiaux. Le résultat final porte gravement préjudice à la Grande-Bretagne, malgré le fait que Londres soit le centre financier le plus important de l'Union européenne.

Michael Spencer, de l'ICAP, considère que ce serait une tragédie si la surréglementation de l'Union européenne devait s'abattre sur Londres, au moment même où la City est sur le point de dépasser New York. En effet, une partie trop importante de la législation du PASF sert plus à protéger les agents inefficients qu'à d'ouvrir réellement les marchés à la libre concurrence. De fait, selon l'économiste Alan Brown, beaucoup des autres États membres semblent être plus préoccupés de se protéger de la concurrence à l'intérieur de l'Europe que de faire face à la concurrence à niveau mondial. Malheureusement, l'étude d'Open Europe se focalise sur la Grande-Bretagne et ne dit rien des coûts supportés par les pays membres de la zone euro. Or voilà bien des informations qui eussent été utiles.

06 décembre 2006

750.000 € pour une robe

Et on viendra encore prétendre que la valeur est objective ! Il s'agit de celle qu'Audrey Hepburn portait dans Breakfast at Tiffany’s. L'écrivain français Dominique Lapierre, qui en était le propriétaire jusqu'à maintenant, est enchanté parce qu'il va consacrer cette fabuleuse somme pour « acheter des briques et du ciment qui serviront à construire des écoles pour les enfants les plus pauvres du monde ».

De cette transaction, on peut retenir deux leçons. Tout d'abord, que la théorie marxiste de la valeur est une supercherie réfutée quotidiennement, pas par des théoriciens, mais par la réalité, qui est très obtuse et contre-révolutionnaire. Ensuite, que le capitalisme fonctionne si bien qu'un multimillionnaire capricieux - qui se fiche sans doute complètement des enfants d'Inde ou d'ailleurs - va financer leurs écoles grâce à un simple morceau de tissu. Main invisible, préférence temporelle de la demande ? Qui sait. Le fait est qu'une personne, sans coaction aucune, va lâcher de l'argent directement à ceux qui en ont besoin. Voilà ce qui s'appelle une « redistribution » intelligente. Tous les acteurs sont bénéficiaires. L'acheteur a sa robe ; Lapierre, la conscience tranquille ; et les enfants de la rue, une école. Que demande le peuple ?

28 novembre 2006

Réglementation et corruption

Partant des indices de corruption publié par Transparency International et ceux de Doing Bussiness sur les réglementations, Christine Bowers montre qu'il existe une forte corrélation entre ces deux séries de chiffres :

The 2006 Corruption Perceptions Index, out today, "reinforces [the] link between poverty and corruption [and] shows the machinery of corruption remains well-oiled, despite improved legislation." Transparency International finds that corruption is "rampant" in almost half the countries on the list. Brazil and the US are among those with an increase in perceived corruption, while India and Turkey are perceived as less corrupt this year. Press release, data, and map.

Corruption is also strongly correlated with a country's position on our
Doing Business rankings. Each procedure a business must follow represents an opportunity for a bribe. Fewer interactions with government bureaucrats, less opportunity for corruption. I took a quick look and plotted all countries that are ranked in both indices - my graph is after the jump.

22 novembre 2006

Patriotisme économique

L'annonce de la suppression de près de 4.000 emplois chez Volkswagen Forest (Bruxelles) a suscité un immense émoi parmi les travailleurs. D'après les modèles économiques du Bureau fédéral du plan et de la Banque nationale, la restructuration de Volkswagen pèsera l'an prochain sur la croissance de l'économie belge à hauteur de 0,2 point de pourcentage et coûtera entre 8.000 et 12.000 emplois. Voilà le coût du  « patriotisme économique », tant vanté par les socialistes de tous les partis. Comme le rappelle Constantin :

C'est là que l'illusion socialiste et le protectionnisme, boomerang idéologique de nos édiles, leur revient en pleine poire. Petit flashback : il y a quelques mois, Interbrew, ou plutôt InBev, délocalise une partie de ses services financiers, d'achats et d'exportations en Hongrie et en Tchéquie. A l'époque, les politiciens, tels de joyeux petits Gavroche, montent sur les barricades et s'en donnent à coeur joie. "C'est un scandale !", "Inbev est devenu un groupe international qui oublie ses racines". Vilains, méchants ! L'indignation, ça vend bien, et le protectionnisme primaire attire l'électeur. Nos braves politiciens peuvent se réjouir, car VW les a entendus et n'oublie pas ses racines : "Deutshland über alles !". Et les mêmes politiciens, dociles petites girouettes, d'accuser VW de nationalisme et de protectionnisme. Ils n'ont pas tort. L'usine de Forest, pourtant classée deuxième dans le groupe en termes de productivité passera à la trappe. Aucne logique industrielle là-dedans, simple réflexe nationaliste (qui, entre parenthèses, coûtera de l'argent aux actionnaires de VW). Nos politiciens ont juste la mémoire courte et oublient qu'eux-mêmes prônent la même attitude dès qu'il s'agit d'entreprises belges. Je doute fort cependant que le cas VW leur rappelle enfin que le protectionnisme, ou, pour parler la langue de bois, le "nationalisme économique", est une idéologie néfaste à double tranchant.

 

Les syndicats veulent la fin des délocalisations, ils sont servis. Tiens, fume, c'est du belge !

16 novembre 2006

Encore une fois, la route de la servitude

Un livre, écrit il y a 63 ans, alimente ces derniers jours une polémique entre deux prestigieux économistes dans les pages du Wall Street Journal. Rien de plus logique, ce livre, La route de la servitude de Friedrich Hayek, est sans doute le plaidoyer le plus important publié au 20e siècle en faveur de la liberté économique. William Easterly est le critique le plus pointu des propositions de Jeffrey Sachs pour combattre la pauvreté dans le monde et il va droit au coeur du problème : les propositions de Sachs, qui est l'assesseur du Secrétaire général des Nations Unies, présentent la même matrice que celle des économies centralement planifiées, qui toutes échouèrent lamentablement.

Hayek's great book [The Road to Serfdom] is all about the dangers of large-scale state economic planning, courageously written in 1944 when Soviet central planning, technocratic socialism and administrative control of the wartime economy appealed as a peacetime model to many New Dealers, celebrity economists and policy wonks of all stripes.

The countries that are now rich subsequently listened enough to Hayek and to common sense to avoid the road to serfdom. Yet today, Mr. Sachs (in his book "The End of Poverty") is peddling his own administrative central plan -- 449 steps in all -- to end world poverty. In his plan, the U.N. secretary-general (to whom he is an adviser) would supervise and coordinate thousands of international civil servants and technocratic experts to solve the problems of every poor village and city slum everywhere. Mr. Sachs is not in favor of central planning as an economic system, but he offers it as a solution, anyway, to the multifold problems of the world's poorest people. If you want the best analysis of why the approach of Mr. Sachs and his confreres in Hollywood and the U.N. will fail to end world poverty this time (as similar efforts failed over the past six decades), you can find it in Hayek.

 

Dans son dernier livre,  The White Man’s Burden - titre emprunté à un fameux poème de Rudyard Kipling -, Easterly explique que les programmes et les plans d'aide aux pauvres du monde - mis en oeuvre par des institutions comme la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International et, bien sûr, les Nations Unies - échouent car ils leur manquent quatre éléments :

  1. de feedbacks des bénéficiaires (consommateurs) de l'aide ;
  2. d'incitants (on retrouve ici le même phénomène de la malédiction du pétrole) ;
  3. d'audits indépendants et, par conséquent ;
  4. de bons résultats.

La critique d'Easterly est dévastatrice car son livre rapporte une multitude de données qui ne laissent guère place au doute : plus augmente l'« aide » de l'Occident aux pays pauvres, plus ceux-ci s'appauvrissent. La polémique n'est pas neuve, mais l'irruption du grand livre de Hayek l'enrichit et la résout, sur le plan des idées, en faveur d'Easterly, tout en l'élevant à un niveau plus élevé et plus large : pourquoi nos hommes politiques restent-ils fascinés - aliénés - par les idées aberrantes de planification centrale, pourquoi continuons-nous à enfanter des plans aussi ambitieux que vains et coûteux en prétendant vouloir dessiner le futur économique de millions de personnes depuis un bureau ou une table de conférence ?

15 novembre 2006

Un charbon sans gaz à effet de serre

Les anti-globalisations, comme les écologistes, sont abonnés aux mauvaises nouvelles. (Mauvaises pour eux, mais excellentes pour le reste du monde, faut-il le préciser.) Pour les premiers, parce que la pauvreté diminue dans le monde. Pour les derniers, parce que le génie humain prouve tous les jours à ces Cassandres que l'Humanité a encore de beaux jours devant elle. En effet, c'est le génie humain qui a permis de sauver des centaines de millions de gens de la famine et c'est la croissance qui permet de diminuer la pollution.

Ainsi donc, vient d'être développée une technologie (encore chère toutefois) qui permet d'extraire l'énergie du charbon sans le brûler. Le processus consiste à le gazéifier sous pression et à en extraire les composants.

Hydrogen from the coal will be burnt in gas turbines to produce electricity while the carbon dioxide, held largely responsible for global warming, will be syphoned off. Once separated from other gases, the gas will be pumped along pipes to the North Sea, where it will be stored beneath the sea floor.

 

D'un point de vue énergétique, c'est plus efficace. Et, ce qui ne gâte rien, ce processus contribue à la diminution d'émission de gaz à effet de serre. Sans diminuer notre consommation d'énergie. C'est-à-dire tout le contraire de ce que recherche un écologiste. De fait, un porte-parole de Greenpeace a déjà condamné cette technologie, prouvant que plus que de résoudre les problèmes environnementaux, cette organisation veut modifier notre style de vie selon ses critères.

14 novembre 2006

La malédiction du pétrole

Pourquoi les économies des pays en voie de développement disposant de moins de ressources naturelles ont connus de meilleurs résultats que celles de pays en disposant en abondance, comme le pétrole ? Telle est la terrible leçon des incitants. En effet, les importantes ressources fiscales qu'obtiennent les gouvernements des pays riches en pétrole sont une des principales causes de l'absence de réformes structurelles destinées à stimuler la productivité. Or sans ces réformes, la croissance économique bute contre un obstacle infranchissable. La raison en est très claire et elle est exposée par Richard M. Auty, professeur de géographie économique à l'Université de Lancaster, dans son livre Resource Abundance and Economic Development : les pays disposant d'abondantes ressources naturelles ont tendance à développer des États hypertrophiés aux vastes intérêts dont l'objectif est de capturer les rentes découlant de ces ressources, aux dépens de la cohérence dans la formulation et l'application de politiques publiques.

Apparaît là la nocivité des incitants pervers : l'abondance naturelle génère des grands groupes de pouvoir et de pression - les chasseurs de rentes - qui deviennent le principal obstacle aux réformes qui pourraient augmenter la productivité, justement parce que ces réformes mettent en danger l'appropriation de ces rentes exorbitantes. En revanche, les pays en voie de développement pauvres en ressources naturelles - pétrole, cuivre, charbon, terres fertiles, entre autres - sont fortement incités à faire les réformes qui tiennent compte de l'intérêt des majorités pauvres ; il existe une forte pression sociale pour générer la richesse au travers d'améliorations substantielles de la productivité.

Ces deux trajectoires opposées - des pays en voie de développement avec des riches ressources naturelles qui connaissent régulièrement des crises de la balance des paiements et qui éludent les réformes structurelles contre des pays en voie de développement pauvres en ressources qui font des réformes et soutiennent des politiques fiscales et monétaires responsables et prudentes - sont reprises dans un article d'Auty sur les cas du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan.

The IMF model of the economic transition stresses the role of macro policy reform. It concludes that rapid reform to a market economy is preferable to slow reform because late reformers experience very steep transition recessions and severe contractions in government revenues. However, the predictive power of the IMF model has weakened through the late-1990s. This is because it under-estimates the role of initial conditions that include the natural resource endowment as well as institutional capital and the legacy of produced capital. This paper demonstrates how the predictive power of the IMF model can be improved by taking account of the impact of natural resource abundance for the transition. Resource-abundance can feed corruption and diminish the urgency of reform, thereby intensifying the adverse effect of a retarded transition. It can also amplify the contraction of the non-booming tradeable sector due to Dutch disease effects. These adverse features are likely to be more severe where the resource endowment creates point source socio-economic linkages, as in mining, as opposed to the diffuse linkages associated with crop production by yeoman farmers. The detrimental effects of resource abundance are also likely to be more severe where institutional capital is deficient. Consistent with such a resource constrained variant of the IMF model; resource-abundant Kazakstan and Uzbekistan both delayed their reforms and both exhibit high levels of corruption relative to the transition economies as a whole. Also, economic recovery in Kazakstan is slower than the original IMF model predicts because investment in minerals strengthened the exchange rate and retarded economic diversification. In the case of Uzbekistan, a natural resource endowment that yielded especially buoyant crop revenues (that eased the foreign exchange constraint) helps to explain why the growth collapse is less than the unadjusted IMF model predicts for such a slow reformer. This explanation is still too simple, however. Uzbekistan also benefits from robust social capital and limited obsolete industry because they retard the decline in government revenue. Finally, the extended IMF model suggests that the Uzbek policy of gradual reform represses exports and intensifies economic distortions. This will lock the economy into a staple trap and lead to a growth collapse, as the experience of many resource-abundant developing market economies testifies.

10 novembre 2006

Les 35 heures

Le Fonds Monétaire International vient de publier une étude de Marcello Stevao et Filipa Sá sur l'impact de la législation française de la semaine de travail de 35 heures. Résultat ? La loi a réduit les options pour un nombre significatif de travailleurs.

  • Le nombre de personnes qui ont dû trouver un second emploi pour maintenir leur niveau de vie a augmenté.
  • Il y a eu un flux net des travailleurs des grandes entreprises vers les petites (ces dernières n'étant pas concernées par la législation) et cela pour deux raisons :
    - en premier lieu, comme sortie de secours pour de nombreux travailleurs face à la loi des 35 heures ;
    - ensuite, parce que les grandes entreprises ont vu augmenter leurs coûts salariaux et ont fait face à ceux-ci en renvoyant du personnel.
    Dans les deux cas, ce sont les travailleurs qui ont été préjudiciés.
  • La loi a complètement échoué dans son objectif déclaré de créer de l'emploi.
  • Les travailleurs français ne démontrent pas être plus satisfaits que les travailleurs du reste de l'Europe.

07 novembre 2006

Le protectionnisme concentre les bénéfices et distribue les coûts

Dans un article de Walter Williams paru dans le Washington Times et intitulé « Trade charade », on trouve des données intéressantes fournies par l'Institute for International Economics :

  • Les barrières douanières et les quotas sur l'importation de sucre aux États-Unis sauvèrent 2.261 postes de travail durant les années '90. Comme conséquence de ces restrictions, les ménages moyens payèrent un excédent de 21 dollars par an pour le sucre. Le coût total pour les foyers fut de 826.000 dollars pour chaque poste sauvé.
  • Les restrictions sur le commerce de valises ont sauvé 226 postes de travail et ont coûté aux consommateurs 1,2 millions de dollars pour chaque emploi sauvé.
  • Les restrictions sur les vêtements et les textiles ont permis de conserver 168.786 emplois et coûtent près de 200.000 dollars par poste.

La question se pose, dès lors, de savoir pourquoi nombreuses sont les personnes qui non seulement ne sont pas opposées au protectionnisme, mais qui souvent l'appuient, directement ou indirectement ? Plusieurs raisons :

  • Tous, nous sommes à la fois producteurs et consommateurs. Malheureusement, nous sommes plus directement conscients de nos intérêts immédiats comme producteurs que comme consommateurs. Notre intérêt comme producteur est facile à identifier, qu'il s'agisse de gains, de salaires, de commissions, etc. Par contre notre intérêt comme consommateurs est dilué dans l'immense quantité de produits que nous achetons.
  • Les chiffres que cite Williams nous montrent que le préjudice occasionné par les restrictions commerciales, prises une par une, du protectionnisme apparaît comme minime, ce qui renforce le point antérieur. Nonobstant, si nous additionnons tous les coûts supplémentaires, le résultat est bien différent.
  • Les producteurs sont, de très loin, mieux organisés que les consommateurs. De plus, ils peuvent faire appel au pires démons du nationalisme et du patriotisme.

17 octobre 2006

Grands économistes sans Nobel

Le « Prix Nobel d'économie » (officiellement, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel) a été fondé en 1968 et il a été décerné pour la première fois en 1969. Dans Cafe Hayek, Don Boudreaux cite divers grands économistes, toujours vivants en 1969, qui auraient bien mérité ce prix. Par ordre alphabétique :

  1. Peter Bauer : pour ses travaux sur le développement économique et sa position contre les idées dominantes concernant les aides économiques.
  2. Frank Knight : son livre Risk, Uncertainty, and Profit est une grande oeuvre qui montre clairement les fondements de la concurrence parfaite, mais sans jamais oublier qu'il ne s'agit seulement que d'une abstraction.
  3. Fritz Machlup : pour ses importantes contributions aux théories du commerce international, des finances internationales, de l'organisation industrielle, et à la méthodologie ; il fut également un pionnier dans l'économie de la connaissance.
  4. Ludwig von Mises : il démontra l'inefficacité de la planification centralisée ; sa liste de disciples est impressionnante et aurait dû suffire pour justifier le prix Nobel.
  5. Oskar Morgenstern : pour son introduction innovatrice de la théorie des jeux dans l'économie.
  6. Joan Robinson : pour son livre Economics of Imperfect Competition, malgré les erreurs.
  7. Julian Simon : il fut en avance sur son temps ; sa conception de la créativité humaine comme la ressource suprême est d'une incroyable importance.

S'il fallait les classer selon l'importance de leurs contributions, le classement pourrait être :

  1. Mises
  2. Simon
  3. Bauer
  4. Machlup
  5. Ex aequo : Knight, Morgenstern, Robinson

14 octobre 2006

Le banquier des parias

C'est le principal banquier de son pays, le Bengladesh. Jamais, il n'a fait oeuvre de charité. Le mot solidarité ne fait pas partie de son vocabulaire. Il ne croit pas que l'État puisse résoudre le problème de la pauvreté qui touche la majeure partie des 120 millions de ses compatriotes. Il n'a aucune confiance dans les organisations non gouvernementales occidentales. Il croit que ce sont les pauvres qui doivent s'aider eux-mêmes pour s'en sortir. En tant que professeur d'économie, il défend devant ses élèves que le problème du sous-développement n'est pas créé par le marché, mais précisément par son absence. Il pense que les subventions et les subsides détruisent l'initiative et la dignité de ceux qui les reçoivent. Il a convaincu des centaines de guérilleros marxistes d'abandonner les kalachnikov en échange d'une participation dans Grameen Trust, la multinationale qu'il dirige et qui opère déjà dans plus de 60 pays. Des millions de Bengalis doivent de l'argent à son organisation. Ses techniques d'ingénierie financière ont été importées par les états-Unis. Il s'appelle Muhammad Yunus et il vient de recevoir le prix Nobel de la Paix.

1977. Les images d'enfants mourrant de faim au Bangladesh font la une des journaux télévisés du monde et la machinerie de la coopération et l'industrie de la solidarité se mettent en branle. Depuis cette date jusqu'à aujourd'hui, ce pays a reçu plus de 30 milliards de dollars. Bien sûr, il faut décompter le coût des rapports des experts et des consultants occidentaux, les salaires des centaines de conseillers installés dans le pays pour offrir leur aide et la valeur des biens d'équipements destinés à créer des infrastructures. Au total, 75% des 30 milliards. Par ailleurs on estime que les 25% restants ont été employés à rétribuer les experts, consultants, conseillers, fonctionnaires et politiciens locaux qui devaient décider de l'emploi de cette manne. Pas un seul dollar pour les gens !

1977. Comme chaque jour, après avoir exposé devant ses élèves l'élégante formulation mathématique de la théorie macro-économique, le professeur Yunus quitte l'université et rentre chez lui en enjambant les corps faméliques qui se traînent dans les rues. Son regard s'arrête un instant sur une femme qui, dans la pénombre d'un portail, à genoux, tresse des feuilles de bambou. Il s'intéresse à son travail. Cette femme lui raconte qu'elle fabrique des tabourets et que le bambou, la matière première, coûte cinq takas, somme qu'elle emprunte. Ce jour, le professeur Yunus découvrit qu'hors des auditoires universitaires la différence entre manger ou non, la différence entre la vie et la mort pouvait se quantifier en cinq takas, 22 cents centimes de dollars, à l'époque.

Le jour suivant, il fit une autre découverte : on peut fonder une banque sans aucune connaissance en finances. En sortant de son cours, il retrouva la femme, lui parla et lui avança l'argent pour le bambou. Il finit la journée en ayant prêté un total de 27 dollars à 40 personnes, des femmes en grande majorité, parias entre les parias. Ce jour naquit la Grameen Bank. Ensuite, Yunus se tourna vers la Fondation Ford, il exposa son projet et demanda un aval de 800.000 dollars pour le mettre en marche. On les lui concéda. Aujourd'hui, la banque prête chaque mois près de 40 millions de dollars, emploie 12.000 personnes et possède plus de mille bureaux. Mais sa manière de travailler n'a pas varié : considérer que les pauvres sont solvables. Il n'y a pas de paperasses. On ne signe pas de contrat. Personne ne fait appel aux tribunaux en cas de d'impayés. Le seul lien entre la banque et ses clients est la confiance. Et cela marche. La Grameen Bank a un taux de remboursement des crédits de 94%, un pourcentage qui la place au-dessus de toutes les banques du pays et dans la majorité de celles du reste du monde. Et on peut faire cette comparaison parce qu'il s'agit d'une entité qui agit selon une pure optique commerciale et de profit : elle touche des intérêts et tente d'achever ses exercices comptables en faisant des bénéfices. Mais surtout parce que, contrairement aux programmes d'aides traditionnels, cette banque considère que ce sont les gens eux-mêmes qui savent le mieux se qu'ils doivent faire avec l'argent emprunté et, dès lors, ne s'immisce pas dans leurs affaires.

Que dire de plus, sinon saluer ce prix Nobel qui récompense un original défenseur du libéralisme qui se situe à cent lieues de l'anti-capitalisme et le citer :

Il ne s'agit pas d'être contre, mais de proposer des solutions. Je ne suis pas contre la mondialisation. Je crois en la liberté de marché. Celui-ci n'est pas sale. Je suis persuadé qu'il peut favoriser l'émergence d'une génération d'entrepreneurs sociaux, plus intéressés par le bien-être collectif que par un jeu très personnel.

26 septembre 2006

Pourquoi les politiciens sont-ils si nuls en économie ?

Premier élément de réponse : Parce qu'une bonne économie n'est pas une bonne affaire pour les groupes de pression, or les politiciens - surtout les législateurs des démocraties « représentatives » - doivent donner des gages à ces groupes. C'est ainsi qu'une couple de sénateurs nord-américains propage une curieuse thèse économique pour justifier les barrières douanières plus élevées qui bloquent les importations provenant de Chine. Pour qu'existe le libre commerce mondial, doivent exister entre les pays qui commercent des taux de change flottants. Si l'on accepte cette thèse, il convient donc d'accepter ses conséquences. Comme la monnaie chinois, le yuan, ne flotte pas librement face au dollar, il est parfaitement compatible avec le libre commerce de taxer fortement les marchandises chinoises.

Bien entendu la thèse des sénateurs Charles Schumer et Lindsey Graham est fausse. Le commerce libre fonctionne aussi bien avec des taux de change fixes que flottants. Ou, comme le rappelle Greg Mankiw, professeur de Harvard, aux sénateurs : « There is nothing inconsistent between free trade and fixed exchange rates » ; et renvoie les sénateurs rien moins qu'à Hume qui expliqua au 18e siècle comment florissait le libre commerce avec des taux de change fixes liés à l'étalon-or, au travers des ajustements de prix des biens en accord avec l'offre et la demande. Par ailleurs, Mankiw nous offre une reductio ad absurdum pour réfuter la sottise des sénateurs. Puisque le taux de change est fixe entre New York et la Caroline du Sud, faut-il taxer le commerce entre ces deux États de l'Union pour qu'il s'ajuste à certain modèle indéchiffrable du « libre commerce » ?

Bien entendu, ces sénateurs ne cherchaient pas à découvrir une nouvelle théorie qui révolutionnerait l'économie mondiale, mais seulement à justifier une mesure - l'augmentation des tarifs douaniers - qui devrait plaire à une partie de leurs électeurs. À une partie minoritaire, minuscule en fait, de ces électeurs, mais extraordinairement bien organisée. Et au détriment des intérêts de la majorité de leurs électeurs qui, comme consommateurs, tirent bénéfice des prix plus bas des marchandises chinoises.

Ainsi fonctionne la logique de l'action collective, comme l'a brillamment expliqué Mancur Olson : dans une démocratie représentative, les petits groupes organisés autour d'un intérêt bien précis ont plus de pouvoir que les groupes majoritaires, dispersés et possédant des intérêts divers. Pour les consommateurs, le coût du lobbying auprès des parlementaires est trop élevé par rapport au gain marginal qu'ils pourraient en retirer ; en revanche, pour les groupes de pression, ces coûts sont justifiés par les rentes qu'ils obtiennent avec une législation favorable à leurs intérêts. C'est pour cette raison, entre autres, que nombreux sont les politiciens fanatiques de la mauvaise économie. (Et qui détestent le bon journalisme économique et les professeurs d'économie, comme Mankiw, qui ont le mauvais goût de les remettre en place.)

20 septembre 2006

Pentium IV à 150 euros

La Chine serait sur le point de commencer la production en série des microprocesseurs « Godson », de fabrication nationale, dont le modèle 2E possède un rendement équivalent aux premières séries des « Pentium 4 » d'Intel. Au mois d'avril dernier, l'Académie des Sciences de Chine avait déjà annoncé que les premiers ordinateurs possédant ces microprocesseurs seraient sur le marché local pour juin, à un prix tournant autour des 1.500 yuans (quelques 150 euros), bien que maintenant elle précise que ce serait plutôt vers la fin de l'année.

Les microprocesseurs de la série « Godson », connus en Chine sous le poétique nom mandarin de « Longxing » (puce du dragon), sont sortis sur le marché en 2002, égalant alors les performances des « Pentium 486 » d'Intel. Avec 47 millions de transistors incorporés, cette CPU chinoise est capable de réaliser 4 milliards de calculs à la seconde, à une fréquence d'un gigahertz, ce qui, selon la presse chinois, lui a permis de concurrencer le « Pentium 4 » de deux gigahertz. L'équipe de chercheurs qui développe ce microprocesseur a publié à ce jour 39 thèses, obtenu 12 brevets et espère les utiliser en 2008 pour la prochaine génération de supercalculateurs chinois.

Serait-ce la fin d'Intel ou d'AMD ? Impossible de le dire. Mais la grande question est : à partir de quand allons-nous entendre les cris d'orfraies et les gémissements suppliant d'augmenter les droits de douane frappant les ordinateurs chinois pour « défendre la concurrence » ? Heureusement, les bureaucrates sont là pour protéger les consommateurs occidentaux du péril jaune.