20 décembre 2006

Échos d'Iran (2)

Dans une note précédente, il a été fait mention des manifestations étudiantes qui ont récemment secoué l'Iran, des luttes de pouvoir à la tête de l'État iranien et des difficultés de l'industrie pétrolière de ce pays. Depuis, après s'être vu traité de « fasciste » par des étudiants, Ahmadinejad vient de voir ses partisans mis en échec lors des élections municipales. Mais au-delà de ces problèmes apparents, l'Iran semble touché plus profondément encore.

Dans un très intéressant article publié par l'Iran Press Service et intitulé « Jihadis and Whores », Spengler se penche sur le taux de natalité de l'Iran, qui est si bas qu'en l'espace d'une génération le pays pourrait avoir une population aussi vieille que celle d'Europe, et prédit un effondrement de la société iranienne vers 2030. Selon lui, les Iraniens seraient arrivés à la conclusion qu'ils n'ont plus de futur et se refusent, dès lors, à avoir des enfants. Une fois qu'une population a décidé de s'éteindre, personne ne peut l'empêcher.

Un autre phénomène - peut-être à mettre en relation avec l'antérieur - est celui des prostituées iraniennes, qui prolifèrent en Europe et dans le monde arabe. Celles-ci, par exemple, constitueraient les 10 à 15% des prostituées en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie. Et bien qu'il soit difficile de connaître le nombre de prostituées qui travaillent en Iran, rien qu'à Téhéran, on estime qu'elles sont 300.000.

Si ces chiffres et ces tendances devaient se confirmer, nous aurions là la preuve tangible de l'échec complet du régime des ayatollahs, qui serait condamné à moyen terme. En espérant que tout ceci ne le rende pas plus dangereux encore à court terme.

15 décembre 2006

Welcome to the real world, Mr. Annan

Kofi Annan abandonne enfin son poste de Secrétaire général des Nations Unies après dix ans d'échecs et de scandales successifs. Il a choisi le public nord-américain du Missouri pour donner son dernier discours officiel dans la Bibliothèque et Musée présidentiel Harry Truman, président des États-Unis et promoteur des Nations Unies. Il profita de l'occasion pour récriminer durement contre Washington pour avoir abandonné le multilatéralisme, laissé de côté la défense des droits de l'homme dans sa lutte contre le terrorisme et légitimé le recours à la violence pour son usage propre. De plus, il rappela aux États-Unis que chacun des États et chacune des organisations sont responsables de la sécurité globale et responsables de leurs actions au niveau international et national. Être responsable c'est, en définitive, ce qu'Annan dit avoir appris durant toutes ces années passée à la tête de l'ONU. C'est l'homme responsable de l'énorme fraude du programme « Pétrole contre nourriture » et d'autres cas de corruptions qui l'affirme.

Que Kofi Annan demande aux survivants du Darfour ce qu'ils pensent de la responsabilité et des droits de l'homme auxquels il se réfère. Depuis qu'en avril 2004, durant la commémoration du génocide ruandais, le Secrétaire général avisait la communauté internationale qu'il fallait faire quelque chose, y compris intervenir militairement si cela était nécessaire, pour freiner la plus grande crise humanitaire du monde, une seule chose est claire : entre 300.000 et 500.000 morts, 2,5 millions de réfugiés et une très dangereuse extension du conflit et de l'instabilité vers les pays voisins, Tchad et République centrafricaine. On ne sait pas trop ce qu'a appris Annan durant son mandat, mais il n'a toujours pas compris qu'il ne suffit pas de condamner les actes et de se plaindre des catastrophes humanitaires. Et que cela ne sert à rien d'envoyer une poignée de soldats africains sous-équipés. Ni même créer un tout nouveau Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies qui durant ses six premiers mois de vie a été incapable de consacrer une session au drame du Darfour.

Annan demande plus de responsabilité aux États en pointant un doigt accusateur vers les États-Unis. Mais l'Europe assume-t-elle une quelconque responsabilité ? Et la Ligue arabe ? Et Annan de se demander dans son discours dans le Missouri :

Vous, les Américains, avez fait beaucoup pour construire un système multilatéral effectif, avec l'ONU comme point central. En avez-vous moins besoin aujourd'hui, ou celui-ci a-t-il moins besoin de vous qu'il y a 60 ans ?

 

Mais qui a besoin d'une organisation dans laquelle plus personne ne croit ?

07 décembre 2006

Échos d'Iran

Manifestations étudiantes : parmi les slogans, on pouvait lire « Death to Dictatorship », « Students For Workers », « We have nothing to lose to defend freedom », « Students & Workers, Unity Unity », « Free political prisoners now », « Boycotte the sham elections ».

Dans le même temps, l'équipe de Pajamas Media annonce que le chef suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est hospitalisé dans le plus grand secret. À ce qu'il semble, Khamenei, atteint d'un cancer, souffrirait maintenant d'un grave problème cardiaque. Tout ceci nous amène à nous poser toute une série de questions sur ce qui pourrait se passer dans les hautes sphères du pouvoir à Téhéran, plongées dans un sourde mais intense lutte pour le pouvoir. Comme on le sait, il y a quelques jours, le Conseil suprême a raccourci d'un an le mandat d'Ahmadinejad, en convoquant des élections anticipées, ce qui, dans ce pays, est loin d'être innocent. Le tout dans un contexte troublant qui a vu disparaître une bonne partie de la coupole militaire dans des accidents aériens à répétition.

Sans parler des problèmes croissants de l'industrie pétrolière iranienne. En effet, on sera surprendre d'apprendre que l'Iran, avec tout pétrole qui se trouve sous ses pieds, est importateur de la majeure partie de l'essence qu'il nécessite. Simplement parce que ce pays ne parvient pas à transformer en quantité suffisantes le pétrole en un produit prêt à l'emploi. Si l'on tient compte également des problèmes propres à l'extraction de ce même pétrole, il apparaît que le pouvoir iranien que l'on attribue à l'Iran est loin d'être aussi déterminant que l'on pourrait le croire à première vue.

01 décembre 2006

Corruption dans le royaume de Chávez

À l'approche de l'élection présidentielle du 3 décembre, les Vénézuéliens feraient bien de comparer la rhétorique de Chávez à son comportement. En 1988, Chávez s'appuya sur l'insatisfaction populaire et fit de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Il l'emporta sur Henrique Salas Romer, ancien gouverneur de l'État de Carabobo, excellent gérant du secteur public, mais perçu comme élitiste. Huit années plus tard, les promesses de Chávez restent lettres mortes, la démocratie a été remplacée par un régime autoritaire qui muselle la presse et le système électoral est totalement sous son contrôle.

Ainsi, les machines à voter sont fournies par la compagnie Smartmatic qui aurait été corrompue pour permettre à Chávez de gagner lors des dernières élections. La direction du Conseil National Électoral est rempli de créatures de Chávez. Le registre électoral est indigne de confiance : le Venezuela compterait quelques 39.000 centenaires, ainsi que le doyen de l'Humanité, âgé de 175 ans, et des douzaines de personnes qui ont le même nom et la même date de naissance.

Grâce à une combinaison de revenus pétroliers records et une transparence gouvernementale nulle, la corruption aujourd'hui au Venezuela est la plus forte de toute son histoire, comme le montre une étude de Gustavo Coronel. Par le biais d'un nouveau et significatif endettement, Chávez a obtenu quelques 25 milliards de dollars additionnels pour les dépenser à sa guise. Ajoutés aux revenus pétroliers, le régime a disposé de 200 milliards de dollars durant ces huit dernières années. Mais dans le pays, on n'en a pas vu la couleur, ni en matières d'ouvrages publics, ni en programmes sociaux effectifs. Sur le gros de ces fonds, aucun compte n'a été rendu. En grande partie, ceux-ci ont été dilapidés ou détournés par la bureaucratie et les flibustiers qui entourent le pouvoir. Chávez a gaspillé de l'argent à l'étranger en achetant des quantités impressionnantes d'armes et en tentant d'exporter sa révolution militariste et anti-américaine, alors qu'à l'intérieur il a limité son action sociale à quelques aumônes aux pauvres et à une coûteuse propagande politique.

Depuis 2003, les dépenses extérieures ont dévoré près de 30 milliards de dollars. Le Venezuela a acheté pour 5 milliards de dollars en armement auprès de la Russie, de l'Espagne et d'autres pays, et a dépensé 20 milliards de dollars en subsides pétroliers, donations et promesses de programmes d'aide à divers pays, principalement Cuba et la Bolivie. Les efforts de Chávez pour contrarier l'influence des États-Unis en Amérique latine ont coûté également beaucoup d'argent. À partir de 2000, le Venezuela a commencé à offrir du pétrole subsidié à Cuba pour une valeur annuelle de 2,2 milliards de dollars. Enfin, la tentative frustrée d'obtenir pour le Venezuela un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies semble avoir coûté plus d'un milliard de dollars, en promesses aux pays à qui étaient demandé l'appui.

À l'intérieur, Chávez a concentré les dépenses dans la consolidation de son pouvoir politique. Le régime a dilapidé des sommes immenses au travers de programmes de charité qui offrent l'illusion d'une amélioration, au lieu de fournir des réponses structurelles et à long terme, en éducation et santé. Dans le même temps, Chávez a abusé des fonds de la Banque Centrale, accepté des contributions illégales pour sa campagne présidentielle et octroyé des contrats sans autorisation, permettant la politisation et la détérioration de l'entreprise publique pétrolière.

La corruption au Venezuela est désormais généralisée et concerne les ministres, les magistrats du Tribunal Suprême, les directeurs du Conseil National Électoral, les gouverneurs d'État, des avocats, des militaires, des banquiers et des commerçants inféodés au régime. Au moins trois budgets parallèles existent actuellement, un formel soumis au « contrôle » d'une Assemblée Nationale entièrement composée de partisans de Chávez et deux autres contrôlés directement par l'exécutif. L'absence de transparence et de reddition de comptes, la carence de contrepoids institutionnels et la médiocrité de l'équipe gouvernementale ont permis des niveaux de corruption sans précédents.

Au final, les résultats d'une situation aussi tragique apparaissent clairement : malgré les gigantesques revenus pétroliers, le Venezuela se trouve aujourd'hui à la queue du développement en Amérique latine. C'est ainsi que les indicateurs fournis par diverses organisations internationales tels que l'indice de corruption, de liberté économique, de développement humain et de dénutrition montrent tous un pays en plein recul.

 

N.B. : sur l'héritage catastrophique de Chávez, Norman Gall a écrit une longue étude intitulée « Oil and Democracy in Venezuela », composée de deux parties : « Why Chávez? » et « The Bolivarian Revolution ».

29 novembre 2006

Singapour

Johan Norberg se penche sur le paradoxe de Singapour, un pays qui, s'il continue de croître à la même vitesse, disposera dans cinq ans d'un PIB par habitant supérieur à celui de la Suède :

I am in Singapore for the first time. A wealthy country that is a paradox. The world´s most globalised economy, the country where it is easiest to do business, with an economy that is less corrupt than Sweden´s and Switzerland´s. And yet, it´s an undemocratic country with government control of the courts and the media, where opposition figures are bankrupted by absurd legal processes. That paradox in itself makes it worth studying.

With unilateral free trade and liberal rules, Singapore has succeeded in becoming a meeting place, a regional hub for global businesses. But as other countries liberalise their economy and attract the same companies, can Singapore really encourage local entrepreneurship and innovation, while at the same time discouraging people from thinking for themselves and acting in strange, unpredictable ways, that are not welcomed by the establishement?

The jury is still out.

 

Un paradoxe qui rappelle les réflexions que se faisait Thomas Sowell il y a quelque temps sur la pauvreté, la création de richesse et sa distribution :

"China is lifting a million people a month out of poverty."

It is just one statement in an interesting new book titled "The Undercover Economist" by Tim Harford. But it has huge implications.

I haven't checked out the statistics but they sound reasonable.

If so, this is something worth everyone's attention.

People on the political left make a lot of noise about poverty and advocate all sorts of programs and policies to reduce it but they show incredibly little interest in how poverty has actually been reduced, whether in China or anywhere else.

 

Et la question : le développement sans démocratie est-il possible, souhaitable ?

24 novembre 2006

Élection présidentielle au Venezuela

Bien que cela semble être un lieu commun, il est bon de rappeler de temps en temps que les élections sont le moment central de la démocratie. Avec elles et un bout de papier, on peut décider du passé et du futur d'un territoire ou d'une nation. C'est pourquoi, même dans des régimes de semi tyrannie comme le vénézuélien de Chávez, nombreux sont ceux qui regardent avec espoir celles qui se tiendront le 3 décembre prochain. Des événements comme la marche de 26 kilomètres - en référence aux 26 millions de Vénézuéliens qui soutiendraient le rival de Chávez, Manuel Rosales - qui s'est déroulée dans les rues de Caracas le 4 novembre dernier font que beaucoup commencent à évoquer la « marche de la joie », le symbole de la défaite dans les urnes de la dictature de Pinochet en 1988. Au Venezuela, on commence même à fredonner la chanson des partisans chiliens du non : La joie arrive enfin.

Le désistement annoncé de Benjamín Rausseo rend officiel ce que tout le monde savait déjà : les élections présidentielles vénézueliennes se joueront à deux. L'opposition continue de battre le pavé à travers le pays, faisant connaître ses propositions aux citoyens, tandis que Chávez installé dans sa voiture de fonction emploie à fond les médias publics pour sa campagne électorale, essayant de faire oublier par ses proclamations démagogiques la dure réalité que décrivent les statistiques de son propre gouvernement : un pays chaque fois moins sûr qui connaît plus de pauvres et de sans-emploi qu'à son arrivée au pouvoir.

À cette heure, ce sont les indécis qui retiennent l'attention. Parmi ceux-ci, l'opposition molle représenterait 21% de la population et le chavisme mou concernerait 30%. Les premiers commencent à croire à la candidature de Manuel Rosales et, bien qu'ils continuent de craindre la disparition du secret du vote que représentent les machines qui recueillent les empreintes digitales, pourraient bien finir par se déplacer au bureau de vote. Les seconds, par contre, commencent à se fatiguer des polémiques politiques de Chávez et sont mécontents de sa gestion néfaste en ce qui concerne la distribution des richesse et pourraient décider de rester à la maison.

Bien entendu, la guerre des sondages fait rage depuis que, depuis quelques semaines, les résultats sont chaque fois plus serrés. Bien que vaincre l'appareil gouvernemental mis en branle, comme à l'occasion du référendum révocatoire, par Chávez est loin d'être facile, l'opposition est en tête dans les grandes villes et Chávez conserve un certain avantage seulement à Aragua, Lara ou Bolívar. Depuis le début de la campagne, tous les sondages montrent une tendance qui indique que Rosales gagne 3 points par semaine, une progression qui, si elle devait se poursuivre, signifierait un retournement électoral complet. Sans doute l'élément déterminant de la journée du 3 décembre se trouvera dans la conviction que la victoire de l'opposition est possible. Car le plus difficile est de faire remonter et de canaliser le désir de changement qui imprègne la société vénézuélienne corsetée par un régime chaque fois plus totalitaire et militarisé. C'est seulement si la candidature de Rosales arrive à transmettre aux Vénézuéliens que « c'est possible », que ce qui il y a deux mois encore relevait du miracle pourra devenir réalité : que le Venezuela reprenne le chemin de la normalité démocratique.

22 novembre 2006

Le Nicaragua ou la caricature de la loi

Avec 38% des suffrages exprimés, Daniel Ortega Saavedra, l'ancien dictateur sandiniste qui régna plus de dix ans au Nicaragua, a obtenu la présidence de de pays d'Amérique centrale lors des élections du 5 novembre. Bien qu'il fût très loin d'obtenir la majorité absolue, Ortega n'avait pas besoin d'un second tour : selon la récente réforme constitutionnelle, taillée sur mesure pour ces comices, le candidat recueillant le plus de voix pouvait être déclaré vainqueur s'il atteignait les 40% ou même seulement 35%, si l'écart qui le séparait du second était de 5% ou plus. Étranges chiffres, en vérité.

Les seconds tours, si communs dans le monde entier, furent précisément conçus pour éviter que quelqu'un puisse arriver à la tête de l'État sans compter sur un véritable appui populaire, suite à la dispersion du vote entre divers partis. En participant à un second tour visant à départager les deux candidats de tête, l'électorat a le temps de réfléchir, de revoir ses positions, de mettre en relation ses aspirations et la réalité politique de la société. On évite ainsi l'émergence de gouvernements faibles, sans soutien suffisant d'un parti ou de la population qui peut mener à de graves situations d'instabilité politique.

La curieuse réforme nicaraguayenne n'a pas tenu compte de ces considérations : si Ortega peut s'estimer satisfait des 38% recueillis - score habituel de son parti lors des élections antérieures -, les candidats défaits, en revanche, peuvent se sentir floués par un système qui leur a refusé la victoire : si l'on additionne les votes émis en faveur de Montealegre (Alliance libérale, 30%) et Rizo (Parti libéral constitutionnel, 26%), on peut constater qu'Ortega se trouvait franchement minoritaire face aux partis de centre-droit, que l'on considère le vote populaire ou le parlement. Le gouvernement d'Ortega, par conséquent, sera affaibli dès le départ, et son avenir peut-être compromis, car une franche majorité du pays ne se sent pas représenté par sa personne controversée.

Comment en est-on arrivé cette situation, peu commune en vérité, et même surprenante pour beaucoup ? La principale raison est que la réforme constitutionnelle mentionnée trouve sa source dans un marché passé entre les sandinistes et le Parti libéral constitutionnel avec l'objectif, d'un côté, d'empêcher le triomphe de Montealegre et le renvoi d'Ortega dans l'opposition pour une quatrième fois consécutive et, d'autre part, d'obtenir l'absolution de l'ex-mandataire Alemán, ancien patron du Parti libéral constitutionnel, qui avait été condamné à une lourde peine pour corruption avérée. Ayant en mémoire les chiffres des élections passées et en main ceux des sondages, ces deux groupes politiques s'unirent pour approuver un système électoral dessiné pour que triomphe Ortega : si un second tour avait eu lieu, l'ancien tyran socialiste aurait perdu une nouvelle fois - comme ce fut toujours le cas depuis le retour de la démocratie au Nicaragua - face aux votes réunis de l'électorat qui se refuse à l'avoir comme président. Mais, pour l'instant, personne ne peut se plaindre : tout s'est déroulé conformément à la loi, en respectant scrupuleusement la lettre.

Ce qui vient de se dérouler au Nicaragua est un bon exemple de ce qui se passe dans un grand nombre de pays d'Amérique latine (mais, hélas, dans chaque fois plus de pays dans le monde, y compris occidentaux) : on respecte la loi, mais cette loi est déficiente, souvent absurde et pratiquement toujours élaborée pour favoriser de délibérément certaines personnes, partis ou groupes d'intérêts. L'empire de la loi (le rule of law dont sont si fiers les Anglo-saxons) devient une grossière caricature que l'État utilise pour favoriser ou protéger certaines personnes. Il s'agit là seulement d'une forme raffinée du despotisme qui est employée, depuis le pouvoir politique, pour attaquer les droits élémentaires des citoyens.

09 novembre 2006

Élections américaines

Devenus majoritaires, mardi, à la Chambre des Représentants, les Démocrates ont pris également mercredi le contrôle du Sénat des États-Unis. Le parti démocrate américain a donc complètement gagné les élections législative de mi-mandat, même si les pertes des Républicains se situent dans la moyenne enregistrée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ce genre d'élections. La défaite des Républicains est significative, mais pas dans l'optique avec laquelle nombre de médias européens la présente. Il ne s'agissait pas d'une élection présidentielle mais - même si la campagne a beaucoup tourné autour de l'Irak et de la politique étrangère de la Maison Blanche - d'élections législatives où les questions locales jouèrent un rôle important, souvent crucial.

Le résultat reflète plus une défaite des Républicains qu'une victoire des Démocrates : une bonne partie des pertes républicaines sont dues au mécontentement de leur base électorale. Beaucoup étaient fâchés contre le parti républicain à cause de ce qui se passe en Irak : les uns devinrent opposants à l'intervention parce que celle-ci se révéla plus compliquée que prévue, les autres, par contre, s'irritèrent de ce que le gouvernement n'en faisait pas assez. Mais surtout, plus nombreux encore furent les électeurs républicains qui furent démotivés par un parti républicain qui avait trop oublié ses principes en matière des libertés et qui s'est consacré à gaspiller l'argent des contribuables comme un marin ivre, comme on dit aux États-Unis. De fait, Bush junior a été le président le plus dispendieux depuis le démocrate Johnson. Poussant ainsi ses électeurs - notamment parmi les plus libéraux (dans le sens européen du terme) - à s'abstenir ou à sanctionner en votant démocrate. Les Démocrates n'ont pas de quoi se féliciter excessivement. Leurs rivaux ont perdu, eux-mêmes n'ont pas fait grand chose pour gagner. Mais le pire est que leurs problèmes - la perte du contact avec une grande partie des américains moyens et l'absence d'un discours approprié à l'époque - restent toujours sans solutions.

On est donc bien loin d'un virage à gauche de l'Amérique : des indépendants ont gagné, comme Joe Lieberman dans le Connecticut, opposé au candidat de son propre parti, le démocrate Ned Lamont, représentant la position la plus clairement anti-guerre et anti-Bush. Et, au Rhode Island, a également perdu l'inoxydable Lincoln Chaffee, un des rares sénateurs républicains qui s'opposaient à l'intervention en Irak. De plus, la majorité des Démocrates qui ont remporté les sièges qui font basculer le Congrès dans leur camp sont des modérés (par exemple Shuler, en Caroline du Nord), qui avaient présenté un programme qui aurait parfaitement pu être attribué à un Républicain en ce qui concerne l'Irak, la peine de mort, l'avortement, etc. De même, les Démocrates ont soigneusement évité de se positionner selon un axe gauche-droite dans beaucoup de domaines, comme le modèle du système des pensions. Enfin, tous les référendums concernant l'extension de l'avortement ou du droit d'adoption des homosexuel ont été remportés par les opposants à cette extension.

Vu de ce côté-ci de l'Atlantique, sans perspective historique, il pourrait sembler que le basculement du Congrès constitue une situation inédite. Il n'en est rien. En effet, les Démocrates dominèrent la Chambre des Représentants durant 40 ans, jusqu'à la victoire des Républicains en 1994. Ce qui veut dire que durant leur présidence, les républicains Eisenhower, Nixon, Ford, Reagan et Bush père durent batailler avec une chambre basse hostile. Et souvent même avec un Sénat opposé. Ainsi en 1985, les Républicains perdirent 8 sièges au Sénat et Reagan se trouva  en face de 55 sénateurs démocrates, en plus d'une majorité de 258 députés démocrates à la Chambre. Ce qui ne l'empêcha pas, outre mesure, de mener à bien sa politique.

Le monde ne s'est pas arrêté de tourner mardi, ni demain. Malgré les rêves des détracteurs de Bush, qui seront bien dépités lorsqu'ils se rendront compte qu'en fin de compte, de manière générale, les choses resteront pareilles. Ceci dit, les deux prochaine années de la vie politique nord-américaine se présentent intéressantes et même divertissantes. Il est à prévoir que les Démocrates lancent toute une série d'enquêtes parlementaires (usage des fonds, contrats, services secrets, etc.) S'ils le font avec mesure, ce sera sain pour le système, car à ce niveau tout contrôle est bon. Mais s'ils en profitent pour mener une politique revancharde, ils effraieront les électeurs et perdront tout espérance de récupérer la Maison Blanche dans deux ans. Mais il y aura d'autres questions, comme le choix d'un nouveau juge au Tribunal Suprême, qui serait essentiel pour consolider une majorité conservatrice dans cette institution cruciale. Sans compter les préparatifs de la prochaine élection présidentielle qui verront se présenter des candidats neufs.

31 octobre 2006

Capitalisme dans le Caucase

Via Johan Norberg, nous apprenons que la Géorgie - l'ancienne république soviétique et non pas l'État américain - subit de profondes transformations économiques. Selon l'indice 2007 de Doing Business, ce pays est passé, en un an, du 112e au 37e rang, un fait sans précédent dans l'histoire de cet indicateur. Voilà qui laisse rêveur.

Georgia has reduced the minimum capital required to start a new business by 90 percent, and the number of days to meet bureaucratic requirements to export from 54 to 13 days. The labour market has been deregulated and social security contributions have been reduced from 31 percent of wages to 20 percent.

At the same time, the number of new businesses has increased by 20 percent and unemployment has fallen by 2 percentage points.

The problem is implementation. The new laws are not always upheld by the local civil servant and policeman. So the priority is improved governance and anti-corruption reform. And, naturally, deregulation that strips the bureaucracy of powers entirely.

For example, the Georgian government recently decided to abolish all tariffs until 2008. Way to go.

27 octobre 2006

Combien vaut un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU ?

Une étude de Ilyana Kuziemko et de Eric Werker de l'Université Harvard, au titre significatif de « How Much Is a Seat on the Security Council Worth? Foreign Aid and Bribery at the United Nations », montre qu'il existe une corrélation positive et significative entre le fait d'occuper un des sièges rotatifs du Conseil de Sécurité des Nations Unies et celui de recevoir plus d'aides des États-Unis et de l'ONU elle-même. Dit sans circonlocutions, le travail de ces deux chercheurs montre qu'il existe un commerce entre votes stratégiques et aide extérieure quand il s'agit qu'un pays en voie de développement occupe un siège du Conseil de Sécurité, toute chose que l'on savait déjà empiriquement. Incidemment, en parlant de corruption, il convient de se rappeler des accusations qui pèse sur le Secrétaire général sortant, Kofi Annan, et des succulents bénéfices retirés par son fils dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture » de l'ONU en Irak.

Ten of the 15 seats on the U.N. Security Council are held by rotating members serving two-year terms. We find that a country’s U.S. aid increases by 59 percent and its U.N. aid by 8 percent when it rotates onto the council. This effect increases during years in which key diplomatic events take place (when members’ votes should be especially valuable), and the timing of the effect closely tracks a country’s election to, and exit from, the council. Finally, the U.N. results appear to be driven by UNICEF, an organization over which the United States has historically exerted great control.

 

Ce mois-ci se vote aux Nations Unies le renouvellement de cinq des dix sièges non permanents du Conseil de Sécurité. La semaine dernière quatre de ceux-ci furent attribués. Le siège restant, qui revient à l'Amérique latine et aux Caraïbes, est toujours disputé, bien que le 16 octobre dernier le Guatemala obtint plus de votes que le Venezuela pour occuper le siège, mais sans atteindre les deux tiers nécessaires du total des votes. Maintenant, le Venezuela, caractérisé par l'enflammée rhétorique anti-américaine de Chávez (bien que les États-Unis soient le premier acheteur du pétrole vénézuélien), déclare qu'il retirera sa candidature pour promouvoir celle de la Bolivie, dont le gouvernement « indigéniste » d'extrême gauche et conduit par Evo Morales.

La lecture habituelle de ces disputes faite par les médias est généralement polluée par des présupposés idéologiques. En l'occurrence, la lecture est simple : le Venezuela représente l'opposition aux États-Unis, alors que la candidature du Guatemala serait appuyée par les pays de la région alignés sur le gouvernement nord-américain. Le travail de Kuziemko et de Werker enlève le halo romantique de ces lectures et démontre avec la solidité scientifique que, dans beaucoup de cas, au-delà de la rhétorique, les politiciens - y compris au niveau international - luttent pour s'approprier de plus grandes rentes ou des portions plus larges de l'argent du contribuable.

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