07 décembre 2006

Cauchemar égalitaire

La gauche bien-pensante et égalitariste en diable nous rebat les oreilles depuis des générations avec l'injustice ignoble que consisterait l'inégalité économique, le mal par antonomase. La critique de ce point de vue qui vient immédiatement à l'esprit est de demander, puisqu'il faut atteindre l'égalité économique, pourquoi ne faut-il pas également atteindre l'égalité dans les domaines de la santé, de l'intelligence, de la beauté, etc.

En 1961, l'écrivain nord-américain Kurt Vonnegut fit de cette thématique le sujet d'une de ses nouvelles, intitulée Harrison Bergeron. Le début de l'histoire commence mal :

C'était l'année 2081, et finalement tout le monde était égal. Non seulement ils étaient égaux devant Dieu et la loi. Ils étaient égaux dans tous les sens du terme. Personne n'était plus intelligent qu'un autre. Personne n'était plus beau qu'un autre. Personne n'était plus fort ou plus rapide que quiconque. Cette égalité était due aux Amendements 211,212 et 213 de la Constitution, et à la vigilance incessante des agents de l'Handicapeur Général des États-Unis.

 

Résumé de la nouvelle : le héros de l'histoire, Harrison Bergeron, possède intelligence, stature, force et beauté exceptionnelles. Pour cette raison il doit être diminué. Il doit souffrir des bruits qui le distraient, porter des charges de 150 kilos et des lunettes qui lui donnent des maux de tête, ainsi qu'un traitement cosmétique pour l'enlaidir. Malgré cela, il arrive à s'emparer d'une chaîne de télévision et à se proclamer empereur. Alors qu'il danse avec une étoile de ballet qu'il a pu débarrasser de ses incapacités, l'Handicapeur Général les tue tous les deux à coup de révolver.

Les écrivains ont souvent anticipé avec justesse ce que des idéologues proclamèrent ensuite. Pour l'instant, personne n'a encore formellement proposé ce que raconte Vonnegut. Mais il s'agit cependant de la conséquence logique des prémisses égalitaristes. En donnant du temps au temps, le cauchemar se réalisera-t-il ?

N.B. : l'histoire a été porté à l'écran en 1995 par Bruce Pittman, le rôle principal y était tenu par l'acteur Sean Astin.

04 décembre 2006

La vraie foi

En 1951, était publié un livre d'Eric Hoffer intitulé The True Believer, un livre indispensable pour comprendre le 20e siècle et qui semble devoir conserver toute sa pertinence pour le 21e. L'idée la plus importante de cet ouvrage est certainement l'explication selon laquelle les membres des mouvements de masse, qui apparemment tentent d'améliorer le sort de l'Humanité, sont motivés, non pas par l'altruisme, mais bien par l'égoïsme. Ceux-ci entrent, en effet, dans ces mouvements par ce qu'ils ne croient pas en eux-mêmes. Pour beaucoup la liberté est un poids accablant, et ils cherchent à fuir leurs propres responsabilité. Comme le disait un jeune nazi : « Le parti me libère de la liberté ».

C'est là le paradoxe qui mène la vie politique : les gens s'occupent de leurs affaires quand celles-ci sont considérées comme estimables ; dans le cas contraire, ils se consacrent à régler les affaires des autres. Hoffer estime que les mouvement qui ont eu le liberté comme objectif final y sont arrivés plus facilement et plus rapidement que d'autres. Par exemple, la Révolution française concernait moins la liberté que l'égalité. Pour cette raison, elle termina par la Terreur, alors que la Révolution américaine se cristallisa dans une démocratie libérale.

L'homme libre et autonome est le héros réel de la société, bien que les activistes des nombres de chapelles idéologiques tentent de l'écarter. Pour Hoffer, les hommes libres sont conscients de l'imperfection humaine. Ils savent que les problèmes n'ont pas de solutions définitives, que la liberté, la justice, l'égalité ne sont pas des abstractions absolues. Car le rejet des imperfections et l'insistance dans l'absolu sont la manifestation d'un nihilisme qui méprise précisément la liberté, la tolérance et l'égalité.

28 novembre 2006

Du bon sauvage au bon révolutionnaire

Cette année, nous fêtons le trentième anniversaire de la parution du livre du vénézuélien Carlos Rangel Du bon sauvage au bon révolutionnaire. Ceux qui ont la chance de pouvoir le lire (la traduction française étant actuellement indisponible) ne peuvent qu'être frappés par la fraîcheur des idées de Rangel et comprennent rapidement les raisons de leur pertinence prolongée. Avec une admirable lucidité, Rangel disséqua les mythes qui tranquillisent les consciences latino-américaines ainsi que la propension des gauchistes du monde entier à projeter sur cette région leurs désirs. Si l'on accepte l'idée que les mythes sont des espaces psychologiques qui nous servent de refuge pour nous orienter dans la vie, on comprend comment l'implacable critique de Rangel fit voler en éclat une culture politique complaisante, profondément installée dans ses mirages. Pour Rangel, les Latino-américains se mentent à eux-mêmes et acceptent trop facilement n'importe quel mensonger extérieur qui les soulagerait de leur humiliation.

Du bon sauvage au bon révolutionnaire continue d'être ce bâton de dynamite lancé au milieu d'une fête, en l'espèce la fête trompeuse dans laquelle s'enivre une Amérique latine harcelée depuis son indépendance par ses propres échecs. Depuis cette date, les Latino-américains ont accueilli à bras ouverts le mythe du bon sauvage, de l'homme pur et simple corrompu par une société injuste et exploiteuse ; une société qui, cependant, peut connaître la rédemption via les utopies collectivistes. D'un autre côté, l'humiliation qui découle du fossé infranchissable qui s'est creusé depuis le début du 19e siècle entre l'immense pouvoir des États-Unis et les divisions, le retard et l'instabilité de l'Amérique latine généra le mythe du bon révolutionnaire, archétype du latino-américain qui rend le géant nordiste coupable de tous les maux et qui consacre son existence à lutter contre « l'empire » :

C'est pour les Latino-américains un scandale insupportable qu'une poignée d'Anglo-Saxons, arrivés dans l'hémisphère beaucoup plus tard que les Espagnols [...] soient devenus la première puissance du monde. Il faudrait une impensable auto-analyse collective pour que les Latino-Américains puissent regarder en face les causes de ce contraste. C'est pourquoi, tout en sachant que c'est faux, chaque dirigeant politique, chaque intellectuel latino-américain est obligé de dire que tous nos maux trouvent leur explication dans l'impérialisme nord-américain.

 

Ce qui retient le plus l'attention c'est de voir, au vu de l'évolution politique actuelle d'une bonne partie du sous-continent, comment la leçon a été si peu retenue. Rangel expliquait en 1976 que l'ambition secrète qui vit dans le coeur de chaque Latino-américain consiste à défier les États-Unis, rompre avec les États-Unis, comme vengeance non seulement pour les maux et les offenses dont souffrirent réellement les Latino-américains, individuellement ou collectivement, de la part des Yankees, mais surtout comme défouloir à l'humiliation et au scandale que représente le succès nord-américain et l'échec latino-américain. À l'époque, Rangel pensait à Castro. On se demande ce qu'il aurait écrit en contemplant, trois décennies plus tard, les délires messianiques, exhibés sans pudeur autour du monde, de son compatriote Hugo Chávez.

Rangel fut très clair en expliquant :

L'impérialisme nord-américain en Amérique latine n'est, toutefois, pas un mythe. Seulement il est une conséquence et non une cause du pouvoir nord-américain et de notre faiblesse. Même le dépouillement le plus inique, aussi condamnable soit-il, n'est pas une excuse pour ne pas chercher une explication rationnelle à la force du voleur et à la faiblesse de la victime.

 

Dans une grande mesure, l'ouvrage de Rangel est une tentative d'expliquer cet abîme. Et bien qu'il n'expose pas de propositions concrètes, il apparaît clairement que la voie du salut passe par l'abandon de ces mythes, réconfortants mais faux, par l'acceptation des responsabilités et en surmontant le complexe d'infériorité qui se cache derrière les fantaisies du bon sauvage et du bon révolutionnaires, permettant ainsi de construire des nations stables et prospères et d'établir une relation mûre et mutuellement bénéfique avec les États-Unis.

Cet objectif est-il réalisable ? Sans doute, mais les symptômes négatifs sont multiples. Malgré le discrédit mondial qui frappe le socialisme, aujourd'hui encore sont nombreux les Latino-américains qui revendiquent les formules de l'échec, certains vont même jusqu'à soutenir que le socialisme est « humaniste ». L'anti-américanisme reste toujours monnaie courante au sein des intellectuels latino-américain, dont la vision du monde reste ancrée à gauche. C'est ainsi que l'on a pu voir Chávez se faire l'apologiste d'un Noam Chomsky qui, en son temps, justifia le génocide cambodgien et, aujourd'hui, soutient Kim Jong Il. Che Guevara, cruel symbole d'une immense déception enflamme encore les esprits de beaucoup. Cuba meurt asphyxiée par le totalitarisme et les présidents du Brésil, de l'Argentine, de la Bolivie et du Venezuela arborent la rhétorique du bon sauvage, la mêlant à celle du bon révolutionnaire. L'audace intellectuelle de Carlos Rangel et les coûts personnels qu'il paya pour son courage politique eurent-ils un sens ? Certainement oui, car finalement les mythes furent révélés pour ce qui sont réellement : des illusions sans but.

13 novembre 2006

Libéralisme

Copeau a le chic pour retrouver dans les failles insondables d'Internet le document téléchargeable. Cette fois-ci, c'est rien moins que la version numérisée de Libéralisme, le grand oeuvre de Pascal Salin, qu'il a dénichée. À télécharger sans retard (pour ceux qui n'auraient pas déjà acquis cet indispensable) en version PDF ou en version PDF optimisée.

07 novembre 2006

Quelques livres gratuits

Depuis quelques semaines, le Mises Institute propose en format PDF des livres difficiles à se procurer dans le commerce. En plus de As We Go Marching et de Country Squire in the White House de John T. Flynn (deux critiques de Franklin D. Roosevelt, la cible préférée de Flynn), de Essential of Economic Theory de J.B. Clark (l'économiste américain préféré de Mises) et de Memoirs of a Superfluous Man d'Albert Jay Nock (l'auteur de Our Enemy, the State), le Mises Institute a publié trois livres de Henry Hazlitt. Le premier est l'archi-connu Economics in One Lesson, le deuxième Man vs the Welfare State, qui décrit les dégâts causés à l'économie par l'état providence, et enfin le grandiose The Failure of New Economics, la réfutation la plus complète et systématique de la Théorie générale de Keynes. Profitez-en.

28 octobre 2006

Allocation universelle, redistribution classique

Régulièrement, lorsqu'on évoque l'avenir de nos systèmes de protection sociale, il est fait mention de l'allocation universelle, dont le principe est de verser, sans condition, à tous les citoyens, un revenu de base cumulable avec tout autre type de revenu. Défendue sous des appellations et pour des motifs divers par des universitaires et des militants, des hommes d'affaires et des syndicalistes, des formations politiques de droite et de gauche, des mouvements sociaux et des organisations non gouvernementales, l'allocation universelle se base sur une dangereuse argumentation qui a son meilleur défenseur en la personne de Philippe Van Parijs, co-auteur de L'allocation universelle. Pour Van Parijs, la liberté réelle exigerait que soit réparti de manière égale tout ce qui nous est donné, y compris les biens que nous obtenons, tout au long de notre existence.

La thèse sur laquelle repose l'allocation universelle est que la liberté ne se comprend pas de manière négative, comme absence de coaction, mais comme possibilité d'action. Cela conduit les défenseurs de cette proposition à confondre liberté et opportunité. Une personne qui, pour quelque raison que se soit, ne dispose pas de l'argent nécessaire pour se payer une entrée au cinéma serait-elle moins libre ? Par contre, un détenu qui est logé et nourri gratuitement, serait-il plus libre ? Tout ceci est, évidemment, absurde.

La première étape, pour le liberticide, est de corrompre le langage. La gauche est experte en ce domaine. Hier, elle appelait le socialisme soviétique « démocratie réelle » ; aujourd'hui, elle appelle l'interventionnisme étouffant « liberté réelle ». Avec la même absence de vergogne, les fondateurs de la Basic Income Earth Network déclarent que beaucoup de défenseurs du socialisme placent la supériorité de cette mesure dans l'« abolition de l'exploitation capitaliste ». Mais, l'idée est d'augmenter la coaction étatique. Malgré tous les discours ronflants sur l'allocation universelle qui assure que celle-ci serait accordée indépendamment du niveau de revenus, cette mesure augmentera la pression sur les classes les plus productives, ce qui implique bien la destruction de la liberté.

Si l'on se penche sur le coût que supposerait la mise en pratique d'une telle mesure - pour abandonner l'enfer de la nécessité et entrer directement dans le royaume de la liberté -, il apparaît que certains de ses partisans l'estiment à 40% du PIB, concrètement l'ensemble des dépenses sociales de la plupart des États occiedentaux. Malgré tout, il faut reconnaître que si cette mesure éliminerait toutes les dépenses sociales, il faudrait l'applaudir car elle mettrait un frein au paternalisme étatique. Chaque citoyen disposerait d'un seul subside, et il faudrait privatiser les hôpitaux, les écoles et renvoyer la plupart des fonctionnaires. Pour la majorité de la population, ce serait vraiment un monde meilleur.

Malheureusement, même si certains passages du pamphlet de Yannick Vanderborght et de Philippe Van Parijs laissent entrevoir cette possibilité au lecteur sensé, rapidement apparaissent les défense de l'État nourrice qui assurent que l'allocation universelle devrait être complétée par des formes conditionnelles d'assistance et de système de sécurité sociale. Disparue l'illusion, nous nous trouvons donc devant une proposition de création d'un nouvel impôt et d'augmentation de ceux existants, comme la TVA et d'autres qu'ils n'osent mentionner : celui des sociétés ou sur le revenu, c'est-à-dire la réduction nette des salaires.

D'un autre côté, les partisans de l'allocation universelle ignorent la décapitalisation qui suivrait l'introduction d'un « salaire à vie », déclenchant une crise en cascade. D'abord, viendrait la hausse des taux d'intérêts, des hypothèques, dans un tourbillon d'inflation des prix qui provoquerait fermetures d'entreprises et licenciements massifs. Le rêve de ces excentriques ne s'achèverait pas, comme le suggère Vanderborght et Van Parijs, en une « évidence pour tous », mais bien en un terrible délire, fruit d'une des maladies les plus dangereuses du monde, la stupidité. Derrière le masque de ce plan contre la pauvreté, le « marxisme analytique » de Vanderborght et de Van Parijs cache, sous une prose affreusement ennuyeuse et confuse, un programme létal. Sa justification est encore plus terrible que les effets que provoquerait un tel plan maximaliste, parce que la liberté n'a nul besoin d'adjectif, comme Vanderborght et de Van Parijs en usent pour la liquider. La liberté, c'est simplement ce « Do not tread to me » qu'arborèrent les Américains dans leur lutte contre les Britanniques.

25 septembre 2006

Éloge de la bourgeoisie

Il existe peu de figures qui soient tant honnies que celle du bourgeois, ni un système économique moins valorisé que le capitalisme. Cependant, les bourgeois conduisirent les révolutions libérales qui terrassèrent le féodalisme et ses privilèges. Et, avec l'aide du capitalisme, ils arrivèrent à extraire de la misère des millions et des millions de personnes, en même temps qu'ils abolissaient l'esclavage et favorisaient l'émancipation féminine. Des siècles plus tard, bien que comme consommateurs nous nous extasions devant les progrès technologiques, voyons avec plaisir les prix des produits diminuer et jouissons du bien-être acquis, nous continuons de feindre de maudire le « vil métal » et le matérialisme, que nous accusons de tous les maux du monde. Avec aussi peu d'amis, et une fois assuré que l'anticapitalisme est un juteux commerce, il est difficile, si pas (presque) impossible, de rencontrer un ouvrage qui sauve le terme « bourgeois » de l'ostracisme auquel l'ont condamné ses ennemis et qui lui rende son honneur.

Dans The Bourgeois Virtues: Ethics for an Age of Commerce, Deirdre McCloskey, économiste réputée et également connue pour une polémique opération de changement de sexe, explique pourquoi les vertus, comprises comme habitudes ou dispositions du caractère, nous permettent d'atteindre les buts que nous poursuivons, et comment, dans les lieux où il s'enracine, le capitalisme stimule le développement personnel. Il y a longtemps que l'importance de l'éthique dans le capitalisme a déjà été mis en évidence ; par exemple, par Adam Smith (Théorie des sentiment moraux) ou par Max Weber. Ainsi, ce dernier montra comment seulement grâce à des qualités morales sûres et développées, l'entrepreneur obtient la confiance de ses employés et clients. Pour sa part, McCloskey indique que la principale vertu bourgeoise est la prudence d'acheter bon marché et de vendre plus cher, mais aussi celle de commercer au lieu d'envahir, de calculer les conséquences, et de poursuivre le bien avec compétence.

McCloskey explique qu'il existe six vertus supplémentaires qui complètent le profil de la société commerciale. Parmi celles-ci, nous trouvons la modération, qui suppose économiser et accumuler mais surtout s'éduquer soi-même dans les affaires et dans la vie, écouter humblement le client et résister à la tentation de tromper. La justice joue également un rôle essentiel : soutenir la légitimité de la propriété privée acquise honnêtement. Cela sans oublier le courage pour apprécier les personnes pour ce qu'elles peuvent faire plus que pour ce qu'elles sont et de ne pas se montrer envieux des succès du prochain. Ni de mentionner et de souligner l'importance du courage nécessaire pour assumer de nouveaux projets et surmonter la peur du changement, comme celui d'accepter les idées nouvelles.

Mais toutes ces vertus, seules, sont insuffisantes sans d'autres que McCloskey considère, généralement, plus propres au sexe féminin, comme l'amour, la foi et l'espérance : l'amour pour bien traiter les amis, les employés, les clients et, plus largement, le prochain, désirer le bien de l'Humanité ; la foi pour honorer la communauté et soutenir les traditions religieuses, culturelle et commerciales ; et l'espérance pour inspirer au travail quotidien un projet qui nous tient à coeur. Le nombre d'exemples d'entrepreneurs qui exercent cette vertu, que certains appellent « bienveillance » ou « charité » et que McCloskey englobe dans la vertu d'amour, a explosé ces derniers temps, et plus spécialement dans le pays le plus capitaliste du monde, les États-Unis, où des capitalistes comme Gates donnent des quantités exorbitantes d'argent pour la lutte contre le SIDA (287 millions de dollars) ou pour d'autres projets humanitaires (près de 30 milliards de dollars).

On observe ainsi que le capitalisme n'est pas unidimensionnel, mais qu'il prospère dans une atmosphère de prudence, de modération et de justice et qu'il abrite des qualités et d'autres vertus morales, parmi lesquelles on distingue l'amour. Par ailleurs, la parole donnée est une carte de présentation dans ce type de société ; l'honnêteté une valeur en hausse, ainsi que la sympathie et la bienveillance. Ainsi, ne discriminez-vous pas vos amis ou vos fournisseurs selon le traitement qu'il vous réserve ? Ne connaît-on pas de cas d'employés pourtant bien payés qui abandonnent l'entreprise où ils travaillent parce que leurs supérieurs sont injustes ou harceleurs ? Comme l'ont démontré des cas de corruption comme celui d'Enron, l'éthique est indispensable dans le capitalisme, et pas seulement lorsque le climat économique est bon, mais surtout lorsque la crise frappe le marché.

21 septembre 2006

La révolution du petit

Nous sommes habitués à ce que les chose se fassent dans de grandes entreprises. Car telle est la manière la plus efficace de travailler depuis la Révolution industrielle, qui - avec les prérequis indispensables du respect de la propriété et de l'État de droit - a permis une croissance économique et une prospérité sans précédent dans l'histoire de l'Humanité. Cette situation se basait sur un bouleversement technologique ; aujourd'hui, d'autres changements technologiques vont en sens inverse, facilitant et promouvant les petites entreprises et le « do it yourself ». Glenn Reynolds, créateur du fameux blog Instapundit, décrit ce processus en marche dans son livre An Army of Davids.

Reynolds consacre presque tous les chapitres de son livre à décrire les activités d'une « armée de David » dans la vie quotidienne nord-américaine. Il commence en parlant de la « révolution du fauteuil », avec un nombre chaque fois plus grand de commerces (conduits par les grandes chaînes de vente de livres) qui, au lieu d'offrir seulement un lieu où se rendre, acheter et partir le plus rapidement possible, proposent un endroit où s'installer, demander un café ou un sandwich et se connecter à Internet, un lieu où être et travailler. Ces endroits s'adapteraient ainsi à une demande croissante. Aux États-Unis, bien sûr.

Reynolds, qui a été musicien, possède un petit studio, qu'il partage avec son frère et quelques amis. Alors que les informations sur la musique et la technologie font le plus souvent état de perfides internautes qui détruisent l'Art en téléchargeant des chanson sans payer, lui, la chose qui l'intéresse le plus, c'est que maintenant n'importe qui peut acheter du matériel d'enregistrement de meilleure qualité que les petits studios d'il y a vingt ans et que cela revient moins cher de graver une maquette. En plus, cette musique peut être distribuée gratuitement via Garage Band, qui compte déjà 150.000 groupes et sert de tremplin pour que plus d'un atteigne les premières places des classements. Plus l'industrie musicale se renferme et attaque les clients, plus ces alternatives moins onéreuses connaissent de succès. Car la technologie l'autorise.

Le chapitre le plus intéressant explique ce qu'a représenté la révolution du journalisme dispersé de la blogosphère dans le panorama médiatique nord-américain. En fin de compte, c'est bien pour être un des plus importants protagonistes de cette blogosphère que Reynolds est connu dans son pays et dans le reste du monde. Cela faisait un demi-siècle que les grands quotidiens - et aujourd'hui les grandes chaînes de télévision - imposaient leur agenda politique et décidaient de ce que l'on parlait ou non. Reynolds offre de nombreux exemples de ces non-évènements ignorés ou méprisés par la presse mainstream, depuis les manifestations en Irak en faveur de la démocratie et des États-Unis jusqu'aux affaires du Rathergate ou de Trent Lott, et plus récemment, l'affaires des photographies trafiquées de Reuters au Liban. Mais, sans aucun doute, le plus important ne réside pas tant dans ces affaires qui écornent chaque fois plus la réputation et la crédibilité des grands médias, mais bien dans le constant goutte-à-goutte d'informations qui n'apparaissent jamais dans ces médias et qui permettent à celui qui s'y intéresse de se faire une meilleure idée et plus précise de ce qui se passe dans le monde. Il s'agit d'information faite par des gens qui s'amusent en faisant la concurrence aux journalistes professionnels et qui, ensemble, connaissent plus les faits et de plus près que ces derniers.

Glenn Reynolds se penche également sur des sujets comme la nanotechnologie, le terrorisme, l'espace, la distribution chaque fois plus horizontale de la connaissance, les jeux d'ordinateurs et même la bière. Plus qu'un livre prophétique, bien qu'il y ait nombre de prédictions, An Army of Davids est une description de ce qui se passe maintenant, des changements économiques et sociaux qui se produisent aujourd'hui aux États-Unis et, dans une moindre mesure, dans le monde. C'est une chronique des conséquences de notre immersion dans cette « troisième vague » dont nous parlait Alvin Toffler en 1980. L'économie et les modes de production de la société de l'information modifient nos habitudes, les entreprises et les relations. Nous vivons une transition que cet essai éclaire simplement pour que nous distinguions mieux.

14 septembre 2006

L'homme qui nourrit le monde

Tel est le titre (The Man Who Fed the World) de la biographie consacrée à Norman Borlaug par Leon Hesser qui paraîtra en décembre prochain. Voilà l'occasion de revenir sur celui qu'on connaît généralement sous le nom de « père de la révolution verte », pour ses magnifiques succès dans l'augmentation des récoltes de plantes alimentaires.

Le docteur Borlaug passa son enfance dans les plaines de l'Iowa, à l'époque de la Grande Dépression, allant dans une école comprenant une seule classe. Il tenta ensuite une carrière scientifique, mais il échoua à l'examen d'entrée universitaire. Ce qui ne l'empêchera pas de recevoir le Prix Nobel de la Paix pour avoir sauvé de la famine et de la mort des millions de gens. Âgé maintenant de 92 ans, il lutta dans sa vie professionnelle contre d'immenses obstacles, y compris les barrières levées par les pessimistes et les alarmistes, qui insistaient pour dire que la mort par dénutrition de centaines de millions de personnes en Afrique et en Asie était inévitable.

Avec ses recherches, Borlaug réussit à développer des variété de blé à haute productivité qui permirent au Mexique, à l'Inde, au Pakistan, à la Chine et à diverses autres nations d'alimenter leur population. Entre 1950 et 1992, la production mondiale de céréales passa de 692 millions de tonnes à 1,9 milliards, représentant une augmentation de 175%, alors que l'extension des surfaces utilisées pour leur culture augmentait de moins de 2%. Il introduisit également une série d'innovations. Lui et ses collègues plantèrent et croisèrent des milliers de variété de blé à travers le monde pour obtenir de nouvelles variétés résistantes aux maladies, ce qui augmenta la productivité de 20 à 40%. Ensuite, il élabora une variété naine qui ne pliait pas sous les engrais répandus en grandes quantités. Il inventa également la techniques des récoltes-ponts, plantant deux fois par an au lieu d'une dans différentes régions du Mexique. La possibilité d'avoir deux récoltes par an réduit le temps requis pour développer une nouvelle variété de blé. Et comme les régions choisies possédaient des climats différents, les variétés résistantes aux maladies purent s'adapter à des terres, des latitudes et des altitudes différentes.

Ainsi explosa la production agricole mexicaine et les mêmes techniques furent ensuite appliquées et adaptées dans d'autres régions du monde. Sans cette plus grande productivité agricole, des millions de personnes seraient mortes de faim, ou pour les nourrir il aurait fallu augmenter de manière spectaculaire les surfaces de terres agricoles, détruisant forêts et animaux et freinant l'expansion urbaine et commerciale. Borlaug se souvient sans rancoeur des absurdes obstacles placés devant l'introduction de variété de plantes à haute productivité : chaos bureaucratique, opposition des vendeurs locaux de semences et siècles de coutumes, d'habitudes et de superstitions des paysans.

Or nous devons continuer à augmenter la productivité agricole, de la même manière que nous devons combattre les obstacles à l'innovation. Pour cette raison, Borlaug consacre son temps à assurer le succès de l'équivalent pour le 21e siècle de la révolution verte : les aliments génétiquement améliorés. Cette deuxième vague promet des progrès similaires, nous offrant la possibilité de nouveaux sauts dans la productivité et la meilleure utilisation des produits chimiques et des insecticides dans l'agriculture. Malheureusement, les extrémistes des divers mouvements écologistes font tout leur possible pour empêcher le progrès scientifique. Pour Borlaug, la chose est claire : si les opposants aux transgéniques l'emportent, ils précipiteront dans la famine et la mort les millions de gens pronostiqués il y a quarante ans.

30 août 2006

Notre ennemi, l'État

Le caractère criminel de l'État n'a rien de neuf et n'est pas surprenant. Il est apparu quand, pour la première fois, des prédateurs se sont réunis et ont formé un État ; et cela continuera aussi longtemps que l'État existe. Car l'État est fondamentalement une institution antisociale et criminelle. (Albert Jay Nock)

 

Albert Jay Nock, journaliste pamphlétaire, paléoconservateur et anarchisant, a exercé une très grande influence sur les libertariens. À l'encontre des théories présentant l'État comme le résultat d'un contrat social, Nock reprend au sociologue allemand Oppenheimer l'idée qu'il naît toujours à la suite d'un coup de force, d'un acte de conquête.

Bonne nouvelle, le Mises Institute nous offre maintenant, gracieusement, le livre classique de Nock : Our Enemy, The State (PDF de 960 KB). Et pour les fans, l'institut met également en vente le T-shirt.

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