30 novembre 2006

Le dernier avatar de la social-démocratie

Après son succès électoral au premier tour des élections présidentielles françaises de 2002, Jean-Marie Le Pen s'était défini économiquement de droite, socialement de gauche, mais par-dessus tout français. La culture de la transversalité de la part du national-populiste français est tout sauf neuve. Ainsi, après avoir bénéficié de la réforme électorale socialiste des années '80, il déconseilla en 1987 à ses partisans de voter Chirac pour ensuite pactiser avec des gaullistes et des « libéraux » au niveau des régions.

La sociologie électorale confirme le succès de cette tactique pour les mouvement politiques extrémistes non marxistes. Alors que la croissance réalisée au dépens des partis de centre-droit, qu'ils soient conservateurs ou nominalement libéraux, se révèle éphémère, c'est lorsque les ultras arrivent à attirer d'anciens électeurs de gauche ou quand ils se consolident parmi les jeunes et nouveaux électeurs - presque tous disposant d'un profil socio-économique qui, en principe, devrait les pousser à voter à gauche - que leur électorat, fidèle, augmente sa représentation politique de manière directement proportionnelle à l'abstention. Les invectives populistes contre le capitalisme global et le libre commerce, ainsi que la féroce défense du corporatisme et de l'État providence, étendards arborés par nombre de partis sociaux-démocrates fournissent une piste intéressante dans la recherche des raisons de la croissance du national-populisme dans certains pays.

Le cas britannique - où le British National Party gagne chaque fois plus de terrain dans des régions généralement travaillistes et qui, contrairement à ce qu'indiquaient certains sondages, n'affecte en rien le vote conservateur - est particulièrement intéressant. L'âpre débat au sein du parti travailliste, avec des propositions d'un plus grand interventionnisme dans la politique sociale et d'un durcissement de la politique d'immigration comme remède contre le BNP, est un indice de ce que l'utilisation de l'axe gauche-droite est d'une pertinence limitée au moment d'analyser le national-populisme. À cela il faut ajouter les tensions crées par le multiculturalisme comme principe recteur des politiques publiques promues par une classe installée dans le secteur public, qui paradoxalement est le groupe social qui a le moins de contact avec les travailleurs étrangers, et qui exerce sur ces derniers un paternalisme qui frise la racisme. Combiné à la lutte pour les ressources réparties par l'État de façon discrétionnaire, ce choc culturel se transforme en un authentique jeu à somme nulle et assure un conflit social irrémédiable, alimenté par l'outrage causé par la discrimination positive et les espérances frustrées en un État présenté comme tout-puissant et généreux.

Tout ceci nous amène à nous demander si le national-populisme ne serait rien d'autre que le stade ultime de la social-démocratie. Ou, dit d'une autre manière, si le lepénisme n'est rien d'autre que la renonciation de nombre d'Européens à se réveiller de la léthargie interventionniste et à accepter le fait que les promesses de bien-être social sont devenues un dangereux délire. Quoi qu'il en soit, le message liberticide du national-populisme et son appropriation par certains partis traditionnels fait qu'il est urgent d'orienter la recherche sur ce phénomène vers des concepts plus profonds que la superficielle et simpliste étiquette d'« extrême droite » qui décrit peu et n'explique rien, surtout lorsque ce sont les électeurs de partis de gauche qui plébiscitent ce nouveau national-socialisme.

26 octobre 2006

Le vote libertarien

On revient sur les élections législatives aux États-Unis - qui se tiendront en novembre prochain - avec un article de David Boaz et David Kirby, publié sur le site du Cato Institute, concernant le vote libertarien dans ce pays. On y apprend donc que les libertariens représenteraient actuellement 15% de l'électorat, assez pour changer le cours d'une élection. Que devraient donc faire les partisans de cette idéologie ? La même chose que la droite religieuse et les syndicats : s'organiser. Avant même que de choisir ses alliés.

Our new research finds that 15 percent of American voters are libertarian rather than liberal or conservative. People generally say that a liberal favors government intervention in the economy and protection of civil liberties, while a conservative is opposed to both economic intervention and the expansion of civil liberties. Libertarians oppose government intrusion into both the economy and personal freedoms.

 

The Economist, partant de l'étude à la base de l'article de David Boaz et de David Kirby, se penche également sur le poids électoral de ces électeurs négligés :

AMERICA may be the land of the free, but Americans who favour both economic and social freedom have no political home.

 

Électeurs négligés mais non pas insignifiants : selon les statistiques de Gallup enregistrées depuis 1993, ceux qui se définissent comme libertariens représentent de 17 à 24% de la population, légèrement au-dessus des populist et des pure liberal (c'est-à-dire les gauchistes pur porc), mais en dessous des conservateurs (pure conservative). Le pourcentage des électeurs est important, et en augmentation. De 9% en 1990 à 13% en 2004. Ils tirent le parti républicain, mais votent également démocrate : 75%-24% lors de l'affrontement Nixon-McGovern, 66%-18% entre Reagan et Carter (et 17% pour le républicain Anderson, principalement), 72%-20% lors des élections 2000 et 59%-38% pour les dernières.

Profil de ces électeurs : jeunes, mâles, aux revenus moyens ou plus élevés, vivant dans l'Ouest, moins religieux que les conservateurs et les populistes, mais plus que les gauchistes. Ils s'intéressent plus à l'actualité que la moyenne des gens et se considèrent bien informés. Ils se méfient plus que la majorité de la population de la Coalition Chrétienne et sont plus favorables envers les homosexuels que l'électeur moyen. Ils investissent plus en action que la moyenne. Ils affirment qu'aucun parti politique ne représente leur point de vue (ce qui est intéressant, puisqu'il existe bien un parti libertarien, avec une longue tradition). Bien qu'ils soient moins organisés que les autres électeurs, le fait d'être plus éduqués et informés les fait participer aux élections plus fréquemment que les autres groupes.

The Economist considère que :

Mr Boaz and Mr Kirby argue that wooing the libertarian vote could propel either party to electoral success. Yet with an election only weeks away, neither shows much sign of trying. Republicans are rallying their religious base with jeremiads about stem-cell research and gay marriage. Democrats, on the other hand, would put up taxes, block school choice and lead a witch-hunt against Wal-Mart.

 

et pointe une des raisons du peu de poids des électeurs libertariens :

Libertarians are ignored partly because they are hard to find, not least because they just want to be left alone. (There is a Libertarian Party, but it gets hardly any votes.) Politicians can reach social conservatives through churches or union members through their unions, but where do libertarians gather? Parties will always court the votes that are cheapest to court because, for once, they are spending their own money.

 

Dès lors se pose la question : comment devrait s'organiser les libertariens pour que cela devienne plus facile et tentant pour les partis de s'adresser à eux et de réclamer leur appui électoral. Comment sortir de la passivité et se faire entendre ? À propos de passivité, on ne peut s'empêcher de se rappeler les paroles d'Ayn Rand à propos de sa malheureuse terre natale :

D'une manière passive et indifférente, la majorité du peuple russe était avec l'Armée blanche ; ils n'étaient pas en faveur des Blancs, ils étaient simplement contre les Rouges ; ils craignaient les atrocités des Rouges. Je savais que l'atrocité la plus profonde des Rouges était intellectuelle, que ce qu'il fallait attaquer (et vaincre) était leurs idées. Mais personne ne les contestait. La passivité du pays se transforma en une apathie léthargique à mesure que les gens se rendaient. Les Rouges avaient un incitant, la promesse du pillage à l'échelle nationale ; ils avaient le leadership et la semi discipline d'une bande criminelle ; ils avaient un programme prétendument intellectuel et une justification prétendument morale. Les Blancs avaient des icônes. Les Rouges vainquirent.

 

Les libéraux sont une minorité, mais une minorité des meilleurs. Ils ne doivent pas se dire qu'ils sont minoritaires et répéter le Zeitgeist de l'auto élimination. Au contraire, ils doivent reconnaître qu'ils représentent le mouvement de pointe dans le désert intellectuel de notre époque. Ils ne doivent pas se laisser tromper par ceux qui assurent que leurs droits inaliénables ont été annulés par le vote de la majorité. Il n'est point besoin de majorité pour pouvoir jouir de ces droits. Le leadership moral d'une minorité peut appeler un chat par son nom. Tant de vertus ne peuvent, ne doivent pas rester oisives. Et il n'est pas suffisant de dire que ce n'est qu'une question de temps.

25 octobre 2006

380 milliards de dollars

Un article de la BBC nous aide à comprendre beaucoup de choses ; principalement le fait qu'il y a bien autre chose que le fameux « héritage colonial » à la base des problèmes de l'Afrique :

More than $380bn has either been stolen or wasted by Nigerian governments since independence in 1960, the chief corruption fighter has said.

Nuhu Ribadu told the BBC that Nigeria has "nothing much" to show for the missing money.

He said the worst period for corruption was the 1980s and '90s, but currently two-thirds of governors are being investigated by Mr Ribadu's agency.

Nigeria is Africa's biggest oil exporter but most people are poor.

The country is regularly ranked as one of the most corrupt by graft watchdog Transparency International.

President Olusegun Obasanjo declared a state of emergency in Ekiti State on Thursday after the governor was found guilty of siphoning state funds into personal bank accounts and receiving kickbacks.

 

Akin commente longuement cette nouvelle dans son article « Authority Stealing in Nigeria » :

Strangely, none of the Nigerian blogs I visit daily seemed to have picked up on this issue that Nigerian leaders have ‘stolen’ $380 billion cumulatively since independence with the worst atrocities in the 80s and 90s.

This leaves me a bit uncomfortable because it would imply that this is no news or people are so inured to that fact that they cannot be bothered to express any outrage.

12 octobre 2006

Les libertariens américains devraient-ils voter démocrate ?

Est-il temps que prenne fin l'alliance traditionnelle entre les libertariens et les conservateurs nord-américains ? Puisque les Républicains au pouvoir ont si lamentablement failli à promouvoir et à défendre les idéaux libéraux, les libertariens amélioreraient-ils leur position et feraient-ils plus avancer leur cause en s'alliant aux Démocrates lors des prochaines élections ? Telle est la question que l'on se pose dans le numéro d'octobre de Cato Unbound qui propose, notamment, un article de Markos Moulitsas - patron du très populaire blog politique Daily Kos - intitulé « The Case for the Libertarian Democrat ». En réponse, Bruce Reed, président du Democratic Leadership Council avance ses arguments selon lesquels les libertariens devraient considérer un appui aux Démocrates : « Governing Well Is the Best Revenge ». De leur côté, Harold Meyerson, rédacteur d'American Prospect, et Nick Gillespie, rédacteur de Reason, répondent.

05 octobre 2006

Guignol's Band

Fin de l'insoutenable suspense. Le show psychodramatique des candidats socialistes à l'élection présidentielle française s'est achevé. Il en reste donc trois. Bon, il en reste une : Ségolène Royal. Les deux autres ne servant de faire-valoir, d'alibi à la « démocratie interne » et de passe-temps lors des débats « au sein de la base ». Le premier secrétaire du PS à la scène et compagnon de la candidate à la ville, Hollande, dit et répète qu'il ne fait pas de roi, mais qu'il aide sa dame. L'appareil du parti se met donc au service de la Ségolène. Comme on dit dans tous les casinos du monde, et sauf insurrection armée ou rébellion des masses, les jeux sont faits.

Quant aux discours, business as usual : séduire, enjôler, tromper. Du point de vue de l'observateur extérieur, celui qui dit le moins de sottises est Dominique Strauss-Kahn. Comme il n'est pas idiot, il sait qu'il ne va pas gagner et vise le portefeuille de Premier Ministre au cas où Royal dirigerait la République. Laurent Fabius ? Personne n'est dupe de son dernier rôle d'extrême-gauchiste socialiste. Même pas lui, et ça se sent. Les éléphants les plus importants du parti se sont retirés et se dirige lentement vers le cimetière. Lionel Jospin et Jack Lang se sont proprement ridiculisés. Jospin rêva un jour qu'il lui suffirait de trois articles, un livre et quelques plateaux de télévision pour que les socialistes resserrent les rangs autour de lui comme les Français autour de De Gaulle en 1958. Jack Lang, lui, est ridicule de naissance. Il a attendu le dernier moment pour annoncer son « sacrifice » et, sans citer personne (pas folle la guêpe), désire le triomphe de la « gauche révolutionnaire ». Qu'est-ce à dire ? Le retour des guillotines sur la place de la Concorde, l'assaut du Palais d'Hiver de l'Élysée, l'entrée des barbudos à la Havane dans Paris ?

Il reste donc Ségolène Royal et son long discours « programmatique » de Vitrolles. Bonne idée, finalement, que de choisir cette municipalité tenue par le Front National. Un hommage presque. Car malgré sa volonté de tromper sur la marchandise avec des phrases fleuries et des banalités démagogiques, au lieu de présenter ses idées, l'inconscient pétainiste de la candidate socialiste s'est une nouvelle fois révélé. Elle avait déjà revendiqué la devise de Vichy : « Travail, Famille, Patrie » ; mais à cette occasion, elle est allée plus loin en affirmant que le national et le social (national-socialisme ?) allaient ensemble comme les deux jambes du progrès. Elle défendit l'État tout-puissant, l'État-Nation, contre le monde entier. Ou pour le dire autrement, en évacuant le reste du monde : rien sur l'Europe, rien sur la mondialisation, rien sur les conflits actuels et futurs. Un discours monstrueux de vacuité. Pauvre France.

11 juillet 2006

Solidarité privée ou État Providence ?

Dans un article intéressant, bien que plus très récent, Robert Awenius défend l'idée que la solidarité privée est supérieure à l'intervention étatique :

  • Les données empiriques montrent que la solidarité privée (la seule vraie) ferait plus pour les pauvres des États-Unis que l'État Providence.
  • Dickens faisait plus confiance à la charité privée. Il considérait l'action de l'État comme inefficiente. Il pensait que l'aide offerte par des personnes privées est plus puissante, utile et aimable que celle du gouvernement.
  • Il y a des années, on calcula que l'on pouvait faire sortir de la pauvreté tous les pauvres des États-Unis en leur donnant un tiers des fonds que gaspillait le gouvernement pour combattre la pauvreté. En clair : deux tiers de l'argent des contribuables se perdent dans la bureaucratie.
  • L'aide aux pauvres serait mieux canalisée au travers des Églises, qui travaillent mieux dans l'identification des vrais nécessiteux.
  • Un des effets négatifs de l'État Providence est d'alimenter la tendance à la dépendance auprès du gouvernement. Dans le cas des politiciens, il suscite la « redistribution » sans tenir compte des conséquences.
  • Les incitants de l'État Providence sont contraires à l'autosuffisance et à la production. De fait, il réduit la productivité et la production.
  • L'État Providence est un problème à lui seul : le gouvernement est inefficace et la bureaucratie n'est jamais satisfaite des fonds qu'elle reçoit.

10 juillet 2006

Le néo-conservateur « Libertarian Party »

La dernière convention nationale du Libertarian Party à Portland, dans l'Oregon a été explosive. On pourrait même assister à un important revirement idéologique au sein de ce parti. D'habitude, les partis politiques abandonnent leurs idéaux et deviennent « pragmatiques » en arrivant au pouvoir ; mais le parti libertarien nord-américain semble ne plus pouvoir attendre et va, probablement, céder aux sirènes du néo-conservatisme afin de gagner plus de votes et dominer ainsi la machinerie coactive du gouvernement pour faire la même chose que le Parti Républicain. Plusieurs membres du parti se sont plaints de cette situation. Le plus clair a été L.K. Samuels, dans un article intitulé « Evicting Libertarian Party Principles: The Portland Purge » :

So what are some of the principles that must go? First and foremost is the non-aggression principle, which is considered the main threat to an election-oriented populism. If libertarians would simply throw away this ideal, explaining LP policies on taxation, the drug war, foreign policy and military intervention would no longer be a campaign embarrassment…

The reformers even want to dumb down the drug issue. One member of the Reform Caucus suggested that if they could not get rid of the drug war plank, which survived the Portland purge, it could be watered down to “drug laws can hurt minorities and low income citizens.” This would eliminate any suggestion that individuals have a right to drug use -- such an honest consistency would obviously frighten voters.

These reformers are attempting to make the LP more palatable to the vote-getting political mainstream. And yet, the founder of the Libertarian Party, David Noland, has repeatedly said that he and the early founders were more interested in the educational opportunities available through a campaign for office. To them, actually winning an election was secondary.

Should the Libertarian Party base its success solely on achieving political power? Should we seek political power as the end-all? One Reform Caucus leader echoed this sentiment by arguing that the LP must “win elections at any cost,” which comes close to the Machiavellian notion that the “ends justify the means.” To him libertarian principles were an impediment to greater LP election victories.

What will happen to the Libertarian Party if it attempts to fool voters about what libertarians really believe? Will voters reward our deceptive campaigning with more elected candidates? Will diluting and hiding our message increase membership? Or will it open the floodgates to more conservative, religious and pragmatic members who have little understanding of our philosophy? And what will happen if other reformers in later years pressure the LP to dilute our message again to gain an even a greater share of the popular vote? Where does this erosion of principles end?

 

Les moyens politiques ne sont d'aucune utilité pour atteindre la liberté. Cette dernière, la plus hautes des fins, ne peut être finalement atteinte que par le dégagement de l'individu par rapport à l'État. Il est triste de voir certains libertariens oublier ces choses élémentaires.

03 juillet 2006

Liberté de brûler le drapeau

À qui appartient un drapeau ? Si je possède un drapeau, la toile qui le constitue m'appartient et je devrais pouvoir en faire ce que je veux, comme l'a si bien dit Rothbard. Certains assurent cependant que le drapeau est le symbole de la nation et qu'il faut le respecter. Mais si c'est un symbole, son appréciation est subjective et peut varier. Tous ne ressentent ou ne pensent exactement la même chose quand ils le voient. Hélas, ces considérations n'ont pas empêché la Chambre des Représentants des États-Unis d'approuver un amendement constitutionnel qui permettra aux législateurs d'interdire de brûler le drapeau. À ce sujet, Scott Adams a des paroles sensées :

[...] I love my flag. But symbols are personal things, and everyone is free to interpret them however they see fit. For me, a flag that I’m NOT allowed to burn is a symbol that the government is too intrusive in my life. And it’s an insult to anyone who died to defend freedom. [...]

It seems to me that the great thing about the flag is that it symbolizes something inherently indestructible: the concept of freedom. You can burn the flag as many times as you want and the concept of freedom is not only still there – it’s stronger. I like that about my flag. I would go so far as to say it’s my flag’s best feature.

 

Demain, à travers les États-Unis, ondoieront des dizaines de milliers de drapeaux. Sur les façades des maisons, des commerces, des bâtiments officiels, partout. C'est le Jour de l'Indépendance, et les Américains, dans leur immense majorité, sont orgueilleux d'être ce qu'ils sont et de leur histoire. Que quelques pyromanes brûlent l'emblème national ne fait que renforcer le projet de liberté élaboré il y a 230 ans. Un drapeau est certes un symbole. Et comme d'autres symboles, il peut être utilisé pour manipuler les foules. Mais si nous voulons éviter qu'en fassent usage les extrémistes, les étatistes et les manipulateurs, il faut se souvenir que la nation, avant de protéger ses symboles, doit être garante des libertés individuelles. La Chambre des Représentants des États-Unis vient de rater une belle occasion de rappeler ces principes.

26 juin 2006

L'exercice de la liberté du port d'armes

Vu par Eric S. Raymond, dans un article longuement intitulé « L'éthique depuis le canon d'une révolver : ce que le port d'armes apprend sur les bonnes manières » :

Les Pères Fondateurs des États-Unis croyaient et écrivirent que le port d'armes était essentiel pour le caractère et la dignité d'un peuple libre. Pour cette raison, ils rédigèrent un Second Amendement dans la Déclarations des Droits qui déclare que le droit de porter des armes ne devra pas être enfreint.

Que l'on soit d'accord ou non avec lui, le Second Amendement est interprété ces derniers temps comme un axiome à caractère politique, une expression de la pensée politique républicaine, une prescription visant à l'équilibre des pouvoirs où le peuple armé est au moins égal en puissance aux forces organisées du pouvoir. C'est tout cela à la fois. Mais avec quelque chose en plus, car les Pères Fondateurs considéraient inséparables le caractère politique et le caractère éthique individuel. Ils avaient une idée très claire des vertus individuelles nécessaires collectivement pour un peuple libre. Ils ne considéraient pas l'usage de porter des armes comme une simple vertu politique, mais bien comme un promoteur direct de la vertu personnelle.

 

C'est-à-dire que porter les armes était vu comme l'exercice vertueux d'un droit individuel. Un droit qui a été attaqué tout au long de l'histoire des États-Unis. Raymond rappelle que :

En conséquence, les armes à feu furent interdites seulement à ceux que l'on prétendaient maintenir impuissants et infantilisés. Les prohibitions des armes aux États-Unis ont leurs origines dans la législation raciste étudiée pour désarmer les esclaves et les Noirs libres. Il vaut la peine d'étudier la phraséologie de cette législation ; elle avait pour dessein de non seulement de refuser aux Noirs le pouvoir politique des armes, mais également de les empêcher d'aspirer à la dignité d'hommes libres.

01 juin 2006

Un héros de notre temps

Guillermo Fariñas est un nom inconnu de la plupart des internautes du monde entier. Cependant, son nom sera bientôt inscrit dans les annales du Réseau. En effet, ce Cubain de 43 ans est un authentique héros qui pourrait, malheureusement, devenir le premier martyr d'Internet.

La dictature castriste est un des régimes les plus restrictifs du monde en ce qui concerne Internet, à tel point que l'accès au réseau est interdit si on ne dispose pas d'une autorisation préalable du gouvernement. Violer ladite interdiction se traduit en peines de prison, comme ce fut le cas en 2003 pour Mario Enrique Mayo, détenu durant la vague de répression qui se déchaîna alors contre les dissidents cubains, et condamné à 20 ans de prison pour le seul crime de s'être connecté à Internet. Guillermo Fariñas s'est rebellé contre cette situation, et l'a fait de manière pacifique, sans mettre en danger quiconque, si ce n'est lui-même.

Voilà quatre mois maintenant qu'il mène une grève de la faim pour exiger de la dictature socialiste qu'il autorise le libre accès au réseau. Son état de santé est au plus bas, mais il est décidé à poursuivre son action « jusqu'aux dernières  conséquences ». Dans une lettre émouvante destinée à tous ceux qui le supplient de faire marche arrière, et à ceux qui accusent les dissidents d'être des « mercenaires des États-Unis », il écrit :

Je pense que la meilleure façon de conclure ma protestation civique serait l'annonce finale de ma mort, car elle constituerait un démenti très efficace contre les mensonges et les calomnies castristes à l'encontre des opposants.

 

L'exigence de Fariñas n'est pas une excentricité. Internet est intrinsèquement lié à la liberté. Qui se connecte peut obtenir et fournir de informations et des idées, peut avoir la capacité de voir plus loin de ce qu'il plaît au tyran. Castro le sait très bien, trop. Et pour cette raison les habitants de La Havane, de Santiago, de Camagüey et d'ailleurs dans cette île malheureuse ne peuvent lire ce post, ni même la version digitale de Granma. Que pouvons-nous faire pour aider le peuple cubain ? Peut-être déjà signer la pétition.

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