22 décembre 2006
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
L’idée selon laquelle la répétition serait source de perfectionnement pourrait bien basculer dans le rang des croyances fausses. Une équipe de l’Université Stanford, en Californie, dirigée par Mark Churchland, a ainsi découvert que le fait de répéter 1.000 fois un même mouvement ne suffisait pas à le rendre plus précis. Les neuroscientifiques, spécialisés sur la manière dont le cerveau planifie et calcule les mouvements musculaires, a observé des macaques qui devaient, en étant gratifiés d’une récompense, toucher un rond coloré. Durant l’expérience, le cortex prémoteur (situé dans le lobe frontal, en avant des régions motrices) était observé et la vitesse des mouvements mesurée. Sur un total de près de 1.000 tentatives, les singes ont rarement bougé selon une vitesse égale ni atteint la cible au même endroit. De même, les faibles variations dans la vitesse d’exécution se traduisent par de faibles variations d’activité dans le cortex prémoteur.
L’équipe de Churchland a découvert que l’activité neurale ne représente que la moitié des variations. En d’autres termes, ils ne servirait à rien de répéter un mouvement dans le but de le perfectionner (comme dans le cas d’un tir de précision au basket par exemple), car le comportement du cerveau est inconstant. Les macaques, en dehors d’une période nécessaire où ils devaient s’habituer à la tâche demandée, n’ont pas spécialement précisé leurs mouvements en fonction du temps de l’exercice. Une hypothèse évolutive : ce style « improvisé » aurait été sélectionné par l’évolution en ce qu’il déjoue les stratégies des prédateurs comme des proies.
08:50 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Mark Churchland, Cerveau, Apprentissage, Répétition
16 décembre 2006
Le cerveau cannibale des autistes
Une nouvelle hypothèse pourrait aider à mieux comprendre les troubles autistiques. Une équipe de l’Université du Wisconsin, dirigée par Richard Davidson, a observé via IRM le cerveau de 28 garçons autistes âgés de 8 à 25 ans, en se concentrant en particulier sur la taille de leur amygdale. L'amygdale est une zone cérébrale en forme d'amande (d’où elle tire son nom) située au pôle antérieur du lobe temporal et appartenant au système limbique. L’amygdale est notamment impliquée dans la peur et l'agressivité. L’expérience a consisté à mesurer le mouvement des yeux des participants - le fait d’éviter le regard d’autrui étant un symptôme fréquent de l’autisme - qui devaient regarder des photographies montrant des visages expressifs, puis à analyser le lien entre évitement (sévérité) et amygdale.
Les résultats de l’étude ont ainsi établi une corrélation entre taille de l’amygdale et sévérité du trouble autistique. Les chercheurs ont aussi souligné la façon dont l’autisme évolue avec l’âge : les plus jeunes malades possédant des amygdales de dimension plus importante que les plus âgés. Selon Davidson, ces résultats concordent avec l’hypothèse selon laquelle l’autisme serait en partie causé par une hyperexcitabilité de l’amygdale, causant la mort prématurée des cellules de cette zone neurale et donc sa dégénérescence progressive. De telles observations ont aussi été menées sur des dépressifs sévères montrant que le cerveau peut ainsi « s’auto-consommer » afin de tenter de répondre au trouble dont il est victime, un peu de la même manière qu’un animal enchaîné peut se manger la patte.
On serait tenté d’extrapoler, à titre d’hypothèses tout à fait gratuites, à des domaines plus positifs. Le cerveau des grands mathématiciens, dont on sait qu’ils ont souvent leur pic de productivité entre 15 et 30 ans, obéirait-il par exemple à une « consumation neuronale » de ce genre, une puissante ébullition créative qui se dissipe par la suite ? Quoiqu’il en soit, le temps est bel et bien une dimension clé de la vie neuronale, aussi bien sur les durées très brèves de synchronisation des signaux électriques que sur les durées très longues de notre développement.
08:00 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Autisme, Cerveau, Amygdale, Richard Davidson
12 décembre 2006
Chicken Run
Aujourd'hui, personne n'échappe à la propagande massive destinée à promouvoir le « bio » et le « naturel ». Et on ne se lassera jamais de répéter que « naturel » n'est pas synonyme de « bon ». Après tout, le venin du cobra est parfaitement naturel et tout aussi létal. Mais la mode et le libre marché font que de nombreuses personnes sont disposées à payer deux ou trois fois plus pour des produits « bio » ou « naturels » parce que « la santé et le bien-être n'ont pas de prix ».
En 2005, une étude universitaire bernoise avait déjà conclu que le lait « bio » n'est ni meilleur pour la santé ni n'a meilleur goût : les vaches « bio » souffrent plus souvent d'infections des pis ; les infections font courir le risque de voir les germes contaminer le lait ; les vaches « bio » produisent de 5% à 12% de lait en moins. Il apparaît maintenant que le poulet élevé en batterie est bien meilleur, à tous les points de vue, que le poulet « bio ». Mais il est vrai que le premier est nettement moins fashionable :
ORGANIC chicken is less nutritious, contains more fat and tastes worse than free range or battery-farmed meat, scientists have discovered.
Tests on supermarket chicken breasts found organic varieties contained fewer omega-3 fatty acids and lower levels of antioxidants, giving the meat an inferior taste. Some were found to contain twice as much cholesterol.
The study, by food scientists at Strathclyde University, contradicts the common view that the premium paid for organic meat guarantees a healthier and tastier product.
Despite costing twice as much, the organic products scored lower in all the nutritional tests in the study, “It is safe to say that you are not getting any nutritional benefit from buying organic chicken,” said Alistair Paterson, co-author of the study, which is published in the International Journal of Food Sciences and Nutrition.
14:15 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Nutrition, Bio, Poulet, Lait
29 novembre 2006
Pipelettes
Rien que nous ne sachions déjà empiriquement. La psychologue Louann Brizendine - qui se définit comme féministe (au cas où) - affirme dans son livre The Female Brain que les femmes parlent beaucoup plus que les hommes, presque le triple : quelques 20.000 mots par jour, c'est-à-dire 13.000 de plus que ces derniers.
It is something one half of the population has long suspected - and the other half always vocally denied. Women really do talk more than men.
In fact, women talk almost three times as much as men, with the average woman chalking up 20,000 words in a day - 13,000 more than the average man.
Selon Brizendine, le simple fait de parler déclencherait une série de réactions chimiques chez les femmes dont l'effet s'apparente à un shoot à l'héroïne.
10:40 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Louann Brizendine, The Female Brain, Femmes, Langage
27 novembre 2006
Erreur de copie de nos gènes
« Nous nous attendions à trouver des différences, mais pas autant. » Cette déclaration de Matthew Hurles à la BBC résume la stupéfaction qui secoue le monde biologique après la publication dans Nature de la carte des CNV humaines. Ces « erreurs du nombre de copie » d'un gène d'un individu à un autre sont pour l'instant au nombre de 1.447 sur 2.900 gènes étudiés. Au total, 12% du génome serait concerné.
Pour la plupart, ces modifications sont « silencieuses » et n'affectent pas notre santé. Mais d'autres peuvent être impliquées dans de nombreux troubles : 17 pathologies du système nerveux, dont les maladies d'Alzheimer et de Parkinson, leurs sont déjà imputables. Cette étude se fonde sur les données de 270 hommes et femmes d'origines européenne, africaine ou asiatique, ayant tous participé au projet international HapMap.
12:30 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ADN, Gènes, Matthew Hurles, HapMap
21 novembre 2006
Hommes, femmes et intelligence
Les hommes sont en moyenne un peu plus intelligents que les femmes. Telle est la conclusion politiquement, psychologiquement et sexuellement très incorrecte que Douglas N. Jackson et J. Philippe Rushton, de l'Université d'Ontario Ouest, tirent d'une étude sur 100.000 Américains ayant passé un test cognitif, le SAT (Scholastic Assessment Test). La différence est de 3,63 points de QI en faveur des jeunes mâles (sur une moyenne conventionnelle de 100 points, et avec un écart-type de 15 points environ, d'ailleurs un peu plus élevé chez les mêmes mâles que chez les femelles). En fait, plusieurs autres travaux récents avaient déjà trouvé cette différence.
Garçons et filles ont le même QI jusqu'à l'adolescence (12-15 ans), mais les garçons creusent peu à peu l'écart. La raison en est sans doute une maturation plus lente du cerveau, qui leur permet de gagner sur le tard quelques connexions neuronales dans la matière grise. Cette différence de QI se retrouve dans tous les niveaux socio-économiques et dans les sept groupes ethniques étudiés.
Rappel utile : ces mesure de moyennes sur des populations (échantillons larges) ne permettent évidemment pas de déduire des jugements individuels. Vous ne pouvez donc pas dire à votre copine ce soir : tu es moins intelligente que moi, cela signifierait que vous n'avez rien compris aux statistiques. Et que vous êtes probablement moins intelligent qu'elle. Mais ces résultats vont sans doute attiser les débats en cours aux États-Unis sur la rareté des femmes dans certaines postes scientifiques et techniques. Depuis un an que Lawrence Summers, président de Harvard, a suggéré que cette non parité pourrait voir une base biologique, le psychodrame bat son plein outre-Atlantique.
08:15 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Homme, Femme, Intelligence, QI
20 novembre 2006
Le capitalisme sauve les forêts
Une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l'Université d'Helsinki, en Finlande, conduite par le professeur Pekka Kauppi fait le point sur l'évolution des forêts dans le monde. (Pour l'étude complète : « Returning forests analyzed with the forest identity ».) Grâce à une meilleure méthodologie en ce qui concerne les mesures, il semble bien que l'on puisse être optimiste, car on arriverait à un point d'inflexion de la déforestation. Comme le rapporte la BBC :
A new technique for measuring the state of the world's forests shows the future may not be as bad as previously feared.
An international team of researchers say its Forest Identity study suggests the world could be approaching a "turning point" from deforestation.
The study measures timber volumes, biomass and captured carbon - not just land areas covered by trees.
The findings are being published in the US journal Proceedings of the National Academy of Sciences.
"The trend is better than previously thought," said Pekka Kauppi, one of the paper's co-authors.
"We see prospects for an end to deforestation; we do not make a forecast but it is possible."
Cette méthodologie s'appelle Forest Identity. Et, selon Kauppi, lorsqu'on observe les changements dans l'aire couverte de la biomasse, on peut obtenir une image plus complète des écosystèmes. Tous, nous savons, parce que nous regardons la télévision, écoutons la radio et même lisons des journaux, que l'arbre est un concept en voie de disparition, appelé à rejoindre les livres d'histoire naturelle, à cause du capitalisme, qui conduirait inexorablement à la déforestation. Mais, il semble que cela ne soit pas si évident :
The report also showed a correlation between a nation's economic growth and "forest transition", in other words, a shift from deforestation to net gains in tree cover.
De fait,
The researchers found that when Gross Domestic Product (GDP) per capita reached $4,600 (£2,400), many nations experienced forest transition and saw an increase in forestry growing stock (volume of useable timber).
Et pourquoi cela se passe-t-il ainsi ?
Professor Kauppi said no nation intentionally destroyed forests, people did it out of necessity.
"Rural populations, which are poor and growing, have to convert new land to agriculture and subsistence farming," he observed.
"So the pressures on the forests ease if people have other job sources. We are not saying that people, because they are wealthier, do not destroy forests but it is a sign that societies have good law enforcement and rural policies."
C'est plus que cela. Aux États-Unis, seuls 2% du sol cultivable sont nécessaires pour nourrir la population, parce que les méthodes de cultures sont très capitalistes, c'est-à-dire, très productives. Grâce à cela, ce sont des espaces entiers, avant destinés à l'agriculture, qui reviennent à la nature. En clair, ce sont les pays les plus développés qui connaissent une récupération de leurs forêts. Contrairement à ce que prêchent les écologistes. Nous savions déjà que le capitalisme sauve la faune sauvage. Nous voyons qu'il en est de même pour les forêts.
13:50 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Écologie, Capitalisme, Déforestation, Pekka Kauppi
14 novembre 2006
Prenez deux aspirines et Google
Il y a un an, un enfant souffrait d'une maladie allergique extrêmement rare. Le diagnostic put être établi grâce à Google. Maintenant, c'est le prestigieux British Medical Journal qui publie une étude qui montre qu'un pourcentage notable des recherches effectuées sur Internet en utilisant Google pour trouver des informations sur des maladies difficiles à diagnostiquer donne la réponse correcte.
As internet access becomes more readily available in outpatient clinics and hospital wards, the web is rapidly becoming an important clinical tool for doctors. The use of web based searching may help doctors to diagnose difficult cases.
Par ailleurs, depuis le mois de mai , Google propose une nouvelle fonctionnalité qui incorpore la possibilité de localiser les informations médicales spécifiques. Enfin un outil pour les geeks hypocondriaques.
10:10 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sciences, British Medical Journal, Google, Médecine
08 novembre 2006
Ctrl+Alt+Del
Le Xerox Alto, le NeXT computer, l'IBM PCjr ou l'Apple Newton vous disent-ils quelque chose ? Pour vous éclairer, Miguel Carrasco revient sur les dix échecs les plus retentissants de l'histoire de l'informatique. Mais avec une nuance qui les différencient des autres plantages : ce furent des fiascos qui aplanirent le terrain sur lequel se développèrent nombre de technologies que nous utilisons aujourd'hui.
09:45 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Informatique, Xerox Alto, NeXT computer, IBM PCjr, Apple Newton, Apple 3, Apple Lisa
27 octobre 2006
Nous sommes tous des hérétiques
En relation avec un post antérieur sur la demande, faite par certains écologistes fanatiques, de création de tribunaux pour juger les personnes sceptiques quant à la réalité du « réchauffement climatique global », où à tout le moins quant à ses causes, Ronald Bailey revient, dans Reason, sur le rôle de l'hérésie en science :
Basically what climate avengers and DDT defenders propose to do is try their opponents for heresy. Heresies are any opinions or doctrines at variance with the official or orthodox position. There are no heresies in science—there are theories that have wide assent among experts but all theories are perpetually open to criticism and revision. So instead of heresy trials, let's stick to scientific free speech and let scientists and policy types argue out the meaning of data, experiments and proposed programs in public. Scientific understanding advances through the application of what Brookings Institution fellow, Jonathan Rauch calls the Liberal Principle: Checking of each by each through public criticism is the only legitimate way to decide who is right.
Dans le même temps, Claude Allègre répond dans Le Monde à la campagne de lynchage menée contre lui :
[...] Alors pourquoi ces réactions violentes face à mes doutes et mes questions ? Ces mêmes attaques que la médecine développait contre le chimiste Pasteur, ou que les géologues développaient contre le climatologue Wegener !
La raison de tout ce tintamarre est la peur. Car plus les recherches climatologiques avancent, plus la vérité officielle apparaît fragile. L'eau est le principal agent de l'effet de serre, 80 fois plus abondant que le CO2 dans l'atmosphère, or on arrive difficilement à modéliser le cycle de l'eau, notamment parce qu'il est difficile de modéliser les nuages, de déterminer la proportion de cirrus (qui contribuent à réchauffer) et celle de stratus (qui refroidissent). Le rôle des poussières naturelles, industrielles et agricoles est également mal compris, notamment dans la nucléation des nuages. De la même façon, on constate que les teneurs en composés soufrés dans l'atmosphère ont décru depuis trente ans, mais on connaît mal leur rôle, alors qu'ils sont des agents potentiels de refroidissement. Il apparaît aussi que le rôle du Soleil a été sous-estimé. Sans parler des effets possibles du rayonnement cosmique galactique, comme viennent de le proposer, avec expériences à l'appui, des scientifiques danois.
Mon collègue Le Treut lui-même soulignait dans son discours devant les cinq Académies (Le Monde du 25 octobre) combien les modèles étaient entachés d'incertitudes. Ce qui est positif dans tout cela, c'est que l'Académie des sciences va organiser un débat contradictoire sur le sujet. Pour la première fois, il sera possible de comparer les opinions des uns et des autres. Ce débat entre scientifiques, et devant les autres membres de l'Académie, permettra dans la sérénité d'établir non pas la vérité, mais l'état des lieux. Ensuite, publication à l'appui, chacun pourra juger.
J'ai connu des combats semblables lorsque, avec quelques collègues, je défendais la théorie de la tectonique des plaques, en France, au début des années 1970, face à une communauté scientifique majoritairement hostile. Je fus calomnié, accusé par certains d'être un agent de la CIA chargé de propager une théorie américaine d'autant plus qu'en même temps j'incitais les Français à publier en anglais dans les revues internationales ! Plus tard, j'ai défendu le rôle indispensable des observatoires volcanologiques pour prévoir les éruptions, plutôt que le secours des "gourous". J'ai mené d'autres combats dans ma spécialité, souvent seul ou presque, critiqué un jour, honoré dix ans après. J'ai donc une certaine habitude de lutter contre les majorités et de m'opposer aux "consensus", et je sais qu'historiquement la science n'a fait de grand progrès qu'à travers de grands débats. Je sais aussi que je peux avoir tort, et je n'aurai dans ce cas aucune peine à changer d'avis, mais je suis sûr que le doute est par essence porteur de progrès.
[...]
Je revendique le droit de dire que j'émets des doutes sur le fait que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique. Horreur, au pays de Descartes, je revendique le droit au doute !
14:45 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Science, Liberté, Hérésie, Ronald Bailey, Claude Allègre


